mardi 10 janvier 2017

Humain... oui mais politique !

S'il est un terme qui ressort régulièrement dans les débats politiques - jusqu'à me semble-t-il en polluer leur essence profonde - c'est bien le mot "humain". C'est donc dans le but de marquer une distinction claire entre ce qui relève de l'humain et ce qui relève du politique, que je souhaite explorer avec vous, cette question qui oppose les "spirituels" aux animaux politiques de ma trempe.

Tout d'abord, relevons immédiatement que si les deux termes existent, c'est bien parce qu'ils ont une signification différente. A partir de là, on pourrait s'économiser une quelconque réflexion à ce sujet. Mais puisque le Français est verbeux et apprécie de faire converger des termes ayant chacun leur propre définition, allons un peu plus loin.

Que dit d'abord le Larousse à propos du mot "humain" ?

- "Qui possède les caractéristiques spécifiques de l'homme en tant que représentant de son espèce ; qui est composé d'hommes : Être humain. L'espèce humaine.


- Qui est relatif à l'homme, qui lui est propre : Corps humain. Une tâche qui excède les forces humaines.


- Qui porte sur un des aspects de l'individualité de l'homme ou de son activité : Sciences humaines. Anatomie humaine.


- Qui manifeste à un haut degré la sensibilité, la compréhension propres à l'homme en tant qu'individu dans un groupe social : Chercher des solutions humaines à un problème social délicat. Un magistrat humain.


- Qui est en accord, en harmonie avec tous les caractères de l'homme, qui les manifeste (tant du point de vue de la force que de la faiblesse, de la grandeur que de la petitesse, etc.) : Une architecture humaine. C'est une réaction bien humaine".

Les deux premières définitions renvoient donc à notre biologie en tant qu'espèce, ou de façon plus provocante pour certains courants philosophiques, à notre animalité.

Mais les définitions qui suivent ne sont pas moins liées à notre chair. Le propre de l'humain, c'est son caractère sensible pour le meilleur ou pour le pire. Nous disons d'une personne qu'elle se comporte avec humanité pour témoigner à la fois de sa sensibilité et de son altruisme. De même que nous signifions qu'une réaction est profondément humaine (y compris lorsque nous la considérons comme néfaste) lorsque nos émotions prennent le dessus dans la résolution d'un problème. Mais l'Homme ne peut s'empêcher de considérer ses attributs d'espèce à un niveau supérieur face au reste du vivant. On ne parlera jamais de l'humanisme d'un cheval. On ne dira jamais d'un ours qu'il s'est comporté avec humanité avec l'un de ses semblables sauf à vouloir sombrer dans un anthropomorphisme douteux. Nous savons que les animaux peuvent se montrer tendres, intelligents et altruistes, mais nous ne leur reconnaissons ces qualités que de façon circonstancielle et non comme des attributs propres et inaliénables à leur espèce. L'humanité au sens de ces considérations morales, est donc une dimension d'âme que nous proclamons être le propre de l'Homme, qu'importe que des individus puissent être coupables de crimes de sang, se montrer tyranniques, cruels, manipulateurs, et tout un florilège de malveillances qui sont aussi le propre de l'être humain. Pourtant, nous n'aimons pas intégrer cette part maléfique qui existe aussi en notre humanité, à la notion même d'humanité. Peut-être craignons nous de constater que la plupart des animaux sont finalement plus humains que nous puisque dépourvus pour l'essentiel d'entre eux, de l'intelligence nécessaire à fomenter de telles malveillances.

Toujours est-il que se comporter avec humanité, revient toujours à notre dimension d'êtres de chair forgeant leur interaction avec autrui sous le prisme de notre empathie, notre sollicitude, et notre volonté d'aider. Nous sommes des animaux sociaux conditionnés à une certaine sensibilité pour ce que l'autre éprouve. Nous ressentons le besoin spécifique et même égoïste, de nous soulager des émotions qui nous affectent en portant assistance à celle ou celui qui souffre. Je dis bien égoïste, car lorsque nous tentons d'aider autrui, c'est à seule fin de rétablir un certain équilibre émotionnel plus confortable en nous libérant de toute surcharge d'affect que l'exposition au malheur d'autrui a provoqué. Par extension, ces marques d'altruisme découlant de notre empathie naturelle, ont forgé nos valeurs morales jusqu'à finalement les ériger en un ensemble plus complet que nous définissons par le terme "humanité". Le fait de les méditer ou les transcrire dans des préceptes philosophiques voire politiques, c'est de l'humanisme.

Agir avec humanité n'est pas le propre de tous les êtres humains, loin s'en faut, si l'on considère donc l'aspect moral et sensitif de la question. L'humanité dans ce sens, est le propre d'un certain nombre d'individus. On fait les louanges de l'humanité d'une personne, par rapport à son comportement social avec les autres. Qui dit comportement social, suppose un ensemble d'actions et d’interactions parfaitement concrètes et directes avec autrui. On pourra aussi relever l'humanité d'une personne, non sur sa relation aux autres, mais sur sa seule sensibilité qui nous touche. 

Quoi qu'il arrive, il devient assez évident à ce stade, qu'agir avec humanité est difficilement conciliable avec une activité ou une réflexion politique. L'humanité touche à l'affect, le politique traite de la raison. Cependant, comme précisé plus haut, un courant philosophique découle de la notion d'humanité : l'humanisme.

Apparu au XVIème siècle, ce courant place les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres et propose rien de moins que d'en faire une quête autant philosophique que politique (plus récemment) et spirituelle pour l'ensemble des Hommes.

Mais c'est précisément ici que la scission entre politique et humanité intervient. L'humanité est rappelons-le, propre à l'individu sur la base d'un comportement social ou sa sensibilité particulière. Tandis qu'une quête philosophique pouvant effectivement trouver une partie de sa traduction dans le champ politique, n'est plus affaire de comportement de chacun vis à vis des autres. Nous rentrons dans la sphère des idées et des valeurs, particulièrement dans ce qui relève de la philosophie ou la spiritualité. L'on peut par intégrité morale avec ses valeurs propres, suivre une voie humaniste jusque dans la conduite de sa propre vie, mais il ne s'agit plus dans ce cas d'un comportement naturellement (ou égoïstement) altruiste. C'est une discipline personnelle, un auto-conditionnement, un effort consenti, cela en vue de faire progresser une quête qui nous transcende. On suppose dans cet effort, l'idée que notre exemplarité autant que notre action, contribuent à améliorer le monde.

Vient ensuite la chose politique qui fait toujours appel aux idées, mais tente de concilier la quête humaniste au réalisme. Car le politique que ce soit dans sa législation ou ses décisions, se confronte constamment au conflit ainsi qu'à des choix éthiques et moraux qui peuvent être douloureux, même lorsqu'ils supposent un progrès humaniste espéré sur le long terme. Par ailleurs, le politique imprime l'obligation ou l’interdiction morale (devenant loi) d'un comportement, indépendamment de la volonté de tous les individus qui s'estiment ou non, parties prenantes à une quête humaniste. 

En clair, là où la spiritualité implique la volonté propre des individus à une certaine quête morale et humaniste, le politique pour sa part, assume que les assassins, les cupides, les voleurs et les malveillants de tous poils continueront d'exister, indépendamment de la discipline de vie dans laquelle s'inscrivent quelques individus rares et précieux. Plus fondamentalement encore, on peut dire qu'il y a sans doute autant d'individus inscrits dans une certaine quête spirituelle et humaniste que d'individus malveillants. Et entre ces deux types d'humanités, une écrasante majorité qui ne souhaite simplement pas causer du tort à autrui, sans pour autant exiger d'elle-même des efforts autres que ceux nécessaires à sa propre survie et son propre confort. Une majorité donc, qui bien que dépourvue de malveillance, ne s'inscrit pas naturellement dans un projet humaniste ou spirituel quelconque. 

C'est avec cela que compose le politique. Les débats éthiques qui en découlent sont ainsi intenses et difficiles. Car si la quête de progrès humain se veut en arrière fond de l'élaboration d'une loi ou d'une décision politique, elle oblige bien souvent son défenseur à causer du tort à certains groupes sociaux dans la seule finalité de servir le plus grand nombre, ou au contraire léser ce dernier, pour résoudre un problème majeur d'un petit nombre.

Il y a par exemple plus de 200.000 sans abris en France. C'est donc un problème partagé par une minorité de la population. Mais un problème suffisamment grave, pour que la majorité consente (par la loi) à financer un ensemble de solutions qui elles-mêmes, pourront s'avérer imparfaites. Décrivons ici un cas éthique générant inévitablement du conflit que se doit assumer le politique :

Sur ces 200.000 personnes à la rue, près de 55 % sont nées à l'étranger. Le politique doit donc trouver des solutions pour tout le monde, tout en se conformant à une règle essentielle pour toutes les communautés nationales : protéger les siens d'abord, aider les autres ensuite. Le panel des solutions n'est pas extensible à l'infini, mais se gradue entre les mesures d'urgence et les mesures d'accompagnement de plus long terme.

On peut donc réquisitionner des logements vides (ce qui lésera forcément des personnes) ; des infrastructures privées ou publiques de façon exceptionnelle (ce qui lésera aussi d'autres personnes) ; et financer la location d'infrastructures d'habitations temporaires (ce qui aura un coût pour l'ensemble des citoyens) pour palier à l'urgence. 

Vient ensuite l'accompagnement de long terme qui demande des coûts plus élevés encore pour la collectivité, cela par le financement de logements à construire ou l'achat de logements déjà existants, ainsi que l'accompagnement social et les allocations nécessaires à l'aide nécessaire à ces personnes en situation de grande précarité. Il peut être décidé de raccompagner à la frontière les migrants illégaux en situation de grande précarité afin de soulager la collectivité des coûts de long terme que représente un tel accompagnement social et infrastructurel, pour mieux répondre aux besoins des nationaux. Mais la dimension humaniste sous-tendant nos politiques publiques, suppose de considérer les raisons ayant poussé des ressortissants étrangers à s'expatrier en France et terminer leur route directement dans la rue, plutôt que dans un logement digne. Ce qui suppose cette fois-ci de s'intéresser à ce qu'il se passe à l'extérieur de notre pays, des responsabilités que nous pouvons avoir dans ces processus migratoires, et des réponses à y donner. Ce qui signifie qu'avant même d'évoquer l'idée de raccompagner à la frontière une personne, il ne peut être éludé ce qu'elle retrouvera comme conditions de vie en son propre pays. Un réfugié de guerre risquant la mort s'il retournait dans sa patrie, ne peut décemment pas être raccompagné vers sa terre de naissance. Un réfugié économique sera en droit d'exiger que son retour puisse signifier des opportunités de travail et de revenus à même de subvenir à son existence. Mais le politique, s'il devait juger que les intérêts tant des sans abris disposant de la nationalité française que l'ensemble de la collectivité resteraient fragilisés par l'accueil et l'accompagnement de ces migrants devenus sans abris dans les faits, a aussi le pouvoir et même le devoir d'ignorer ces revendications qui sont extérieures aux intérêts qu'ils défend en premier lieu.

Je ne précise pas ma pensée propre à ce sujet, mais illustre par cet exemple précis, ce qui relève du politique imposant ses décisions et ses normes au nom de l'intérêt général, cela en cherchant le meilleur point d'équilibre sur le débat éthique sous-jacent à la résolution d'un tel problème.

Manifestement, s'il était avéré que l'ensemble des citoyens adoptaient un comportement empli d'humanité, que ce soit naturellement ou par une forme d'auto-discipline (relevant donc d'une forme de spiritualité), il n'y aurait pas 200.000 personnes à la rue, indépendamment de leurs origines nationales. On peut même faire remarquer que la plupart des gens qui n'ont que le mot "humain" à la bouche, sont souvent les plus hypocrites puisqu'ils attendent du politique qu'il règle pour eux, ce qu'ils ne se sentent pas le désir ou la contrainte consentie d'assumer eux-mêmes. Et je n'évoque ici que l'un des problèmes humains les plus graves, les plus immédiats et les plus aisés à régler pour l'ensemble de la collectivité en toute indépendance du politique. Quand on évoque 200.000 personnes à la rue sur une population d'environ 67 Millions d'habitants, que l'on s'abstienne de me dire qu'il faut considérer les choses avec humanité, surtout si l'on ne contribue pas soi-même à agir avec altruisme. 

Il faut donc distinguer très précisément ce qui relève d'un comportement individuel, finalement assez rare que l'on appelle "humanité" ; une contrainte spirituelle que l'on s'impose pour tendre vers un certain humanisme partagé collectivement et en dehors de la contrainte politique ; d'une solution politique empreinte de réalisme avec son lot de difficultés éthiques indépassables, mais dont l'ambition de long terme est de tendre vers une société utopique (et donc humaniste). 

Ainsi, je réponds à celles et ceux qui me reprochent de parler "comme les politiques", que c'est parce que je préfère faire usage du langage de la raison plutôt que celui de la religiosité ou encore celui de l'affect, que je m'exprime ainsi. Je choisi ce mode de résolution des problèmes de société, car je ne suis ni hypocrite, ni croyant en la dimension spirituelle ou même humanitaire de la majorité des êtres humains. J'ai totalement foi en l'idée que le langage politique s'élève au-dessus de notre dimension charnelle (c'est à dire nos émotions), et observe sans compromission l'ensemble des contraintes dont il faudra tenir compte avant de proposer la solution la moins immorale que possible pour répondre concrètement (par la puissance publique) à un problème de société donné. 

Reste une question : suis-je moi-même humain si je me comporte en politique désespérément froid et capable d'admettre que l'on peut léser certains groupes sociaux au profit de l'intérêt général ?

Et la réponse sera assez simple à formuler :

Il revient uniquement à ceux qui me connaissent en tant qu'individu (et non en tant qu'être politique), d'y répondre. Je suis la personne la plus mal placée pour juger de mes valeurs "humaines". Mais de la même façon, me juger sur les idées que j'expose sans me connaître personnellement, c'est précisément faire fi de ma potentielle humanité, et ne pas observer les rigueurs nécessaires au développement de la sienne propre.

Si je puis donc me permettre un conseil, en admettant d'emblée ne pas être la personne la plus sage pour en donner : ne parlons pas d'humanité, soyons humains autant que possible sans nous en glorifier. Ne mélangeons pas ce qui relève de la politique de nos comportements individuels autant que de nos cheminements spirituels, chaque mot à sa place pour décrire des choses très différentes. On peut refuser la voie politique pour changer le monde, mais il est inutile d'espérer d'un être politique qu'il embrasse notre cheminement spirituel ou adopte notre comportement humain qui n'est propre qu'à nous-même.

Que les choses soient donc claires pour tous ceux qui veulent m'embarquer dans leur philosophie pleine "d'humanité", je mettrais toujours un point d'honneur à vous désespérer en tant qu'être politique.

Sylvain Baron




mardi 3 janvier 2017

Le véritable état d'urgence

Combien de fois m'a t'on suggéré d'apprendre la patience s'agissant de toute forme de combat politique ? Je ne pourrais le dire, mais ce fut assez régulier pour que je puisse trouver en moi les ressorts nécessaires afin d'apprivoiser cette disposition d'esprit. Ce qui ne fut jamais fait et pour cause : je suis habité par un sentiment d'urgence. J'ai pleinement conscience des périls qui nous menacent, et je sais ô combien que notre inaction prépare les hécatombes de demain, tout en laissant se perpétuer celles d'aujourd'hui. 

Que l'on juge certains chiffres. Chaque année, ce sont plusieurs centaines de milliers d'innocents qui meurent dans des guerres dont on sait parfaitement qui les déclenche et les entretient. Une campagne de bombardement comme celle qu'a subit la Libye représente plusieurs dizaines de milliers d'engins explosifs largués chaque année sur les zones de conflit. L'industrie de l'armement se frotte les mains...

Plus près de nous, ce sont entre 400 et 500 sans abris qui meurent chaque année en France, du fait de ne pas avoir trouvé une réponse des services sociaux leur permettant de trouver immédiatement des solutions d'hébergement qui soient décentes et dignes. Si Dieu m'a épargné de connaître les horreurs de la guerre, j'ai expérimenté dans ma jeunesse ce que cela signifie d'être à la rue. Je ne souhaite à personne de connaître cette situation. Et pourtant, plus de 3,5 Millions de Français dorment aujourd'hui dans des abris de fortune selon la fondation Abbé Pierre. Dans un pays aussi riche que la France, c'est proprement scandaleux ! Et ce chiffre ne cesse d'augmenter avec ses corollaires. L'an dernier, les Restos du Cœur déclaraient avoir franchi la barre symbolique du million de bénéficiaires d'aide alimentaire. Comment peut-on trouver de la patience en soi, lorsque l'on est conscient jusque dans sa chair de ces réalités ? Sans doute, le gigantesque brasier qui alimente ma colère trouve son oxygène dans mon propre vécu, et pourtant, je me garde bien de le faire interférer dans ma réflexion politique générale qui ne peut souffrir de raccourcis émotifs pour être réellement analytique. Pour autant, faut-il pousser sous le tapis cette gigantesque machine à forger la misère qui nous est imposé au sein de nos propres frontières par des traités scélérats ? D'ailleurs, parlons économie pour évaluer dans quelle folie nous sommes embarqués :

Plus de 5,4 Millions de Français sont sans emploi ou ne parviennent pas à trouver du travail de façon régulière sur un total de 28,6 Millions de citoyens en âge de travailler. Si l'on considère le nombre d'étudiants infléchissant la définition que l'on donne à la population active, c'est donc près d'un Français sur cinq qui est sans emploi. Aucune famille n'est épargnée par ce fléau.

Je pourrais évoquer l'immense endettement public qui se superpose à une création monétaire sans discontinuer au profit de la spéculation outrancière d'un certain nombre d'entités financières. De la monnaie livrée quasiment gratuitement à des banques en notre nom, et qui s'évapore dans des produits financiers douteux pour l'essentiel, alors que les besoins de l'Etat, des entreprises et des particuliers sont immenses, quoi que bien moindres que ce qui est exigé par les vampires financiers qui nous assassinent. Une véritable mafia bancaire a pris le pouvoir sur les peuples, et nous la laissons décider de l'utilisation qui peut être faite de la monnaie que nous sommes seuls habilités en tant que nation, à émettre ou non.  Toute monnaie émise avec l'autorisation du Gouverneur de la Banque de France, est une dette contractée au nom du peuple et gagée sur nos impôts. Et pourtant, nul ne parle d'un impôt dû au système financier par le peuple.

Évoquons d'autres urgences encore. Chaque jour, plus de 165 hectares d'espaces naturels disparaissent en France sous le béton et le bitume. Ce chiffre est absolument fou. Tous les 10 ans, l'équivalent d'un département comme la Seine et Marne, se retrouve artificialisé définitivement par des routes, parkings, zones industrielles, centres commerciaux et immeubles. Ce phénomène qui n'est pas propre qu'à la France, contribue pour partie à l'éradication  de plus de 26.000 espèces animales et végétales de la Terre chaque année. Toutes les 20 minutes, une plante ou un animal est définitivement rayé de la surface du globe, ce qui outre la perte irrémédiable que cela suppose pour la science et en particulier la pharmacologie, constitue le témoignage d'une arrogance humaine que notre Terre nourricière saura un jour nous faire payer. Disposer du pouvoir de modifier notre environnement à loisir, implique une écrasante responsabilité pour l'Homme quant à son interaction avec la Nature. Considérer que seuls les animaux et plantes domestiques ont une quelconque utilité, c'est faire fi à la fois des services immenses rendus par la biodiversité à notre agriculture et notre médecine, mais plus philosophiquement, c'est rejeter la magnificence de notre Jardin d'Eden, ce qui pose la question de notre conscience collective quant à notre relation à la Nature. 

Mais si un seul chiffre devrait absolument effrayer l'ensemble de nos concitoyens, c'est celui-ci : 1500 Milliards de barils de pétrole. C'est plus ou moins ce qui reste de réserves de pétrole exploitable dans le monde sur un total d'environ 3000 Milliards de barils, dont la moitié a donc déjà été consommé par l'humanité depuis l’avènement de l'huile de pierre. Chaque jour, nous consommons l'équivalent de 95 Millions de barils de pétrole dans le monde, ce qui fait dire à l'ensemble des spécialistes - y compris par les industriels exploitant l'or noir - que d'ici une trentaine d'années tout au plus, la production de pétrole se sera effondrée drastiquement entraînant avec elle des conséquences économiques et géopolitiques majeures. Les gens de ma génération et celle qui me succède, vont connaître la fin du pétrole ! Or, comme il se trouve toujours des esprits suffisamment stupides pour balayer le problème d'un revers de main par des poncifs tels que "nous aurons trouvé autre chose d'ici là" ou "la science progresse", je tiens à faire remarquer quelques détails d'importance :

- La science n'est ni une religion, pas plus qu'un vecteur de miracles. Si nous savons déjà synthétiser des hydrocarbures de bien des façons, il faut bien comprendre qu'il y a une très nette différence entre capter de l'énergie immédiatement utilisable, et dépenser une certaine quantité d'énergie pour produire des hydrocarbures. En clair, si une technologie nous permet de synthétiser un litre de pétrole en dépensant l'équivalent énergétique d'un autre litre de pétrole, cette technologie ne résout en rien notre problème. Elle ne peut qu'au mieux le déplacer.

- Le pétrole a des propriétés uniques qui sont irremplaçables : outre la très grande quantité d'énergie contenue dans une goutte de ce précieux liquide, il est possible à stocker et brûler à moindre frais. A tel point que pour faire décoller un avion de ligne, nous n'avons strictement aucune solution alternative sérieuse. L'électricité vaut essentiellement pour les petits engins terrestres et les infrastructures fixes, mais pas pour les gros engins nautiques ou aérospatiaux. 

Sans vouloir m'appesantir sur les quelques solutions que nous avons dans les cartons comme le thorium, l'hydrogène ou la méthanisation de matières biodégradables, il faut être clair : ce que nous pourrons faire par de grands investissements stratégiques d'avenir, ne compensera jamais nos besoins quotidiens actuels, et encore moins la pénurie de pétrole à venir. 

IL FAUT DONC RÉDUIRE SIGNIFICATIVEMENT NOTRE CONSOMMATION

Ce qui me permet d'en arriver au réel sujet de cet article : 

S'il est une évidence que reprendre le contrôle de notre pays couvre des enjeux aussi importants que l'instauration de la démocratie et la promotion de la paix dans le monde ou encore la redéfinition de notre contrat social et environnemental, la véritable urgence pour notre génération, c'est décroître !

Non seulement, il s'agit de faire décroître toutes les sources de gaspillage énergétique par la réglementation, la fiscalité, et bien sur le progrès technologique, mais l'on ne pourra s'exempter de méditer la question démographique. C'est une réalité mathématique parfaitement objective de signifier que moins nous sommes de consommateurs, plus nous disposons de temps et de droit à l'énergie pour chaque individu. La croissance démographique érigée en dogme économique (puisque mécaniquement, elle suppose la croissance de la consommation, et donc de la production marchande) est une forme de suicide collectif à petit feu. Un suicide différé certes, et réservé essentiellement à nos enfants, mais un suicide collectif tout de même.

Nous dépendons totalement du pétrole. Des bateaux et des camions acheminent la nourriture que nous consommons avec du pétrole. Nos aliments sont produits avec des engins et des produits chimiques qui nécessitent du pétrole ; nous pouvons accepter un emploi à plusieurs dizaines de kilomètres de notre domicile, uniquement grâce au pétrole ; et nous extrayons l'ensemble des autres matières premières minérales indispensables à notre industrie ou encore à la production d'électricité à grande échelle, toujours avec du pétrole.

Et malheureusement, cette matière première constitue un enjeu géopolitique si puissant, qu'il est difficile de certifier la véracité de tous les chiffres qui nous sont communiqués. L'on sait cependant que déjà, le déclin est amorcé. Les champs pétrolifères de la Mer du Nord sont ainsi épuisés pour plus de la moitié d'entre eux. La quasi totalité des champs de pétrole conventionnel des USA est aussi tarie. Il est désormais nécessaire de pressuriser artificiellement le gigantesque champ pétrolifère de Ghawar (le plus important au monde) pour qu'il libère son précieux liquide en surface. Signe que le pic de production a été atteint. 

Ainsi, pendant que nous nous évertuons à refaire le monde sur les réseaux sociaux, sans jamais le refaire concrètement en commençant par en reprendre le contrôle dans la rue, l'horloge continue de tourner. Et nos perspectives quant à encaisser l'inéluctable s'amenuisent. Aussi, je ne comprends définitivement pas ceux qui me suggèrent de me montrer patient. Je suis un homme averti, et comme beaucoup de mes semblables, je tente progressivement de reprendre assez de contrôle sur ma propre vie, pour trouver le moyen d'assurer mon indépendance alimentaire et énergétique dans un proche avenir. Mais disposer à la fois d'assez d'informations pour en tirer les conclusions pro-survie qui en découlent, ainsi que les moyens matériels d'y parvenir, n'est pas le lot commun de l'écrasante majorité de l'humanité, et pour le moins, du peuple français. Quelle part de la population sommes nous prêts à sacrifier sur l'autel de notre inaction ? Combien de femmes et d'enfants périront dans les zones urbaines le jour où la pénurie de pétrole commencera à frapper d'abord sur les prix, puis dans la disponibilité réelle du produit ? Est-ce que chacun mesure le degré de violence et de famine que la fin du pétrole fera courir à notre population aujourd'hui ultra dépendante de cette ressource ?

Il y a donc bien une urgence véritable à faire la révolution. Nous avons la possibilité de convertir très fortement notre économie en une décennie seulement pour que la France soit en mesure d'absorber (non sans difficultés réelles toutefois) la fin du pétrole. Mais il faut commencer tout de suite !

Ceux qui me connaissent savent bien que je suis rentré dans le bouillon politique à partir de cette inquiétude sur l'épuisement des matières premières. Et je sais que beaucoup de gens de ma génération, partagent cette même inquiétude. Raison pour laquelle, il n'est pas acceptable d'entendre des discours qui laissent à entendre que l'attentisme serait une forme de sagesse. Nous sommes des êtres humains conditionnés à survivre. Si nos réflexes les plus primaires nous engagent à adopter un comportement pro-survie face à un péril immédiat et individuel, certains périls sont tout aussi menaçants et impliquent que notre stratégie de défense soit à la fois collective et et largement anticipée. 

J'en profite pour réfuter l'argument laissant à entendre que ce problème étant d'envergure mondiale, il ne peut donc être résolu que dans le cadre d'une coopération internationale. C'est à la fois vrai et faux. Si nous devons attendre que certains pays prennent des mesures en ce sens, alors autant nous suicider maintenant. Le propre de la souveraineté nationale, c'est de permettre à un peuple de décider directement au sein de son propre territoire politique, des mesures qu'il souhaite appliquer pour se prémunir d'un danger pouvant concerner l'ensemble de l'humanité. Nous ne sommes pas comptables des responsabilités prises ou non par d'autres pays. Nous ne pouvons qu'être responsables de nous-mêmes et nous imposer le devoir de protéger notre population, qu'importe que certains dirigeants internationaux tiennent à envoyer leur propre peuple au bord du gouffre. Nous en avons les moyens. La France est un grand pays industriel jouissant d'une géographie favorable à notre totale indépendance alimentaire et en grande partie énergétique si tant est que nous en prenions conscience.

Que chacun regarde ses enfants dans les yeux, et médite à sa propre part de responsabilité lorsqu'il refuse d'agir dans le sens d'une révolution concertée avec ceux qui savent. Nous sommes une minorité éduquée, mais pas encore agissante. Et la révolution, c'est à dire le renversement du personnel politique actuel et l'implémentation d'une nouvelle doctrine politique et culturelle à même de répondre à tous les périls qui nous font face, est une affaire de responsabilité pour les quelques milliers d'individus ayant parfaitement compris où nous en sommes et quelles sont les solutions qui s'offrent à nous. Le débat politique sur facebook autant que la pédagogie populaire ne sont pas de nature à générer une révolution. Cette dernière ne peut naître que dans la rue, et elle exige que notre dissidence se soulève. Si ce n'est pour elle-même et le peuple dans laquelle elle est inscrite, c'est encore une fois pour nos enfants. Voila pourquoi je parle de responsabilité. Nous pouvons faire le choix de l'inaction si nous n'avons personne à chérir et sauver. Il n'en va pas de même quand on a une famille à protéger...

Il serait temps que le tocsin sonne dans les esprits de ceux qui croient que nous avons tout le temps de débattre de politique entre nous et éduquer la totalité de la population à nos connaissances géopolitiques et économiques. Il est des circonstances historiques, où il est un enjeu vital qu'une dissidence éclairée d'un pays cesse de se renier dans sa propre légitimité à gouverner, et accepte la douloureuse nécessité d'occuper la rue pour prendre le commandement de son pays de façon arbitraire, quand bien même dans une ambition altruiste et protectionniste. Nous offrirons la démocratie et l'Etat social aux Français quand nous aurons le pouvoir. Pour le moment, l'urgence, c'est de le prendre sans nous soucier de notre légitimité ou de la réaction de l'oligarchie à tout ce que nous entreprendrons contre ses intérêts. Ayons un peu de courage, d'autres avant nous sont morts pour que nous héritions d'un pays sur lequel personne d'autre que notre peuple puisse le gouverner. Où se trouve notre mérite et notre honneur si l'on se comporte comme des moutons fébriles et apeurés à l'idée de tout changer ?

Changeons le monde tout de suite et concrètement !

Il y a urgence !

lundi 2 janvier 2017

Tout le monde n'est pas Ambroise Croizat

Lorsque le 10 Février 1951, Ambroize Croizat exhalait son dernier souffle, il n'imaginait sans doute pas que quelques jours plus tard, sa dépouille serait suivie par plus d'un Million de Français jusqu'à sa dernière demeure. L'architecte de la Sécurité Sociale était à la foi communiste et syndicaliste. Il était de ceux qui contribuèrent aux grandes grèves du début du siècle dernier, et qui, par sa ténacité, son engagement sans faille et son intégrité totale en faveur des travailleurs français, fut plébiscité par ses pairs pour intégrer l'assemblée consultative du Conseil National de la Résistance, avant de devenir Ministre du Travail dans le Gouvernement Provisoire formé par le Général de Gaulle à la Libération.

A l'inverse, lorsque Marc Blondel, Secrétaire Général du syndicat Force Ouvrière décède le 16 Mars 2014, en dehors de quelques timides hommages de quelques oligarques, les Français ne témoigneront d'aucun intérêt particulier à la disparition de cet homme. De la même façon, François Chérèque, qui jusqu'il y a peu, occupait les fonctions de Secrétaire Général de la CFDT et qui vient de nous quitter le 2 Janvier 2016, ne nourrira une attitude endeuillée que pour quelques oligarques et grands patrons. Les Français dans leur ensemble affichent une royale indifférence quant à sa disparition.

Il faut dire que le temps des grands leaders syndicaux nous appelant à des grèves illimitées et dures pour ne serait-ce que sauvegarder le droit du travail existant à défaut de revendiquer de nouvelles conquêtes sociales, est bien loin derrière nous. A peine 8 % des salariés français sont syndiqués, dont l'essentiel dans la fonction publique. Une représentativité au-moins aussi légitime que nos oligarques qui se font élire en surfant tant sur la propagande des médias aux ordres que l'abstention massive des Français.

Le constat est même accablant si l'on prend le temps d'observer d'autres facettes du syndicalisme d'aujourd'hui. La CFDT dispose de placements financiers dépassant les 200 Millions d'euros de capitalisation. La CGT dispose pour sa part de plus de 30 Millions d'euros de "valeurs mobilières de placements" sur son bilan comptable de l'année 2015. Quant aux comptes de Force Ouvrière, ils révèlent que l'association se porte bien avec plus de 30 Millions d'euros de capital financier disponible pour l'année 2015.

Camarades, si vous considérez votre syndicat comme étant le bras armé du travailleur contre la toute puissance du Capital, pardonnez-moi pour la gueule de bois qui risque de découler de ces quelques chiffres.

N'étant à la foi pas spécialiste de l'histoire des syndicats, ni assez passionné par la question au point de me livrer à des recherches de toute une nuit, je me contenterai de signifier ce que quelques renseignements épars nous permettent de comprendre. Tout d'abord, il y a la scission entre les communistes et les trotskistes au début des années 50, notamment par désapprobation de l'entrisme revendiqué des lambertistes (trotskistes), qui appelaient les militaires français au début de la seconde guerre mondiale à "la défaite révolutionnaire", tout en pénétrant les partis ouvertement fascistes ou collaborationnistes afin d'y laisser leurs agents d'influence. Les communistes d'hier détestaient férocement les "hitléro-trotskistes" notamment pour ces raisons, et pourtant, les communistes d'aujourd'hui ont été définitivement vaincus par l'entrisme de ces derniers. C'est une longue histoire que je découvre, qui est complexe, et sur laquelle je ne m'appesantirai pas. Je soulèverai simplement que nombre de syndicats étudiants ou partis politiques se disant "anti-capitalistes", sont totalement issus de cette mouvance. Ce qui est essentiel de noter du point de vue idéologique, c'est que les trotskistes sont moins dans l'analyse complexe de l'économie et la socialisation progressive de la société, que dans l'incantation pseudo-révolutionnaire. 

Vient Mai 68 qui malgré les accords de Grenelle, signe la dégénérescence du PCF et la progression de l'entrisme des trotskistes au sein du PS, du PCF lui-même, et des syndicats. Daniel Cohn Bendit, ou Marc Blondel sont ainsi les purs produits idéologiques de cette période. L'entrisme menant vite à l'opportunisme, et finalement à accélérer tant et si bien une carrière politique, que les idéaux révolutionnaires ne deviennent plus qu'un faire-valoir cosmétique pour camoufler la réalité des ambitions personnelles de ces parvenus. 

En 1973, est créée la Confédération Européenne des Syndicats, d'inspiration chrétienne et libérale, et vite adoubée et subventionnée par les eurocrates de Bruxelles. Dès sa création, F.O et la CFDT y adhèrent, tandis que la CGT se voit refusée d'y entrer en 1974 du fait de valeurs non partagées (ce qui avait encore du sens à l'époque). Néanmoins, la CGT persiste, et c'est sous l'égide de Bernard Thibault qu'elle y fait son entrée en 1999. 

Entre temps, Mitterrand a achevé de détruire le PCF en obtenant son soutien lors des présidentielles de 1981, puis en le trahissant dès 1983 par l'adoption d'une politique ultra libérale que Georges Marchais dénoncera régulièrement, jusqu'à ce qu'il cède la place en 1993 à Robert Hue. Sous l'égide de ce dernier, le PCF abandonne sa faucille et son marteau, ainsi que son orthodoxie léniniste-marxiste. Désormais, il y aura plusieurs courants, dont celui des europhiles (évidemment incarné par les trotskistes).

Ce déclin du Parti Communiste et le remplacement méthodique de ses valeurs originelles par de nouvelles générations biberonnées aux thèses véhiculées par les soixante-huitards, a eu un impact considérable sur le syndicalisme. la CGT étant historiquement à la foi le plus vieux et le plus important syndicat français, elle était aussi un gigantesque réservoir de communistes. Le déclin de ces derniers ne pouvait qu'aller de pair avec l'agonie de la première.

Voila donc où nous en sommes : des syndicats n'ayant plus aucune idéologie motrice ferme, plus de soutien politique d'un PCF autrefois puissant (et réellement communiste), mais des structures désormais nourries financièrement par le patronat et les élus trop contents de trouver des voix à prendre à coups de subventions publiques (quand il ne s'agit pas d'acheter la paix sociale sur des réformes douloureuses). Terminés les appels à la grève générale, terminées les luttes qui se gagnent à l'occupation sans discontinuer des rues de Paris.

Une petite grêvounette de branche quelques jours par an, d'aimables manifestations histoire de promener nos communistes vieillissants aux côtés de la jeunesse de Tolbiac et de Science-Po, qui pour sa part est déjà prête à faire carrière dans les coursives du pouvoir moyennant quelques slogans sur la cause gay ou féministe. Nous en sommes réduits au pays de la Commune de Paris et des grandes grèves ayant conduit le Front Populaire au pouvoir, à assister à des parades folkloriques où les fanions rouges s'étiolent sous les emblèmes arc en ciel du milliardaire Pierre Bergé.

Le syndicalisme authentique est mort et ne renaîtra pas de ses cendres aisément. Nous avons affaire à des syndicats de connivence, dirigés par des personnages sachant parfaitement exprimer pour la forme un coup de gueule à la télévision, tout en rassurant en coulisse le politicien sur la longueur extensible des chaînes avec lesquelles il souhaite étrangler le travailleur.

Le plus triste dans cette histoire, c'est que jamais les syndicats n'ont été si abondés en argent pour garantir la solidarité de leur structure avec des grévistes. Jamais il ne fut plus facile qu'aujourd'hui, pour un leader syndical, d'appeler à la grève générale en bénéficiant d'un large écho avec l’avènement des réseaux sociaux. Autrefois, il fallait compter sur des milliers de porte-voix dans les usines et des tonnes de tracts imprimés et distribués. Aujourd'hui, une simple vidéo sur Youtube pourrait suffire à obtenir les résultats qu'hier on obtenait avec force huile de coude. Un appel à une grève générale, longue, radicale et résolue qui est très attendu des Français et qui ne vient toujours pas. Pourtant, ces derniers n'espèrent que ça de pouvoir enfin rebattre le pavé comme nos aïeux l'ont fait, et récupérer tout ce que le programme des Jours Heureux avait introduit de régulations et de lois contraignantes pour les puissances d'argent.

Mais si l'on parle désormais de syndicats jaunes en France, il y a fort à craindre que ce soit pour leur propension à nous pisser dessus dès que les premières flammes de notre colère viennent lécher le pied des Secrétaires Généraux. 

Dans l'histoire, tout est toujours question humaine.  Une idée, une loi, une mobilisation populaire, rien n'apparaît spontanément. Il y a toujours un être humain pour porter une cause avec plus ou moins de talent, de sincérité et d'acharnement. C'est peut-être ce qui sauvera le syndicalisme en France,  à savoir l’émergence d'un leader qui n'aura que faire des petits arrangements politico-carriéristes, et qui enverra valdinguer la Confédération Européenne des Syndicats, Pierre Bergé et ses ouailles néo-lambertistes, l'oligarchie, les traités, le consensus mou ; tout cela en appelant tous les Français à cesser le travail et déferler sur Paris.

Ce temps n'est pas encore arrivé. C'est donc hors des syndicats que la bataille se poursuit pour le moment. Quant à François Chérèque, qu'on me pardonne de ne pas vouloir lui rendre hommage. Les traîtres restent des traîtres, y compris par-delà la mort. C'était un larbin de l'oligarchie comme les autres, et d'ailleurs, je vous donne mon billet qu'il n'y aura pas foule pour suivre sa dépouille vers sa dernière demeure. Tout le monde n'est pas Ambroise Croizat....


vendredi 30 décembre 2016

Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon

Cher Jean-Luc,

J'espère que tu concéderas accorder de l'attention à cette lettre ouverte que je te ferai de toute façon parvenir par la poste. Je ne suis ni un adversaire, ni un partisan. J'ai joué le jeu de ton ouverture s'agissant du suffrage par le sort dans le cadre de la Convention de la France Insoumise, et lorsque j'y suis venu, je me suis senti respecté et en paix parmi des gens bienveillants, investis, et ayant un profond désir de changement dans notre pays. Par l'entremise d'Eric Coquerel, je t'ai remis un exemplaire de mon livre "Révolte !", et sache qu'en tant que précaire, t'offrir un exemplaire imprimé avec mes deniers propres pour que tu lui accordes de l'attention, ça n'est pas de la défiance.

Cependant, à l'égale de toutes les personnalités politiques un tant soit peu éduquées et favorables aux peuples, tu n'obtiendras jamais mon soutien plein et entier si tu contribues à entretenir des tactiques politiciennes d'un autre âge pour remporter la course aux présidentielles. En tant que révolutionnaire assumé, je refuse de revenir vers le jeu électoral tant que certaines conditions n'auront pas été réunies pour lui donner ses lettres de noblesse:

- C'est au peuple de plébisciter tant son chef d'Etat, que son gouvernement. Non aux médias dans le cadre des lacunes sérieuses gravées dans notre constitution et le code électoral, de décider de la méthode permettant de consacrer la légitimité du pouvoir exécutif pour le moins. Il revient au chef d'Etat de composer avec la diversité d'un gouvernement d'union nationale et clairement reconnu pour ses compétences sur des sujets clé valant ministères. Le chef d'Etat nous représente en tant que premier maillon de la chaîne de commandement militaire et diplomatique et comme arbitre entre les intérêts défendus par chaque ministre dans des réformes à spectre d'action large qu'il s'agit d'équilibrer au mieux.

Si la vision et la culture générale d'un seul homme sont bel et bien un atout pour arbitrer l'ensemble des décisions relevant du mandat présidentiel, ce sont bien des experts qui ne sont pas forcément des personnalités "politiques" au sens des partis, qui peuvent chacun en leur domaine, représenter une part de la vision politique de la dissidence intellectuelle française. Claude et Lydia Bourguignon sont ainsi des personnes qui se sont distinguées sur les questions agronomiques, et qui sont désormais très écoutés par des citoyens fortement politisés (qu'ils aient des convictions partisanes ou non du reste). De la même façon, Etienne Chouard serait sans nul doute plébiscité à une écrasante majorité des militants du web et du terrain, pour un mandat de Conseiller d'Etat à la Constituante sous supervision d'un Ministère de l'Intérieur pouvant lui-même être incarné par Alexandre Langlois, Bertrand Soubelet ou toute autre personne.

Si les Français les plus attentifs sur les différents sujets qui représentent une part des orientations de politiques publiques possibles dans le futur, pouvaient soumettre au suffrage de leurs compatriotes, leur propre plébiscite d'un citoyen français connu ou non, mais dont l'expertise et la vision mériteraient qu'il soit plus audible, et peut-être un jour en charge de mener un certain nombre de réformes utiles, alors la légitimité du pouvoir exécutif pourrait trouver sa puissance et sa stabilité, cela malgré l'institution de la démocratie. Le pouvoir conféré au peuple de faire et défaire sa représentation et ses lois directement, impose de réclamer le commandement suprême non en solo, mais bien en équipe avec une vision générale incarnée par les plus écoutés.

C'est d'autant plus vrai en 2017 où nous sommes encore au début d'une réelle naissance civilisationnelle (et extinction d'une autre), car Internet institutionnalise la Démocratie là où elle n'existe pas dans les Constitution. Les quelques lois indignes portant gravement atteinte à la liberté d'opinion et d'expression existant en France, ne peuvent rien contre une encyclopédie et un lieu de débat sans cesse mise à jour, et consultable depuis un smartphone jusque dans des lieux très reculés de nos campagnes. Les médias et les puissances financières qui les influencent, n'ont toujours pas compris que leur régime de propagande est déjà d'un autre âge, et que la Révolution arrivera tôt ou tard si les journalistes ne redeviennent pas professionnels et consciencieux dans leur travail. Car désormais, le peuple est son propre journaliste autant que son propre universitaire. La connaissance est à la portée de tous, et aucune propagande de guerre, de terreur économique ou sécuritaire, ne pourra croître en influence dans les consciences. Ce temps là est désormais terminé, est l'oligarchie court à sa perte, c'est inéluctable. Que cela prenne quelques mois ou encore 10 années - si aucune déflagration mondiale n'intervient d'ici-là sur une pénurie de matières premières - un autre monde va émerger, et il deviendra extrêmement difficile pour les représentants politiques de demain, de pouvoir poursuivre leur "carrière" s'ils trahissent leur peuple. De la même façon, les clivages stériles sur les convictions partisanes des citoyens entretenus par les médias et les politiciens eux-mêmes, va continuer de s'effondrer car l'écrasante majorité des Français se contrefiche des hystéries religieuses des partisans les plus sectaires. Les périls de l'extrême droite ou de l'extrême gauche que l'on agite en épouvantail pour nourrir le pathos des partisans, n'atteint pas l'écrasante majorité du peuple qui n'est encartée à aucune formation politique. Car cette majorité est profondément laïque et à l'écoute de toute les opinions pour forger la sienne propre. L'écrasante majorité du peuple est donc "modérée" politiquement, car elle écarte les considérations sociétales trop radicales ou sensibles de ses aspirations politiques, ne retenant que ce qui est essentiel à tous. Ainsi, les Français ne veulent ni accueillir toute la misère du monde comme les sans-frontiéristes veulent nous l'imposer, ni réguler les questions migratoires de façon inhumaine. De même qu'il se trouvera peu de Français à vouloir remettre en cause le droit à l'avortement, quand bien même il existe des opinions plus conservatrices sur ces sujets, qui ont le droit de ne pas être ad-hitlerumïsées dans une démocratie laïque authentique. Internet l'institue avec ses propres outils pour voter et plébisciter une dissidence intellectuelle, dont BHL, Jacques Attali et consorts seront à jamais incapables d'influencer dans leur sens. Tout comme le matraquage médiatique sur Macron virant à l'obscénité, sera source de beaucoup de désillusions pour les journalistes et leurs tutélaires. Le Brexit, les élections aux USA et les récents scrutins en Europe, ne semblent pas sonner l'alarme dans le crâne des chargés de communication.

Cher Jean-Luc,

Il me semble indispensable que tu tiennes compte de ces évolutions de société, mais aussi et plus encore de toute une dissidence qui s'est forgée grâce à la magie des réseaux sociaux et sur lesquels la majorité des partis politiques n'ont aucune prise.

Cette dissidence est extrêmement diversifiée dans ses opinions. Elle n'est pas exempte de ses propres passions et contradictions comme il sied malheureusement à toutes les communautés politiques et idéologiques. Il est même notable de relever que sa composante la plus conservatrice ne souhaite pas forcément voter pour le F.N (ce qui serait le choix le plus logique à priori) de même que sa partie plus libertaire ne tient pas plus à s'engager derrière toi. Ces gens s'entre-déchirent volontiers sur les fils de discussion sur des débats complexes, mais chose ahurissante pour un observateur politique habitué aux comportements sectaires et de replis propres aux partisans les plus zélés : ILS SE PARLENT.

Depuis des années, par différentes manœuvres, les puissants se sont assurés qu'en nous rangeant dans de petites boites et en désignant l'autre comme l'ennemi idéologique ne méritant que mépris - si ce n'est violence et censure - les choses resteraient stables et à l'avantage des grandes formations politiques dites "de pouvoir". Mais cette lente construction du sectarisme politique s'effrite de plus en plus fortement, au point que du plus libertaire au plus conservateur d'entre nous, les communs reviennent enfin nous fédérer. Et quels sont ils ?

1) D'abord, nous exigeons que la France redevienne un Etat pleinement souverain et indépendant, et à ce titre, jugeons avec beaucoup de sévérité cette tactique politicarde visant à parler d'un plan A et d'un plan B s'agissant de la sortie de l'U.E et l'euro. Peut-être souhaites-tu tendre la main à cette minorité de la pseudo-gauche se croyant universaliste lorsqu'elle soutient mordicus notre rattachement à l'Union européenne, mais ce n'est pourtant pas là que se trouve ton véritable réservoir de voix. Tu as nettement plus à gagner en garantissant au peuple que le seul plan s'agissant de l'U.E et l'euro, c'est la sortie unilatérale dès ta prise de fonction. Il faut en finir une bonne fois pour toutes avec les alliances inutiles et contre-productives.

2) Sur ce point, je sais que nous n'avons pas à te reprocher quoi que ce soit, nous souhaitons sortir de l'OTAN, réchauffer nos relations avec la Russie et nous rapprocher du mouvement des non alignés. J'ajouterai cependant que les plus éduqués d'entre nous exigent que nos relations avec l'Afrique soient complètement remises à plat. Notamment en mettant un terme au FRANC CFA qui ruine les pays qui y sont soumis, en jouant du micro-crédit et de projets infrastructurels majeurs pour ce continent, comme des routes, des chemins de fer, le projet Transaqua ou encore la grande muraille verte à planter sur toute la bande du Sahel, du Sénégal jusqu'à la corne de l'Afrique. C'est à ce prix que d'une part, nous donnerons enfin les moyens aux Africains de tendre vers leur émancipation économique et sociale, et par voie de conséquence, nous influerons très fortement sur les flux migratoires en amont du problème.

3) Nous voulons que l'oligarchie paye pour ses crimes ! Comment se montrer accommodant avec des gens qui au-delà des petites et grandes corruptions et malversations financières dont ils se sont rendus coupables, ont voté en faveur de la ratification du Traité de Lisbonne, du M.E.S, du T.S.C.G et pire encore, n'ont jamais empêché le gouvernement quant à pratiquer des ingérences militaires et diplomatiques graves dans des pays tiers (la Côte d'Ivoire, la Libye, l'Ukraine ou la Syrie) au point de s'adonner au financement du terrorisme et soutenir les pires composantes idéologiques que les Français rejettent déjà pour eux-mêmes (les nazis en Ukraine et les takfiristes au Moyen-Orient) ? Il y a de vrais crimes de haute trahison, de génocide, de financement du terrorisme, et ils ne peuvent rester impunis. Le crime d'indignité nationale doit être rétabli à minima pour ceux qui ont violé le référendum de 2005. Quant aux crimes de sang, même s'ils ont été commis de façon indirecte, ils n'en restent pas moins ignobles et relèvent bien du pénal. Sarkozy, Hollande, Fabius, Juppé, et toute une clique d'ordures véritables, méritent de croupir jusqu'à la fin de leur vie en prison, pour les centaines de milliers de morts à travers le monde que l'on peut leur imputer. Sans même évoquer le terrorisme en France qu'ils ont facilité par leur alignement diplomatique proprement dégueulasse avec la politique belliciste des faucons U.S. Les Français sont en colère, et ils exigent que Justice soit rendue. Ce sera de toute façon indispensable, car il ne sera pas possible de rétablir l'autorité de l'Etat au travers de ses institutions les plus régaliennes, sans faire valoir que la Justice est bien égale pour tous, et notre état de droit pleinement respecté.

Alors bien sûr, nous nous querellons toujours sur des points de détail de nos futures politiques publiques. Mais comment peut-on accepter que lorsque des Millions de Français sont d'accord sur des questions d'intérêt général essentielles, des divisions intestines soient entretenues en considérant qu'on ne peut associer ces gens dans un grand combat pour remettre sur les rails la France, sous prétexte que sur des sujets plus subalternes (oui, je hiérarchise les luttes), il reste des désaccords qui finalement pourraient se régler au sein du parlement ou au moyen du référendum ?

Il faut en finir avec cette culture politicarde de la division. L'unicité du peuple français ne peut souffrir d'un comportement anti-républicain du régime des partis. Les intérêts fondamentaux de la nation valent pour tous, non en fonction de notre considération sur des questions morales ou sur les libéralités à concéder ou non à certains secteurs de la société.

Voila pourquoi je t'engage à nous rassembler non sous ton seul nom, mais en nous permettant de composer un gouvernement correspondant finalement à toute la richesse culturelle et politique de cette dissidence, qui préférera pour la majorité d'entre elle s'abstenir, que voter pour une quelconque formation politique. Ouvre les débats, fais taire les ayatollahs qui voient le péril d'extrême droite ou du fascisme dans toutes les composantes de la société qui s'opposent au Système. Il faut leur dire à ces gens qui ne cessent de salir, invectiver et même agresser physiquement des citoyens qui se battent pour instituer la démocratie et restaurer une Justice dans ce pays, que désormais, leurs fatwas en intouchabilité seront superbement ignorées. Aimer le peuple suppose un grand niveau de tolérance pour les idées que chaque individu peut véhiculer, même lorsqu'elles nous heurtent ou représentent une opposition radicale à nos idéaux propres. La plupart des comportements et points de vue qui nous choquent dans notre humanisme, ne sont que les fruits pourris d'une déstabilisation de l'Etat sur plusieurs décennies, un recul clair et net de la démocratie, un déclin social sans cesse croissant, et le sentiment pour les Français de ne pas être écoutés. Comment ensuite condamner certains d'entre eux, lorsqu'ils basculent dans des thèses toujours plus dures, et parfois xénophobes, lorsqu'ils consentaient auparavant à plus d'ouverture d'esprit si tant est que les régulations attendues arrivent ? J'ai vu beaucoup de gens se radicaliser en quelques années sur les réseaux sociaux. Des gens qui au départ, ne cultivaient pas un discours de haine à l'encontre d'une quelconque communauté. C'est à ce titre que je juge ces problèmes comme superficiels. Ils se résolvent d'abord en cessant de condamner  ces gens ou leur interdire de débattre et en cessant d'amalgamer ce qu'ils dénoncent à des communautés plus larges. Typiquement, le fondamentalisme islamique n'est pas le propre de la majorité des musulmans. La majorité des homosexuels ne se reconnaissent absolument pas dans les hystéries du lobby LGBT et sont même las d'être associés aux excités promus par Pierre Bergé. Le CRIF n'est pas représentatif des Juifs de France, mais uniquement des intérêts de l'extrême droite israélienne. Il est nécessaire d'être ferme avec les groupuscules communautaristes en rappelant que l'Etat n'accorde aucun privilège à une quelconque communauté. La lutte contre les discriminations a bon dos lorsqu'il s'agit en vérité de caresser dans le sens du poil ces nouveaux identitaires.

Cher Jean-Luc,

Si j'évoque ces sujets sensibles, c'est que j'ai le privilège avec quelques autres "leaders d'opinion" sur les réseaux sociaux, de voir sur ma propre page, des gens aux antagonismes idéologiques très forts discuter ensemble. C'est ma plus grande fierté moi qui ait toujours détesté l'entre-soi des partis politiques. Tu dis vouloir sortir des schémas partisans en ayant lancé ta candidature à la présidentielle en dehors du Front de Gauche ou des primaires du PS. C'est un message entendu. Mais ton rôle est dans ce cas de créer le liant et la pacification des esprits. Je pense très fermement que ce liant découle à la foi d'une certaine radicalité sur les enjeux politiques et démocratiques évoqués plus haut, mais aussi une certaine retenue sur tous les sujets à même de nous diviser. Le référendum existe pour trancher ce qui relève des grands débats de société trouvant difficilement un consensus. Outre ces considérations politiques, se trouve le désir profond de rassemblement populaire (pour ne pas dire insurrectionnel) de cette dissidence ayant besoin d'exulter sa colère, sans forcément tomber dans les affres de la violence. Comme je l'ai indiqué sur mon livre que j'espère tu as bien reçu, il est possible de rénover le militantisme traditionnel par des initiatives fortes et essentielles telles que :

- Des rassemblements continuels devant les grands médias nationaux et le parlement pour faire apprécier correctement à notre oligarchie la puissance du peuple et sa sécession avec le climat de censure et de propagande.

- L'institution de tribunaux populaires sous forme théâtralisée pour juger les traîtres et faiseurs de guerre que la Justice laisse pour le moment tranquilles.

- A l'égal de ce qui s'organise pour les primaires du PS ou de l'UMP, mettre en place des consultations référendaires sur des grandes questions politiques dans toute la France. Se battre s'il le faut dans les tribunaux administratifs et auprès du Conseil Constitutionnel pour faire reconnaître les résultats, puisque rien n'interdit au peuple d'organiser lui-même ses référendums.

- Inonder de courrier les institutions et les irresponsables politiques pour leur imposer les assainissements exigibles, cela sans considérations des résultats électoraux du printemps prochain.

Je te renvoie à la lecture de mon essai pour trouver d'autres idées encore, en tant qu'activiste, je crois ne pas en avoir manquer à ce sujet.

La mobilisation sur des actions de résistance est un moyen beaucoup plus puissant que tous les discours politiques pour fédérer un peuple ne croyant plus en son système politique. Elle crée l'émulation et la fraternité nécessaire pour redonner la foi dans les cœurs.

Aussi, j'espère que tu entendras mon appel, aura la courtoisie d'au moins répondre à ma missive, même si c'est pour faire la critique de ce qui te semble bancal, car il ne s'agit ni de tes ambitions présidentielles, ni de consacrer une quelconque légitimité à une dissidence beaucoup trop pluraliste et atomisée, mais bien de réveiller le peuple tout entier.

Dans l'espoir que tu me répondras,

Bien cordialement,

Sylvain Baron

Vous pouvez commander le livre "Révolte" sur le site de l'association que je supervise où le réclamer en pdf par messagerie :


ou syldartha@gmail.com





lundi 12 décembre 2016

La fin des Etats ?

Depuis le début des années 70, un débat ne cesse d'être agité en occident, et particulièrement en Europe, sur le caractère nécessairement totalitaire et dépassé de l’État. Il est claironné que l'émancipation serait pour les êtres humains, de pouvoir s'affranchir des contraintes de l’État, voire que l’État n'existât plus du tout.

Les libéraux ne font là que reprendre un vieux thème de l'anarchie pour les adapter aux intérêts des puissances financières ou étatiques hostiles aux peuples en général. Cela, sous couvert d'une « philosophie » qui se distingue d'abord par les dérégulations économiques et les usurpations de souveraineté très concrètes qu'elle entraînent dans le cadre de différents traités internationaux ou supra-nationaux.

Il est vrai que si l'on en revient à la théorie de l'anarchie, l'Homme dispose en lui-même de la puissance nécessaire pour s'émanciper de tous ses conditionnements, qu'ils soient culturels, religieux, ou même étatiques. Mais ne pas vouloir s'extraire de l'ensemble de ces conditionnements impose t-il de facto le reniement de ses libertés individuelles et de son libre arbitre ? Sans une police et une justice pour garantir l'impunité et la neutralité de traitement face à la criminalité, n'y aurait il pas un arbitraire plus grand que si l’État disparaissait sur la base d'une proclamation de dissolution du pays, qu'auraient d'ailleurs tôt fait d'oublier les institutions ?

Y a t-il nécessairement une meilleure garantie des libertés individuelles là où l’État est absent ? Ne parle-t-on pas de « zones de non droit » là où les institutions sont les plus défaillantes à maintenir « l'autorité de l’État » ?

On nous répond aujourd'hui qu'à l'ère d'internet, la planète devient « un grand village » et que nous sommes désormais « citoyens du monde ». Pour autant, l'usage que l'on fait d'internet, notamment au travers de nos télécommunications, l'est en tout premier lieu dans notre langue maternelle. Ce qui en soit pose une frontière virtuelle à un sentiment sincère d'unité culturelle et politique avec l'internaute étranger. Les débats politiques, quand bien même ils peuvent s'élargir aux questions internationales, sont entretenus sur les réseaux sociaux à l’aune des intérêts nationaux des internautes concernés. Évidemment, l'on constate des Africains, des Français, des Belges, des Suisses et des Canadiens que la francophonie rapproche, participer à des discussions politiques sur de mêmes espaces virtuels. Mais bien que le lien entre les Wallons et les Français soit plus étroit qu'avec les autres communautés nationales mentionnées, de façon générale, ces discussions politiques restent minoritaires et liées à des thématiques relativement généralistes par rapport aux discussions politiques plus intenses qui rassemblent les internautes d'un même pays.

Internet ne va donc pas diluer la singularité entre les peuples, mais au contraire, confirmer celle-ci. Il est vrai cependant que l'essor technologique attenant, nous permet désormais de jouir d'une encyclopédie universelle sans cesse alimentée et corrigée, en plus d'une plate-forme à l'abri (relatif) du contrôle des gouvernements et des puissances financières, pour permettre à des millions de gens d'échanger leurs idées, indistinctement de leur origine nationale.

Cela n'est pas sans influence sur le progrès démocratique espéré. Mais les tenants du mondialisme en seront pour leurs frais, internet pas plus que le venin libéral, ne parvient à démolir le cœur des nations. Jay Rockfeller dans une commission sénatoriale aux USA en 2009, disait « regretter l'existence d'internet ». Hillary Clinton accusait de son côté le site Wikileaks d'avoir soutenu son rival Donald Trump lors de la campagne électorale américaine, là où le site de Julian Assange, se bornait à faire œuvre de transparence sur le contenu des mails de l'ex Secrétaire d’État, rendus publics par la Justice américaine. Au niveau européen, la chaîne de télévision russe « Russia Today » diffusée essentiellement au-travers des canaux numériques, s'est vue censurée par le gouvernement britannique, et violemment attaquée au sein du parlement européen du fait de la contre-propagande qu'elle oppose sur les questions économiques et géopolitiques en Europe. En Chine, il est littéralement impossible d'accéder à certains sites internet pouvant faciliter l'organisation de débats politiques populaires et libres. De façon générale, les puissants, qu'ils soient financiers, politiques ou mêmes médiatiques, font montre de leur défiance face à la puissance de l'outil démocratique et alter-médiatique qu'est internet. Ni les mondialistes, ni les nationalistes les plus rigides n'apprécient le contre-pouvoir populaire que les réseaux sociaux opposent à leur propagande.

Les États ne disparaissent pas autrement que par l’absorption au sein d'un autre État plus puissant et victorieux dans une guerre d'invasion, ou par la partition dans le cadre d'une guerre civile. Et cela n'est le propre que des États faibles. Ceux qui sont structurellement rendus indestructibles sont ceux qui jouissent d'une Armée moderne et fortement dissuasive à toute agression étrangère, ce qui par extension, les protège de tout arbitraire politique extérieur. Un pays comme la France peut faire sa révolution sans craindre les menaces étrangères ou de différentes puissances financières, car l'armée issue du peuple, ne peut se retourner contre les siens, cela sous mandat étranger ou privé. Un État puissant l'est indépendamment des périodes de relative faiblesse qu'il peut démontrer à l'international, car elles ne sont que la traduction d'une volonté politique limitée d'un gouvernement, alors que les capacités d'influence diplomatiques et militaires du pays peuvent s'affranchir d'un grand nombre d'obstacles que la majorité des États dans le monde ne peuvent pas mépriser. Ce n'est pas la même chose de dire ses quatre vérités aux États-Unis d'Amérique quand on est le chef d’État de la France, plutôt que celui du Pérou. La volonté politique d'un dirigeant péruvien peut surpasser de très loin la volonté politique d'un dirigeant français, mais le rapport de force dans les discussions diplomatiques reste inégal à l'aube de l'an 2017.

Cette inégalité peut reposer à la foi sur des mesures économiques hostiles à un pays en voie de développement par certaines puissances, mais elle peut découler uniquement de circonstances historiques ou géographiques clairement défavorables.

D'abord, admettons que les civilisations n'ont pas toutes été en quête de développement technologique aussi intense qu'en Europe et en Chine au cours des millénaires passés. L'Amérique précolombienne, l'Afrique, une grande partie du Moyen-Orient et l'Océanie, ont vu leurs populations souches rester dans un système politique essentiellement tribal, à l'écart des grandes routes commerciales entre l'Europe et l'Asie. Les guerres et le commerce ont en effet été des puissants moteurs du progrès technologique. La guerre exigeait d'innover dans l'armement, le commerce permettait les échanges d'idées. Si les Chinois inventaient les feux d'artifices avec la poudre à canon, c'est sur la route de la soie que la recette et les applications militaires de la technologie se discutent. Et c'est encore plus tard que l'on appréciera l'intérêt civil de la dynamite ou de la propulsion aéronautique de cette petite chimie. Les nations amérindiennes de même que les Africains, ne répugnaient pourtant ni à la guerre, ni au commerce, mais leur spiritualité, leur philosophie, en un mot, leur Culture, ne hissait que très exceptionnellement les Hommes à tendre vers le dépassement et l'innovation. La Nature pourvoyait aux besoins essentiels des communautés, et aucune puissance étrangère à la foi hostile et supérieure technologiquement, n'obligeait ces gens à se dépasser pour survivre. 

L’assujettissement à des civilisations plus avancées ou du moins plus puissantes technologiquement, était le prix à payer pour cette nonchalance multiséculaire à ne pas innover en parallèle de l'Europe et de l'Orient. Nous pourrions condamner nos aïeux d'avoir manqué à leur devoir de respect de l'auto-détermination des peuples aux époques cruelles où ils soumettaient des indigènes d'autres nations, mais cela serait faire fi que le concept n'existait pas il y a plus d'un siècle, et que l'on est responsable que de ses propres inactions durant son temps de vie, et non face à l'Histoire passée.

De facto, les États les moins puissants partent aujourd'hui avec un handicap économique, militaire et diplomatique qu'il convient de rattraper éternellement. Car les États les plus puissants, même sous la volonté politique des pires traîtres pouvant les gouverner, ne peuvent s'affaiblir à la mesure des nations les plus en retard. C'est donc pour l'internationaliste convaincu un exercice intellectuel très périlleux que d'imaginer l'harmonisation des normes et le ré-équilibrage entre les nations, car même avec le soutien des puissances les plus respectables, l'inégalité technologique et économique risquera sans nul doute de perdurer encore longtemps. Il y a pourtant matière à réduire ces inégalités comme nous le verrons, à échelle d'une vie d'Homme. 

Toujours est-il que l'on a plus à craindre (ou s’enthousiasmer) de la naissance de nouveaux États dans les années futures, du fait des réalités géopolitiques d'aujourd'hui. La Fédération de Russie bien que puissante, n'est pas unifiée culturellement d'une frontière à l'autre de son territoire. Cela peut générer des velléités indépendantistes qui, sur le long terme, peuvent avoir raison des contours géographiques actuels de ce pays.

Les aspirations à l'auto-détermination d'autres peuples comme les Kurdes ou les Palestiniens, ne manqueront pas dans le futur de se rappeler aux disputes internationales et trouver leur paroxysme sur le seul fait démographique. Les populations arabes et kurdes, chacune sur les territoires politiques revendiqués, connaissent une croissance démographique suffisante pour faire obstacle à l'influence politique de leurs opposants. La guerre des ventres est aussi silencieuse qu'implacable pour les peuples cherchant à obtenir la liberté de se constituer en nations. 

Certains différents territoriaux continuent de courir en Asie, notamment entre la Chine et Taïwan. Bien que cette île fut longtemps sous souveraineté chinoise et que l'une et l'autre partie revendiquent la souveraineté politique sur la Chine toute entière, il n'est pas improbable que dans le futur, des dirigeants de la Chine continentale finissent par considérer qu'il y ait plus d'intérêt à reconnaître l'auto-détermination de Taïwan que maintenir sa volonté de réintégration. Il est à noter qu'à l'inverse, une transition politique majeure puisse permettre aux deux Corée de se réunifier.

Mais l'essentiel de la réorganisation des espaces politiques dans le monde, aura certainement cours en Afrique. Les anciens colons ayant imposé leurs propres frontières au mépris des réalités ethniques et linguistiques des populations d'hier, ont laissé après le terreau à toutes les rivalités fratricides au sein du continent noir. Un grand nombre d’États africains malgré ce handicap, ont déjà trouvé les ressorts pour devenir de véritables communautés politiques émergentes. Mais d'autres, comme la République Démocratique du Congo, le Mali ou encore le Tchad, la Centrafrique, le Niger et le Nigeria où des irrédentismes Haoussa, Peuls et Malinkés subsistent tant bien que mal dans ces pays composites, souffriront peut-être de leur éclatement futur en un ensemble de nouveaux États. A l'inverse, le Sénégal aura forcément la tentation logique de reprendre le contrôle du fleuve Gambie par l'annexion de l’État attenant. Les rivalités franco-anglaises sur cette partie de l'Afrique, heurtent profondément la gestion de la ressource en eau d'une grande partie du Sahel. Mais le Sénégal est un pays arrivant à maturité politique, et capable de constituer son indépendance économique pleine et entière sur la seule bonne volonté de ses dirigeants du moment. Disposer du plein accès à la Gambie tant pour son commerce que pour assurer l'alimentation en eau des champs et des villes éloignées, est un enjeu d’État pour le Sénégal. Et ce pays aspire à devenir une puissance reconnue en Afrique. Il est aussi à noter que l'ex-Abyssinie aura peut-être vocation historique à se réunifier. L’Éthiopie dont on aurait tort d'ignorer l'ancienneté politique, a perdu son accès à la mer avec l'indépendance de l’Érythrée et de Djibouti. Les conflits entre ces derniers pays sont récurrents depuis des années, et portent jusqu'en Somalie. 

Les puissances occidentales entretiennent le macabre statut-quo en laissant des populations se déchirer, plutôt que de trouver l'appui nécessaire pour résoudre leurs conflits largement dus aux effets délétères du colonialisme arabo-européen. 

Que ce soit dans le déchirement par le sang, ou par le jeu démocratique, les frontières seront appelées à demeurer mouvantes dans les années à venir dans certaines contrées. Le Soudan s'est partitionné récemment, la Crimée est retournée à sa mère Russie, la Serbie n'a pas fini de digérer la guerre de l'OTAN l'ayant dépecé de son territoire et de son accès à la Mer Adriatique.

De nombreux conflits ensanglantent déjà le monde ou couvent encore avant leur explosion inéluctable. Nous avons la possibilité de les désamorcer. Cela suppose tout d'abord d'avoir un regard objectif et un tant soit peu historique de la construction des États. Mais aussi une réflexion humaniste plus générale, qui vise à promouvoir la paix non par la remise en cause des États, mais bien au contraire par leur promotion la plus honorable. C'est à ce niveau que les institutions internationales doivent pouvoir jouer leur rôle à plein. Un État naît d'une volonté d'indépendance et d'une reconnaissance internationale. Ignorer délibérément cette réalité fait le lit de guerres civiles inutiles et évitables...


samedi 12 novembre 2016

Que la Haute Cour soit réunie pour de vrais crimes de trahison !

Le 13 Octobre 2016, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publient le livre "Un président ne devrait jamais dire ça". Ce livre résume des entretiens au long cours entre François Hollande et les journalistes, où un certain nombre d'informations sensibles seront révélées par l'actuel président de la République. Durant la période de promotion de l'ouvrage, les auteurs publient le 24 Août 2016 dans le journal "Le Monde" un article reprenant des extraits de leur livre, et notamment un mémo datant du 29 Août 2013 rédigé par le chef d'état-major du président de la République, sur des frappes envisagées en Syrie, et fort logiquement classifié "confidentiel défense".

Le 24 Août 2016, le député Eric Ciotti, sans doute en mal d'actualité médiatique, s'indigne alors que de tels documents puissent fuiter du palais présidentiel. Il écrit au Ministère de la Défense le 26 août 2016 pour exiger des explications qui ne lui seront d'ailleurs jamais fournies. Après avoir réitéré l'initiative le 21 Octobre 2016 sans plus de succès, il fait saisine du procureur de la République de Paris, François Molins le 4 Novembre 2016, afin de dénoncer le crime de violation du secret défense de la part de François Hollande. Dans le même temps, le 10 Novembre 2016, assisté de Christian Jacob et de quelques autres députés du groupe "Les Républicains", Pierre Lellouche transmet au président de l'Assemblée Nationale, Claude Bartolone, la proposition d'institution de la Haute Cour de la République en vue de destituer François Hollande. Pour anecdote, je note la bouffonnerie de Bruno Lemaire, qui a justifié ne pas souhaiter soutenir cette procédure, car "il appartiendrait au peuple de destituer le président". Oserais-je lui signifier qu'un peuple ne destitue son chef d'Etat que par la Révolution si la Justice ou le Parlement n'agissent pas en tant que contre-pouvoir ?

Bien que je n'ai pas encore eu accès au livre en question, ni au document confidentiel défense attisant une telle polémique, les informations que j'ai pu compulser permettent de mettre en doute la sincérité et le bien-fondé de la procédure engagée par les députés de "l'opposition" contre François Hollande. 

Commençons par traiter du fond de l'affaire :

Il est reproché à François Hollande d'avoir livré à des journalistes un document classifié sur une opération militaire à venir. Formellement, il est vrai que cela est bien réprimé par la loi et pourrait valoir au traître siégeant à l'Elysée, jusqu'à 7 années de prison.

Cependant, le dit-document n'est révélé que le 24 Août 2016, soit près de trois années après sa rédaction. Il ne portait pas sur un secret d'Etat au long cours, mais sur la planification d'une opération militaire, qui une fois aboutie, n'aurait eu aucun intérêt à être maintenue sous le régime du secret-défense, à moins que les informations communiquées portent sur des cibles encore traquées aujourd'hui. Il se trouve que l'opération en elle-même n'a jamais eu lieu, ce qui en soi, témoigne de l'absence de faits sur lesquels instruire une procédure correctement circonstanciée. Aucun secret militaire n'a été révélé à l'ennemi au moment où l'opération a été envisagée, aucun soldat n'a perdu la vie du fait des fuites de ces informations plusieurs années après les faits. 

Le régime de classification liée à une opération militaire, doit d'avantage garantir son succès et la sécurité des soldats mobilisés sur le moment, qu'être une mesure définitive dans le seul but de camoufler ce que tout le monde sait déjà : la France est pro-active en Syrie du point de vue de la mobilisation de ses armées. On peut même dire - sauf si nous devions apprendre que cette opération visait des militaires de l'armée régulière syrienne - que la révélation de ces informations, serait de nature à dédouaner François Hollande de se borner à soutenir le terrorisme international en prouvant qu'il le combat factuellement dans le sens espéré pour la paix en Syrie. Un plan com qui loin de desservir Hollande, lui redonne une assise présidentielle.

Par ailleurs, notons que le président de la République est finalement responsable de ce qui doit être classifié ou au contraire déclassifié comme information sensible. Il est en outre le chef des armées, et bien que le droit international sanctionne ce qui peut s'apparenter à des assassinats hors contexte militaire bien défini (état de guerre reconnu), rien n'est plus légitime et nécessaire que l'institution qu'est le président de la République, puisse décider de l'exécution d'assassinats ciblés, s'ils sont de nature à préserver la vie de milliers de gens, en particulier sur le territoire français.

Il suffit d'un peu de logique pour comprendre qu'une réponse défensive immédiate à une agression militaire de la France ou l'exécution d'une mesure offensive sensible mais nécessaire, ne peut être soumise à l'assentiment du parlement, voire du peuple tout entier par référendum pour des raisons évidentes :

- Célérité et confidentialité de l’exécution d'une opération militaire
- Réduction au chef suprême des Armées, à son état-major, au premier ministre et au ministre de la défense, de la réflexion éthique concernant la légitimité de l'opération militaire envisagée.

Notamment lorsqu'il s'agit d'opérations dites "homos" qui correspondent à des assassinats ciblés. La logique institutionnelle veut que l'ensemble des forces engagées dans une opération aussi sensible, soient totalement déresponsabilisées de ce débat éthique en tant qu'exécutantes. Voila pourquoi l'Armée exige un fonctionnement strictement pyramidal, avec un chef suprême à sa tête pour décider de ce qui admissible et légitime en matière de défense nationale. Néanmoins, il revient à l'état-major et aux ministres concernés, d'être les garde-fous de toute dérive de la part du président de la République. Les militaires et civils qui sont directement sous les ordres du président de la République, sont aussi ses conseillers, et le cas échéant ceux qui doivent empêcher un ordre manifestement illégal d'être exécuté, comme en dispose l'article 122-4 sur le commandement de l'autorité légitime.

Ce n'est donc pas sur le fait que François Hollande ait pu décider d'opérations militaires, y compris des assassinats ciblés qu'il y a lieu de juger, à moins que ses décisions aient pu porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, ou que ces opérations visaient des fonctionnaires, militaires ou responsables politiques d'Etats Souverains ne nous ayant jamais agressé en aucune façon.

A ce titre, je ne peux m'empêcher d'y voir une tempête dans un verre d'eau visant d'avantage à nuire à l'institution présidentielle, qu'en la personne de François Hollande. Il s'agit de remettre en cause le bien-fondé de la chaîne de commandement militaire dont le président de la République est le dernier maillon, plus qu'à mettre en cause de vrais crimes de haute trahison que l'on peut reprocher au citoyen François Hollande.

Ainsi, les mesures de classification qui protègent au long cours des discussions diplomatiques, ont été violées par les Etats-Unis d'Amérique, lorsque l'on appris que nos diplomates de l'ONU ont vu leurs communications espionnées. De même, on peut considérer que l'inaction du président de la République face aux écoutes répétées de la NSA et la CIA, notamment de nos diplomates, parlementaires, ministres, le président lui-même, généraux ou grands patrons d'entreprises, s'apparente à de la livraison d'informations à l'ennemi, même de façon passive. Il est par exemple un secret de Polichinelle que sur le toit de l'ambassade des USA à Paris (à proximité directe de l'Elysée ; l'Assemblée Nationale et certains ministères sensibles), se trouve un appareil d'écoute capable de capter l'essentiel des conversations téléphoniques des parisiens sur un rayon de près d'un kilomètre.

Y-a t'il eu une réaction du président de la République à ce sujet ? Nos députés si sensibles au respect de la confidentialité des communications d'Etat, sont-ils vent-debout contre cette ingérence grave des Etats-Unis en France ?

Quant aux communications des citoyens français, dont plus de 70 Millions de données ont été livrées à la N.S.A sous l'autorité de Nicolas Sarkozy fin 2011, ne méritent-elles pas comme la loi en dispose, d'être protégées ? 

Un autre scandale qui méritait que la Haute Cour soit réunie, est celui de la livraison des troupes et matériels militaires de la France aux Etats-Unis le 2 Juillet 2013, lorsque l'avion du président de la République plurinationale de Bolivie, s'est vu contraint d'atterrir en urgence en Autriche, du fait que la France et d'autres pays vassalisés aux intérêts américains, ont fermé leur espace aérien à celui-ci. Le motif d'une telle violation du droit international (dont le président de la République est pourtant garant du respect de part l'article 5 de la Constitution), était le soupçon des autorités américaines, sur le fait qu'Evo Morales tentait d'exfiltrer Edward Snowden de la Russie. 

La France, qui grâce à ce jeune lanceur d'alerte a pu découvrir quantité d'aliénations de nos intérêts fondamentaux et de la sécurité de nos infrastructures de télécommunication par une puissance étrangère manifestement HOSTILE (les Etats-Unis d'Amérique), aurait dû accorder l'asile politique à Edward Snowden, ou pour le moins, ne rien faire qui puisse l'empêcher depuis un autre Etat, de continuer de produire des révélations intéressant au premier chef la défense nationale. En accordant aux USA nos moyens militaires pour contraindre une ambassade volante à ne pas survoler notre territoire (radars de surveillance ; avions de chasse prêts à décoller pour intercepter l'avion d'Evo Morales ; personnel militaire dédié à l'exécution de cette procédure), François Hollande s'est rendu coupable d'intelligences avec l'ennemi. Les articles 411-3 à 5 qui répriment ce type de trahison, portent sur 30 années de prison, jusqu'à la perpétuité. 

Mais aucun député ne s'est ému de cette trahison.

Mieux, le parlement a carrément avalisé par vote une autre trahison de François Hollande heurtant très sévèrement nos intérêts diplomatiques, militaires et économiques au profit des Etats-Unis d'Amérique : l'annulation de vente des navires Mistral à la Russie.

Que ce soit la passivité de François Hollande, chef des Armées et garant de notre intégrité territoriale et de notre indépendance nationale, dans la protection des données de télécommunication des citoyens et diplomates français, ou ses intelligences avec l'ennemi plus pro-actives, il ne fut jamais question de le destituer. Ces crimes étaient sans doute moins graves aux yeux de "l'opposition" qu'une fuite d'un mémo classifié, sur une opération militaire n'ayant jamais eu lieu, trois ans après les faits.

De même, lorsque François Hollande disait soutenir "la rébellion modérée" en Syrie par la livraison d'armes de guerre, on ne trouva personne pour se scandaliser d'un tel financement du terrorisme contre un Etat Souverain, laïc et dont le régime politique disposait au moins d'une légitimité électorale à faire valoir, si ce n'est du droit international consacrant l'auto-détermination des peuples. Aucun député ne fit la relation entre ce financement du terrorisme tant en Syrie qu'en Libye, sur les flots de réfugiés que cela entraîna en France, ni même sur les attentats subis par la France, notamment au Bataclan. Il y avait pourtant matière à exiger la destitution de François Hollande. Mais non, les crimes de papier semblent plus graves contre nos intérêts d'Etat, que les crimes de sang de François Hollande.

En conclusion donc, je note que cette procédure de destitution se fonde sur des faits qui sans être pleinement licites, n'ont en rien affecté les intérêts fondamentaux de la nation, ni même la bonne exécution d'une opération militaire, et que les protagonistes de cette actualité, disent eux-mêmes que la procédure n'ira pas jusqu'à son terme. Ces mêmes protagonistes plus ou moins liés à Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, seraient tout à fait incapables de dénoncer les crimes de livraison de données de télécommunication des français, violation du secret des correspondances, financement du terrorisme, violation du droit international et même les crimes contre l'humanité commis par les deux affreux cités, qui étaient aux responsabilités entre 2007 et 2012. Et pourtant, nul doute que tout comme les lanceurs d'alerte en France sur ces sujets, ils ont pu compulser les mails envoyés ou reçus par Hillary Clinton sur Wikileaks, qui prouvent à minima, que l'agression contre la Libye poursuivait des objectifs très éloignés de ceux qui furent cités dans la presse par M. Sarkozy et M. Juppé. Et les preuves sont d'une très grande qualité et parfaitement circonstanciées pour faire leur effet dans un tribunal.

Utiliser à des fins électoralistes et médiatiques la procédure de destitution du président de la République, marque le mépris affiché des institutions de M. Ciotti et consort, pourvu qu'elles servent leur "carrière" (si tenté qu'un mandat politique puisse être considéré comme un "emploi").

La procédure de destitution a peu de chance d'être menée jusqu'à son terme, et je suppose qu'à aucun moment, les vrais sujets seront énumérés dans les charges retenues contre François Hollande. A toute fin utile, je laisse ici un lien vers le réquisitoire contre l'actuel président de la République que j'ai rédigé de telle façon à ce que les faits que je dénonce et les lois qui les répriment, puissent être connus des députés à l'initiative de cette procédure. Vous pouvez comme moi, leur envoyer un courriel pour exiger qu'ils aillent plus loin, en tout cas s'ils sont sincères dans leur démarche, et non partisans.

Sylvain Baron

Pour écrire aux députés soutenant la procédure de destitution :

Eric Ciotti : eciotti@assemblee-nationale.fr
François Fillon : ffillon@assemblee-nationale.fr
Nathalie Koscuskio Morizet : nkosciusko-morizet@assemblee-nationale.fr
François Copé : jfcope@assemblee-nationale.fr
Pierre Lelouche : plellouche@assemblee-nationale.fr
Laurent Wauquiez : lwauquiez@assemblee-nationale.fr
Jean-Frédéric Poisson : jfpoisson@assemblee-nationale.fr
Christian Jacob : cjacob@assemblee-nationale.fr