lundi 28 juin 2021

Procès d'Emmanuel Macron - Affaire Alstom : PARTIE III/IV


LA TRAHISON

Le procureur de la République :

Madame/Monsieur l’avocat de la défense nous a dressé ici une litanie de fusion-acquisitions d’un certain nombre d’industries, mais n’a pas jugé utile de conclure sa plaidoirie par le cas de la fermeture de Manufacture d’Armes de St Étienne en 2001, sur laquelle s’est pourtant appuyée la France durant plus de deux siècles lorsqu’il fallut résister aux poussées de fièvre germanique, cela sans jamais manquer de munitions. Bien évidemment, nous ne devons nullement cette fermeture à Emmanuel Macron, mais elle illustre parfaitement le désintérêt profond pour la chose qu’est l’État, de la part de ceux qui sont censés en garantir sa permanence dans le temps. M. Macron fait indéniablement partie de ces hommes.

M. Macron, puisqu’il se prétend « Président de la République », est tenu de se soumettre avec une vigilance extrême à l’article 5 de la Constitution qui précise qu’il est le garant de notre indépendance nationale, de notre intégrité territoriale et du respect des traités en cours. La question de l’indépendance nationale n’est pas seulement une obligation constitutionnelle, mais elle est aussi un aiguillon politique directeur, inscrit jusque dans le droit pénal au titre des intérêts fondamentaux de la nation. Il va de soi qu’un pays qui n’a plus le droit de battre monnaie, de définir sa politique de commerce, de maîtriser ses frontières, d’être libre de ses inflexions diplomatiques et voyant l’ensemble de son indépendance industrielle et technologique démolie à petit feu, n’a que peu de résilience à opposer face à tous les efforts de guerre auxquels nous pourrions être un jour soumis. Ce pays-là, quoi qu’en dise sa constitution, n’a plus d’indépendance nationale tout court à revendiquer. Pourtant les règles constitutionnelles comme le droit pénal n’ont pas été abrogés. Or, si l’indépendance de la nation ne devait plus être une règle intangible, il suffisait pour le législateur de modifier la Constitution pour évincer définitivement la question. Dès lors que ce ne fut pas fait, c’est que M. Macron se doit toujours de respecter les textes à la lettre. Ajoutons que nous évoquons une industrie de défense en relation étroite avec notre force de dissuasion nucléaire. Or que nous dit l’article premier du Code de la défense ? Permettez-moi de vous en faire lecture :

La stratégie de sécurité nationale a pour objet d'identifier l'ensemble des menaces et des risques susceptibles d'affecter la vie de la Nation, notamment en ce qui concerne la protection de la population, l'intégrité du territoire et la permanence des institutions de la République, et de déterminer les réponses que les pouvoirs publics doivent y apporter.

L'ensemble des politiques publiques concourt à la sécurité nationale.

La politique de défense a pour objet d'assurer l'intégrité du territoire et la protection de la population contre les agressions armées. Elle contribue à la lutte contre les autres menaces susceptibles de mettre en cause la sécurité nationale. Elle pourvoit au respect des alliances, des traités et des accords internationaux et participe, dans le cadre des traités européens en vigueur, à la politique européenne de sécurité et de défense commune.

Cet article de loi qui émane d’une célèbre ordonnance rédigée de la main du Général de Gaulle, énonce bien que « l’ensemble des politiques publiques concourt à la sécurité nationale ». C’est-à-dire au sens de nos intérêts fondamentaux tels que définis par l’article 410-1 du Code pénal sur les moyens de notre indépendance militaire, diplomatique, industrielle et plus globalement économique. Ces moyens de l’État nous permettant précisément de garantir notre indépendance diplomatique et militaire, car à l’égal d’autres puissances de ce monde, la France s’oblige depuis la Constitution jusque dans la Loi, à conserver la pleine maîtrise des infrastructures et savoirs-faire nécessaires à son auto-détermination. Si la politique de défense n’est qu’un aspect de l’indépendance nationale, elle en est néanmoins son pilier le plus primitif. Des puissances telles que les États-Unis d’Amérique, la Russie, la Chine, mais aussi l’Allemagne, Israël, le Brésil ou encore l’Inde et l’Angleterre, sont des États qui tiennent à conserver la maîtrise de leur propre puissance, et leur capacité de dissuasion intrinsèque. Nous savons la Russie et les États-Unis dotés des moyens d’une hyper puissance technologique et militaire, nous savons que la Chine s’en donne aussi désormais les moyens, et nous ne savons absolument rien des dirigeants futurs de ces pays. Face à cette cécité sur l’avenir proche et lointain, nous avons le devoir tant pour les générations futures qu’actuelles, de nous préserver de tous les périls militaires qui pourraient advenir. Nous ne l’espérons pas. Mais qui veut la paix prépare la guerre selon un adage dont la sagesse est éprouvée. Et cela passe inévitablement par une indépendance industrielle et technologique permettant à un pays de se doter, par ses seules ressources, des organes de défense suffisamment redoutables pour que quiconque dans le futur n’envisage des hostilités sur notre peuple qu’avec beaucoup de retenue, cela jusque dans son attitude diplomatique. Croyez-vous que la Tanzanie ou encore le Laos soient en situation de parler d’égal à égal avec les États-Unis ou même la France ? Non, des puissances militaires telles que les nôtres sont capables d’anéantir les infrastructures et personnes de ces nations en quelques minutes alors que l’inverse n’est pas vrai. Ce qui signifie que nous avons le pouvoir réel de contraindre des accords diplomatiques et commerciaux avantageux avec ces pays car ils ne peuvent opposer une puissance industrielle et militaire suffisante pour nous imposer des relations d’égal à égal. Pour vous en faire la démonstration la plus limpide qui soit, pourquoi, selon vous, la notion de « commerce équitable » existe-t-elle ? Parce que les accords de commerce sont inéquitables par nature entre les grandes puissances et les pays pauvres. Croyez-vous que nous payons le juste prix de nos bananes, des terres rares de nos téléphones ou des vêtements que nous portons ? Toutes ces marchandises ont été produites dans des pays pauvres. Nous ne les produisons pas ou plus en quantité suffisante à nos besoins. Est-ce que nos vêtements ont permis au Bangladesh de devenir une puissance intermédiaire assurant un contrat social digne à sa population ? Personne dans les instances diplomatiques ou politiques n’exige que les accords commerciaux soient assujettis à des normes sociales et écologiques obligeant un effort financier de l’importateur tel qu’il rendrait caduque l’intérêt de délocaliser nos industries en Asie ou ailleurs dans le monde. Notre diplomatie est calquée sur les intérêts mercantiles des puissances financières françaises ayant le pouvoir subventionner les campagnes électorales de nos dirigeants. Le quai d'Orsay, s’agissant des accords commerciaux que la France contracte avec le reste du monde, n’agit pas dans l’intérêt de la sauvegarde de nos moyens industriels et technologiques. Nous ne pouvons plus garantir notre autosuffisance non seulement militaire, mais aussi alimentaire si l’on fait un examen approfondi de notre politique agricole. Quant aux objets usuels de notre quotidien, une petite fraction seulement a été fabriquée en France. Alors oui, un pantalon comme une balle de fusil, cela peut s’obtenir à très bon prix, si l’on tient compte du coût de la main d’œuvre d’une production étrangère. Mais cette volonté de payer ses fournitures à moindre prix permet-elle d’obtenir une contrepartie sociale qui justifie qu’on ne la mette jamais à l’épreuve de nos lois et principes constitutionnels les plus élémentaires ? L’affaire Alstom, n’est pas qu’une affaire de gros sous en vérité. Elle est aussi nourrie de conflits d’intérêt, de corruption en plus d’un fond idéologique chez les élites françaises ayant tous les accents du Vichysme. Car c’est bien le reniement national, l’esprit d’abandon, le mépris de la France et de son peuple que cette affaire illustre en premier lieu. Et encore, les autorités durant la seconde guerre mondiale, pouvaient au moins justifier d’une puissance militaire occupant le territoire national et contraignant chacun à son ordre juridique. Tel n’est pas le cas aujourd’hui. Nous donnons tout à l’Allemagne, aux USA ou à d’autres puissances sans contrepartie économique, militaire et technologique à la mesure de ce que nous cédons. Une petite oligarchie déshabille notre pays de sa puissance industrielle et les Français semblent regarder ailleurs. Ils ne se mettent pas en colère et ne s’alarment toujours pas. On anesthésie leur conscience par le consumérisme et beaucoup de propagande : du jeu, du pain et une dose de BFM pour parachever cette ingénierie sociale malveillante ! Dans l’attente, nous perdons la maîtrise de notre auto-détermination politique, économique et militaire, ce dont tiennent parfaitement compte les USA, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Russie ou la Chine. Selon vous, dans combien de temps les dirigeants de ces pays considéreront-ils que la France ne représente désormais qu’une puissance militaire marginale ? Souhaitez vous que les dirigeants allemands, russes ou américains d’ici 10, 20 ou 30 ans, puissent légitimement considérer la France comme un pays qu’il serait aisé de soumettre militairement ?

C’est à ce titre que l’article premier du Code de la défense édicte que l’ensemble des politiques publiques concourt à la Sécurité Nationale. Nous nous devons de garantir notre indépendance industrielle et technologique pour le moins en matière militaire, même indirectement, à l’abri de toutes les féodalités financières ou étrangères. C’est dans ce même cadre de pensée que la doctrine de défense tous azimuts a été conceptualisée lorsque la France se dotait des moyens de sa dissuasion nucléaire.

Le 3 novembre 1959, le général de Gaulle, président de la République, déclarait aux jeunes officiers de l’école de guerre à qui il rendait visite :
 " Il faut que la défense de la France soit française. Naturellement, elle serait, le cas échéant, conjuguée avec celle d'autres pays. Cela est dans la nature des choses. Mais il est indispensable qu'elle nous soit propre, que la France se défende par elle-même, pour elle-même et à sa façon. (...) La conséquence, c'est qu'il faut, évidemment, que nous sachions nous pourvoir, au cours des prochaines années, d'une force capable d'agir pour notre compte, de ce qu'on est convenu d'appeler une " force de frappe " susceptible de se déployer à tout moment et n'importe où. (...) Et, puisqu'on peut détruire la France, éventuellement à partir de n'importe quel point du monde, il faut que notre force soit faite pour agir où que ce soit sur la Terre. "

Cette doctrine de défense a été élaborée certes à partir du fait que nous devenions une puissance nucléaire et balistique incontournable dans le concert des nations, mais aussi en considérant de façon plus générale que tous nos moyens de défense devaient répondre de notre industrie nationale.

Le général Charles Ailleret, qui fut chef d'état-major des armées durant la présidence du Général de Gaulle, expliquera dans un article publié sur la Revue de défense nationale de décembre 1967, sa vision de la défense dite « tout azimuts » : " La France doit faire l'effort de se constituer, avec ses moyens propres, un système de défense qui ne soit dirigé contre personne, mais mondial et tous azimuts ; qui ait la puissance maximum permise par ses ressources nationales, et qui, manié avec autant de sang-froid que de détermination, devrait, par la dissuasion, lui permettre d'échapper à certaines grandes guerres et, s'il n'y échappe pas, d'y participer aux meilleures conditions ; enfin qui, au cours des crises qui peuvent dans l'avenir ébranler le monde, mettrait la France en mesure de déterminer librement son destin ", écrit le général Ailleret.

Le 27 janvier 1968, c'est-à-dire deux mois après la parution de l'article du général Ailleret, le général de Gaulle déclarait à l'École militaire :

« Je voudrais profiter de mon passage ici pour traiter de la stratégie qu’on a dit tout azimuts, dont on a parlé ces derniers temps. Nous faisons oui, un armement atomique. C’est un armement complètement nouveau, qui implique une refonte militaire et une refonte de puissance, sans comparaison avec tout ce que l’on a pu connaître auparavant. C’est une affaire de longue haleine. On ne le fait pas pour demain, mais pour des générations, dans un système de défense et de dissuasion complètement nouveau. Et dans ce long espace de temps, qui peut dire ce que sera l’évolution du Monde ? Dans 20 ans, qui gouvernera les États-Unis et avec quel système ? Qui gouvernera l’URSS ? L’Allemagne ? Le Japon ? … et la Chine ? Qui peut dire ce qui se passera en Amérique du Sud et en Afrique ? Personne sans aucun doute. En fonction de toutes ces incertitudes, nous faisons notre armement nucléaire. Et ce n’est pas la première fois dans notre histoire qu’il en est ainsi ! Vauban, en son époque, a fortifié toutes les frontières de la France, les Pyrénées, les Alpes, nos ports et même la Belgique. Nous sommes allés partout, nous avons fait la guerre partout, nous sommes entrés à Madrid, Berlin et Moscou. Nous avons fait la guerre en Europe, en Orient, en Amérique, en Asie. Il n’y a pas de raison que cette stratégie qui de tout temps nous a protégé contre tout, ne se perpétue pas. Par définition même, notre armement atomique doit être tout azimuts. Il faut que vous le sachiez, que vous le voyiez et que vos études et votre état d’esprit s’y habituent ».

Ici les grandes questions relatives à la permanence de l’État dans le temps long, face à toutes les dégradations géopolitiques pouvant survenir au fil de l’Histoire, sont à nouveau posées. Il est vrai que le champ intellectuel de « nos élites » s’en désintéresse puisque la France doit mourir sur l’autel de l’UE, l’euro, l’OTAN, le mondialisme et la finance prédatrice. Et l’enjeu de la survie de l’État est pourtant bien là. La France, si elle souhaite survivre encore quelques siècles, doit rester au même niveau que des puissances pouvant devenir un jour hostiles sur le plan militaire si elles devaient constater l’obsolescence de nos capacités défensives. Cela suppose qu’un peuple se donne les moyens de se nourrir par lui-même mais aussi de fournir des efforts industriels permettant de garantir les approvisionnements permanents en munitions et armements, ainsi que leur cohérence technologique face à celles utilisées par des puissances de même rang. Lorsqu’un peuple acquière non seulement son autosuffisance alimentaire, mais aussi industrielle, technologique et de fait l’indépendance militaire et diplomatique qui en découle, il n’a aucune raison rationnelle de vouloir se défaire d’un tel héritage lorsque des milliards d’êtres humains rêveraient d’une telle puissance pour leur propre pays. Car c’est ce qui pourrait leur garantir non seulement de ne pas souffrir de la faim, mais également de pouvoir eux aussi se prémunir de la guerre. La Libye avait réussi à s’affranchir sur le plan social, alimentaire et économique, mais pas sur le plan industriel et militaire. De fait, elle n’est pas devenue une puissance nucléaire à l’instar de la France, des USA ou de la Russie. Si cela avait été le cas, est-ce que M. Sarkozy aurait osé envoyé nos avions de chasse sur ce pays ? Nous ne ferons pas son procès aujourd’hui, mais je tiens à souligner expressément ce que signifie la vulnérabilité technologique, industrielle et militaire d’un État, face à des puissances hostiles. La France n’a pas le droit de se défaire des moyens de sa puissance à ce titre. Elle a en revanche le devoir de se soumettre au droit international public et aux règles constitutionnelles qui interdisent à tout chef d’État français d’engager des hostilités militaires sur un État tiers sans que cela ne réponde d’une nécessité de défense impérieuse de notre propre territoire ou de nos concitoyens à l’étranger. Lorsque des industries nous permettant une indépendance sur la fabrication d’un certain nombre de pièces essentielles au fonctionnement de nos sous-marins nucléaires ou de nos centrales électriques qui, pour ces dernières, assurent notre indépendance énergétique, sont cédées à des puissances étrangères, les intérêts fondamentaux de la nation sont profondément aliénés ! La trahison telle que définie par les articles 411-3, 5 et 6 du Code pénal est ici parfaitement qualifiée.

LE PACTE DE CORRUPTION

Nous pourrions en rester là, les faits sont suffisamment graves pour que tout autre aspect du dossier puisse être jugé comme mineur face au crime dont il est question. Pourtant, la trahison se nourrit de bien d’autres délits coutumiers des hautes sphères françaises. Notamment la corruption et les conflits d’intérêts qui en découlent.

Olivier Marleix, député à l’Assemblée Nationale qui a investigué sur l’affaire Alstom dans le cadre de « la Commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle, notamment dans les cas d’Alstom, d’Alcatel et de STX » a ouvertement qualifié l’affaire Alstom de Pacte de corruption. Et si nous sommes réunis ici aujourd’hui, c’est que cela n’a pas suffit à ce que la Haute Cour de la République se constitue pour juger Emmanuel Macron. C’est à ce grave dysfonctionnement institutionnel que nous répondons aujourd’hui dans notre modeste Cour. Alors éclairons notre assemblée ici constituée sur ce pacte de corruption. Cela notamment par l’entremise des procès-verbaux d’audition que la Commission d’enquête parlementaire ci-avant mentionnée a pu réaliser. Nous allons y découvrir des acteurs très différents dans cette affaire, mais rappelons que la personne jugée ici est bel et bien Emmanuel Macron.

Commençons par rappeler que le Ministre de l’économie est, tant par la loi que de par ses prérogatives évidentes en la matière, la personne qui autorise ou non la cession d’une industrie stratégique pour la France à puissance privée ou étatique tierce. Patrick Kron, à l’époque dirigeant du groupe Alstom, ne va pourtant pas prendre contact avec Arnaud Montebourg pour lui évoquer ce projet de vente de la branche énergie du groupe à General Electric. Tout laisse à penser en revanche, que des échanges ont bien eu lieu entre M. Kron et messieurs Hollande (alors Président de la République en exercice), Jean-Pierre Jouyet alors Secrétaire général de l’Élysée et Emmanuel Macron, Secrétaire adjoint de la cellule économique de l’Élysée entre 2012 et 2014. M. Montebourg nous donne un éclairage essentiel sur le fait que non seulement les acteurs privés de ce dossier, refusent d’en discuter avec lui mais par ailleurs, le Président de la République et ses conseillers élyséens eux-mêmes préfèrent tenir à l’écart l’impétueux ministre de l’économie. Les propos que je tiens à vous lire, ont été tenus par M. Montebourg, lors de son audition par la Commission d’enquête parlementaire sur les décisions de l’État en matière industrielle le 13 décembre 2017 :

Je me souviens notamment d’un voyage présidentiel à Abou Dhabi à l’hiver 2013‑2014 auquel nous participions tous les deux et au cours duquel, à la faveur d’une réception à l’ambassade, je me suis isolé avec M. Kron pour l’interroger sur ses projets d’alliance et sa stratégie, sachant que Bouygues, l’actionnaire majoritaire, manifestait une certaine impatience à se désengager ; je n’obtins aucune réponse sinon qu’Alstom trouverait une solution et que l’État n’avait pas à s’en préoccuper. Je rappelle que nous parlons là d’une entreprise dont les rapports avec l’État ne datent pas d’hier et qui a été sauvée en 2004 par l’État.

Un peu plus tard au cours de la même audition, M. Montebourg ajoute :

L’accord avec General Electric ne pouvait pas être un bon accord, mais je n’avais pas d’autre solution que de négocier dans le cadre qui m’avait été fixé. J’ai donc eu recours à toute l’ingénierie politique et juridique dont je disposais pour obtenir un changement d’attitude. Au mois d’avril, il n’y avait pas de négociation possible avec M. Immelt, président de GE mais, lorsque, le 14 mai, nous avons sorti le décret, la météo a subitement changé : l’État s’était armé, et des gens qui ne nous parlaient pas ont commencé à vouloir discuter et se sont montrés prêts aux premières concessions.

Le Président de la République, M. Hollande, ne le souhaitant pas et le Premier ministre ne me soutenant pas sur l’option d’une alliance avec Siemens, j’ai donc été contraint d’agir par la négociation, sachant que, si l’issue des discussions était déjà écrite, il me fallait néanmoins préserver au mieux les intérêts français.

Monsieur Marleix commente cette stratégie de dissimulation aux plus hauts niveaux de l’État avec les informations suivantes :

Nous avons appris lors de l’audition de M. David Azéma, ancien directeur général de l’Agence des participations de l’État (APE), l’existence d’une étude commandée par l’APE au cabinet AT Kearney le 23 octobre 2012 dans le cadre d’une procédure d’urgence, avec mention du secret. La lettre de commande était ainsi rédigée « le groupe Bouygues pourrait vouloir céder sa participation au capital d’Alstom ». Il est alors demandé « d’évaluer les avantages et inconvénients résultants d’un changement d’actionnaire pour l’entreprise, pour l’industrie française et pour l’emploi ». En clair, la commande passée à AT Kearney n’est pas celle d’une analyse théorique du marché des turbines pour s’interroger sur la stratégie d’Alstom mais repose bien sûr une information précise relative à un changement d’actionnaire de référence. Selon les informations en notre possession, l’auteur de cette commande était le Secrétaire général adjoint de la Présidence de la République [soit Emmanuel Macron à l’époque].

À ce sujet, M. Montebourg a indiqué avoir découvert l’existence du rapport A.T. Kearney que très récemment, via la commission d’enquête. Or, selon M. Laurent Dumarest, senior partner du département « énergie » d’A.T. Kearney, l’étude a été présentée, à la demande de M. Azéma, « le 18 janvier 2013 à plus d’une vingtaine de personnes importantes, à Bercy [...] : il y avait des représentants à la fois de l’APE et des cabinets des deux ministères de tutelle », c’est-à-dire le ministère du redressement productif et celui de l’économie et des finances. Deux possibilités se présentent donc : soit le cabinet de M. Montebourg ne communiquait pas avec son ministre sur ce sujet industriel majeur, soit M. Montebourg était bien au courant de l’existence de ce rapport dès 2013.

Récapitulons ces premières informations si vous le voulez bien et leur chronologie :

Dès janvier 2010, Patrick Kron, alors dirigeant du groupe Alstom, est informé que des poursuites sont engagées contre Alstom par le Département d’État américain à la Justice. Il est évoqué à l’époque, une provision de 778 millions de dollars pour l’amende qui pourrait découler d’une condamnation.
Dès 2012, les services de l’Élysée, sont au courant de cette difficulté, mais aussi que Bouygues souhaite se désengager d’Alstom. M. Macron alors Secrétaire général adjoint à l’Élysée, ancien associé-gérant à la Banque Rothschild, commande dans le cadre d’une procédure d’urgence une étude à l’Agence des Participations de l’État le 23 octobre 2012. C’est le cabinet A.T Kearney qui remporte le marché public, et son rapport va clairement orienter la logique d’une cession d’une part de l’activité d’Alstom vers General Electric. Du moins, l’étude rendue par ce cabinet le 18 janvier 2013, éclairait sur ces quelques points : Les opérations amicales avec les groupes comme Siemens, Mitsubishi ou même français comme Areva ou Thales, ne trouveraient aucun débouché favorable, soit pour des raisons de manque de complémentarité industrielle (c’est notamment le cas avec Siemens ou Thalès dans certains domaines), ou encore pour des raisons financières ou politiques. Mitsubishi représentait par exemple une alliance très favorable à tous égards, mais était tenu par des engagements avec Siemens, qui ne parvenait pas à s’entendre avec Alstom et était de toute façon plus en position concurrentielle sur des activités et produits similaires. C’est à ce titre que la suggestion implicite du rapport tendait à un rapprochement avec General Electric. Cependant, lorsque Laurent Dumarest, Senior partner du département énergie d’A.T Kearney fut interrogé sur le fait que le rapport de son cabinet ait pu influencer les dirigeants de General Electric ou d’Alstom ou même de l’État français d’une quelconque façon, voila ce qu’il répondit :

La réponse est très claire : nous n’avons pas donné l’idée à General Electric car nous n’avons eu de contact avec aucune entreprise sur ce dossier. Les conditions de confidentialité étaient d’ailleurs très renforcées et nous n’en avons parlé qu’aux personnes de l’Agence des Participations de l’Etat.

Oui, bien sûr, General Electric a pu avoir l’idée de lui-même. C’est un groupe de très grande taille qui veut encore grandir dans l’énergie. On peut comprendre sa volonté car il était au fond assez peu présent en Europe. Alstom faisait donc forcément partie, et depuis longtemps, des entreprises qu’il regardait de près. Vous le savez, les grands groupes ont des équipes dont la mission consiste à étudier les opportunités de croissance.

General Electric était parfaitement conscient de la situation de l’actionnariat d’Alstom. Au passage, le travail que nous avons mené, General Electric pouvait le faire tout seul, avec ses propres équipes ou avec sa banque d’affaires. Les banques d’affaires suggèrent beaucoup plus ce genre d’opérations que les cabinets de conseil en stratégie.

Les banques d’affaire, nous en reparlerons tout à l’heure. La principale intéressée en France à contribuer à la cession d’Alstom Energie à General Electric, c’est Rothschild, soit l’ancien employeur de M. Macron. Pour l’instant, notons que le cabinet de conseil A.T Kearney qui agit sur commande publique, se borne juste à produire une analyse financière. Mais M. Dumarest confirme tout de même que General Electric ne pouvait feindre d’ignorer les difficultés d’Alstom avec le Département de la Justice américain ainsi que la volonté de Bouygues de se retirer de son actionnariat, ni être désintéressée à l’idée de s’emparer d’une part des activités de notre fleuron national.

M. Patrick Kron est donc quelque peu mal à l’aise à cette période. Et il a besoin de se confier. Lorsque le député Olivier Marleix lors d’une audition parlementaire le 4 avril 2018, a interrogé Kron sur les contacts qu’il entretenait avec la présidence de la République entre 2010 et 2014, il a répondu précisément ceci :

Est-ce que j’ai parlé avec le secrétaire général adjoint des problèmes que j’avais ? Ce n’est pas impossible, en effet…

Sa ligne de contact avec l’Elysée n’est pas M. Hollande directement ou encore son Secrétaire Général Jean-Pierre Jouyet, mais bien le Secrétaire adjoint en charge des questions économiques et financières. Ce Secrétaire adjoint s’appelle Emmanuel Macron.

Donc M. Macron qui est en contact étroit avec Patrick Kron, commande aux frais de l’État une stricte étude financière dont l’objet est d’orienter sur les partenariats ou autre options de recapitalisation d’Alstom, vers une logique de rapprochement avec General Electric. Nous pouvons d’ores et déjà nous demander quelle raison empêcherait M. Macron d’informer M. Kron du résultat de l’étude A.T Kearney qui parvient à ses yeux le 18 janvier 2013 ? Après tout, M. Kron lui-même ne cherche-t-il pas des solutions pour s’assurer que la trésorerie d’Alstom ne soit pas engloutie par une amende ?

M. David Azema qui administre à l’époque l’Agence des Participations de l’État, est la deuxième autorité administrative avec laquelle s’entretient régulièrement M. Kron. Plus d’une vingtaine de hauts fonctionnaires à Bercy vont recevoir une copie de l’étude A.T Kearney. Devinez quel est le seul homme dans les bureaux de Bercy qui ne soit pas au courant ? Le ministre de l’économie, du redressement productif et du numérique, lui-même ! M. Montebourg n’en recevra donc aucun exemplaire. On peut s’étonner que le ministre de l’économie, c’est-à-dire la seule personne à pouvoir autoriser la cession d’une part de notre industrie stratégique, soit purement et simplement écarté de la chaîne de transmission d’une étude commandée au départ, je vous le rappelle, par Emmanuel Macron, Secrétaire général adjoint à l’Élysée.

Quelques mois plus tard, les négociations débutent entre Alstom et General Electric par l’entremise de Grégoire Poux-Guillaume, alors directeur de la branche fabriquant des équipements de transmission électrique du groupe Alstom et disposant de connexions utiles avec General Electric. M. Kron et M. Immelt, PDG du groupe General Electric, se rencontrent pour la première fois le 9 février 2014. Les négociations réelles débutent au cours de l’été de la même année.

M. Kron, comme bien d’autres acteurs de cette affaire, explique que l’extrême confidentialité de ces tractations, y compris à l’égard du Ministre de l’économie de l’époque, vise à réduire les risques de fuite pouvant avoir un effet sur la cotation en bourse des actions Alstom. Mais M. Kron en revanche, semble oublier qu’Alstom a été sauvée par l’État en 2004 et que cette entreprise a une dimension stratégique pour ne pas dire extrêmement sensible en France, puisqu’elle fabrique les turbines équipant nos centrales nucléaires, mais aussi nos navires de guerre. Il oublie par ailleurs que la vente ne sera pas possible sans l’accord du ministre de l’économie... Il oublie ou alors il est certain que le problème ne se posera pas. A cette question, M. Kron répondra que :

« Comment pouvais-je imaginer que le ministre de l’économie donnerait l’autorisation de cession ? Simplement parce que c’était un bon projet ».

Est-ce que pour autant, la vente d’Alstom énergie avait un caractère inévitable ? Lorsque M. Montebourg, enfin averti par des bruits de couloir que M. Kron envisageait sérieusement de céder la branche énergie d’Alstom à General Electric, il le fit convoquer au ministère pour obtenir une explication et commanda à son tour une seconde étude au cabinet Roland Berger afin de connaître les différentes alternatives possibles à la cession d’Alstom Energie à General Electric. Karim el Karoui, associé-gérant dans ce cabinet de conseil, témoignera plus tard :

Dans le pire des cas, ce problème d’amende pouvait se régler par un appel au marché, faisant apparaître une valeur décotée de l'entreprise. Pour tous les actionnaires, qu’ils soient de référence ou pas, c'est toujours mieux qu’une faillite. Si la vie de l’entreprise avait été en jeu, les actionnaires auraient été obligés de suivre pour une raison très simple : dans le cas contraire, ils auraient tout perdu. Ils auraient fait une petite augmentation de capital, à l'échelle d'Alstom qui valait 12 milliards d’euros. Ils auraient pu faire une augmentation de capital de 300 ou 400 millions d’euros et compléter avec un emprunt gagé sur cette opération. L’augmentation de capital aurait été faite à un niveau un peu inférieur au cours de bourse, pour intégrer la perte de valeur correspondant aux 722 millions d’euros d’amende.

Franchement, je ne crois pas que, comme d’aucuns le prétendent, cette situation ait déclenché l’opération avec GE, une grande entreprise américaine, dans le but de trouver un accord avec la justice américaine. En revanche, l’amende a pu jouer un rôle d’accélérateur dans la recherche de l’accord qui s’est fait d’une manière un peu surprenante.

De son côté, Arnaud Montebourg envisageait une nationalisation partielle d’Alstom via le rachat des actions dont souhaitait se défausser Bouygues tout en poursuivant les négociations avec Siemens et d’autres entreprises européennes ou non, pour développer des alliances. Ce qui signifie donc qu’il n’y avait effectivement aucun caractère d’urgence à vendre Alstom Energie, et il y avait même différentes options financières et politiques pour garantir la recapitalisation et la pérennité de cette branche du groupe. Arnaud Montebourg, témoignera le 13 décembre 2017 que la réalité objective, c’est que l’affaire était déjà entendue pour François Hollande et Manuel Valls. Il n’était pas question d’empêcher la cession d’Alstom Energie à General Electric, mais bien au contraire de la faciliter. Je vous fais lecture ici des mots précis employés par M. Montebourg lors de son audition par la Commission parlementaire qui a investigué sur le dossier Alstom :

Pour moi, la nationalisation d'Alstom était une des clés de la réussite de cette affaire. La bataille à l'Élysée a eu lieu sur ce point. Et j'ai gagné mon arbitrage ce jour-là. En effet, on m'a dit que nous n’étions pas au Venezuela – vous avez cité l'auteur de ces propos, c'était le secrétaire général adjoint de l'Élysée, Emmanuel Macron, avec qui d'ailleurs j'entretenais d'excellentes relations. Nous étions rarement d'accord, mais il y avait de l'estime réciproque. Certes, nous n’étions pas au Venezuela, mais eu égard au poids de l’un et de l’autre – 250 milliards pour GE et moins de 10 pour Alstom – GE ferait ce qu’il voudrait si l'État français était absent. C’est ce qui s'est passé.

Qui n’a pas mis en œuvre la solution que j’avais arrachée à Jean-Pierre Jouyet, François Hollande et Manuel Valls ce jour-là ? Mon successeur ! Pour moi, il fallait se battre pour qu’Alstom soit sous contrôle étatique et, si on s’en était tenu à cette position, on n’aurait pas eu le même destin.

À qui incombe la responsabilité de ce qui s’est passé ? Pour moi, l’arbitrage a été collectif. J’ai défendu la solution Siemens jusqu’à ce que le Premier ministre de l’époque, M. Valls, me lâche. Or, si j’ai commencé par aller chercher Siemens, c’est qu’au début je n’avais pas de décret, je n’avais rien ! La pression était forte pour que je signe l’accord de cession avec General Electric, je n’avais plus qu’à dire : « c’est d’accord, monsieur Immelt », et c’était fait ! Je n’avais même pas à donner mon avis : ils refusaient de me prendre au téléphone ! En fait, les dirigeants d’Alstom et de General Electric, Patrick Kron et Jeffrey Immelt, s’étaient déjà mis d’accord et avaient acheté toutes les agences de communication, tous les cabinets d’avocats et les banques d’affaires de Paris – Lazard, Rothschild, etc. – dans la perspective de la cession, qu’il n’y avait plus qu’à entériner.

Le Président de la République de l’époque, M. François Hollande, ne voulait pas s’affronter aux Américains – c’était son choix politique. Quant au Premier ministre, après m’avoir plus ou moins encouragé dans la solution franco-allemande, qui semblait convenir à ses convictions, il m’a lâché au moment crucial. Il est beaucoup plus difficile de dire non que de dire oui et, si je voulais bien être le bad boy, celui qui dit non, il fallait quand même que je sois soutenu… et c’est au moment où j’aurais dû l’être que le Premier ministre a abandonné son ministre de l’industrie, seul face à ceux qui ne voulaient pas nationaliser, ceux qui ne voulaient pas de la solution allemande, et ceux qui voulaient qu’on signe avec General Electric sans faire d’histoires. C’est un fait, un ministre a des chefs.

Dans cette affaire, nous voyons bien que si nous devons accuser M. Macron d’avoir gravement porté atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, il faudra concevoir que le crime est partagé à minima avec M. Hollande, M. Jouyet et M. Valls. Cependant, un seul des trois hommes va nourrir des ambitions présidentielles et capitaliser autour de lui des réseaux de soutien, cela notamment grâce au travail d’influence qu’il aura activement mené au sein de l’appareil d’État pour faciliter la cession d’Alstom Energie à General Electric.

Mais puisqu’ici, nous traitons ce qui relève du pacte de corruption, il semble utile de dresser la liste des intermédiaires ayant eu un intérêt financier à ce qu’Alstom soit vendu à General Electric. Sur les 262 millions de frais liés à cette opération, 97 le sont en frais « fiscaux ». Restent 60 millions de coûts divers et, surtout, 105 millions d'euros de frais de « conseils et banques ».

Le cabinet d’avocat anglo-américain Hogan Lovells se taille la part du lion : 21 millions d’euros. Vous serez sans doute étonnés d’apprendre que le dirigeant de cette banque d’affaire s’appelle Stephen Immelt. C’est un hasard heureux, il est le frère de Jeffrey Immelt, c’est à dire le P.D.G de General Electric. Si l’on peut se rendre service entre membres d’une même famille, pourquoi s’en priver ? Les bureaux français du cabinet Hogan Lovells sont situés au 17 de la rue Matignon, tout un symbole ! Mais la banque d’affaire Rothschild, ancien employeur de M. Macron, n’est pas en reste puisqu’elle récupère 12 millions d’euros dans l’opération. Bank of America où travaille Bernard Mourad, ami intime d’Emmanuel Macron, obtient 10 millions d’euros sur le dépeçage d’Alstom. Le cabinet américain de droit des affaires Weil, Gotshal et Manges récupère pour sa part 9 millions d’euros. Boston Consulting Group, un autre cabinet américain n’obtient pour sa part « que » 5 millions

Et il faudrait continuer avec ce que Publicis et autres agences de communication ont pu récupérer pour leur propre compte avec un certain nombre de cabinets de conseil de la capitale. Le Tout Paris a été arrosé !

Il n’y a cependant pas que des intérêts financiers évidents à observer, mais aussi des mouvements de personnes entre la haute fonction publique et des établissements bancaires impliqués dans la négociation. David Azema qui dirigeait l’Agence des Participations de l’État et qui était au cœur des négociations du point de vue de nos intérêts nationaux, a quitté ses fonctions le 14 juillet 2014 pour rejoindre Bank of América. Voilà quel sera son témoignage à ce propos, lorsqu’il fut interrogé par M. Marleix lors de la Commission d’enquête parlementaire sur le sujet :

« Vous m’avez demandé si, en tant que dirigeant d’Alstom, Patrick Kron avait eu Bank of America Merrill Lynch comme conseil : la réponse est oui. Pour ma part, j’avais annoncé que je quitterais l’APE dans une interview aux Échos datant de mars ou avril. J’étais à la recherche d’un nouveau poste et j’étais en discussion avec plusieurs employeurs potentiels, qui ne pouvaient pas être ceux dont je venais précédemment. […] J’ai donc engagé des discussions avec des gens de chez Bank of America, qui ne m’ont évidemment jamais dit qu’ils étaient conseil d’Alstom : c’est seulement quelques jours après la fuite que je l’ai découvert. [...]J’ai été totalement transparent : ma position était connue de toutes les parties et il a été jugé par mes autorités que cela ne posait pas de problème d’incompatibilité ».

Donc, du point de vue de la hiérarchie administrative à cette époque, le conflit d’intérêt manifeste au détriment de l’État n’a semble t-il pas été perçu. M. Montebourg et M. Sapin qui étaient ses ministres de tutelle ont considéré que tout allait bien, les informations sensibles dont il avait connaissance autant que sa loyauté envers la France, ne risquaient pas d’être entachés par son recrutement dans une grande banque américaine qui défend des intérêts financiers, industriels et géopolitiques contraires à nos intérêts nationaux bien compris. C’est à peine un mois plus tard, que le trop gênant Arnaud Montebourg est remercié par Messieurs Hollande et Valls. Emmanuel Macron quitte ses bureaux de l’Élysée pour devenir Ministre de l’Économie. Le lendemain même de l’annonce de David Azema sur sa prise de poste à Bank of America, l’Élysée annonce que Laurence Boone, jusque là chef-économiste pour la même banque, vient prendre la place d’Emmanuel Macron en tant que Sécrétaire-adjoint aux questions économiques. On peut s’étonner toutefois que Bank of America ait recruté une personne qui se désintéresse à ce point des fusions-acquisitions sur lesquelles il travaille en tant que haut fonctionnaire, au point de ne même pas être informé que son nouvel employeur ait aussi été un intermédiaire majeur dans dans la cession d’Alstom énergie à General Electric. Dossier sur lequel il a été totalement impliqué.

Autre intermédiaire qui quittera ses fonctions une fois la vente d’Alstom énergie conclue : Clara Gaymard, épouse de l’ancien ministre du même nom. Fin 2016, elle quitte en effet son poste de présidente de G.E en France avec une généreuse prime de départ et une clause de confidentialité à respecter. Le journal Marianne commente :

C'est Clara Gaymard qui, en 2015, s'engage à ce que la vente pour laquelle elle mobilise son carnet d'adresses en ouvrant les portes de l'administration française au groupe américain se traduise par la création de « 1 000 emplois nets en France », précisément le chiffre... des suppressions d'emplois actuelles. « J'ai quitté GE en janvier 2016, je n'ai pas d'informations sur votre question », explique-t-elle à Marianne. Pourtant, un de ses anciens collaborateurs confie : « Le plan de licenciements actuel était un projet récurrent sous sa présidence, avant même le rachat d'Alstom. Mais celui-là a été différé pour préserver l'image de General Electric le temps d'absorber Alstom. » A peine démissionnaire, Clara Gaymard change de voie et prend la direction du fonds Raise Capital... bien aidée par Bouygues, investisseur à hauteur d'une quinzaine de millions d'euros. Bouygues, qui a empoché 1 milliard d'euros de dividendes lors de la vente à General Electric, où officiait à l'époque... Clara Gaymard. Laquelle distille aujourd'hui ses conseils avisés à des grands noms du CAC 40, comme Danone, Veolia, LVMH et... Bouygues.

Patrick Kron a aussi quitté Alstom avec une généreuse prime de 4 millions d’euros + une retraite chapeau de 10 millions d’euros. Les actionnaires ont su remercier comme il se devait le fossoyeur d’Alstom. Habituellement, on dit que « les rats quittent le navire », mais ils ne démolissent pas la coque du bateau avant. Sauf si cela fait partie du plan.

Maintenant, à quel titre pour le député Olivier Marleix, cette affaire relève du pacte de corruption ? Eh bien il semble qu’un très grand nombre de donateurs et soutiens ostensibles de la campagne électorale d’Emmanuel Macron, ont bénéficié des usufruits du dépeçage d’Alstom. On peut même dire qu’il y a une volonté de capitaliser sur Emmanuel Macron, avant même que ce dernier ne fasse ses premières armes à l’Élysée en tant que Secrétaire-adjoint aux affaires économiques. Écoutons Jacques Attali nous parler de lui :

« Emmanuel Macron ? C’est moi qui l’ai repéré. C’est même moi qui l’ai inventé. Totalement. A partir du moment où je l’ai mis rapporteur où il y avait Tout-Paris et le monde entier et où je ne l’ai pas éteint, il s’est fait connaître. C’est la réalité objective. »

La citation est authentique, elle est tirée de l’ouvrage d’Anne Fulda intitulé « Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait ». David de Rothschild est notoirement connu pour être intime avec M. Attali et messieurs Minc. Du moins, ces derniers se flattent de la qualité de leurs relations avec ce premier, comme son second du reste, Olivier Pecoux, ou encore son rejeton Alexandre de Rothschild. A l’époque, peut-on concéder que M. Attali a recommandé l’embauche d’Emmanuel Macron auprès de François Henrot, qui était alors le bras droit de David de Rothschild. Rappelons que la commission pour la libération de la croissance française qui était animée par Jacques Attali en 2008, avait parmi ses rédacteur le jeune Emmanuel Macron. Il sera aussi le principal rédacteur de la Loi El Komri qui n’était qu’une ministre prête-nom pour saborder le code du travail avec la caution Benetton exigible pour stériliser toute hostilité de la gauche. Ce qui d’ailleurs n’y suffira pas, avant les Gilets Jaunes, Emmanuel Macron peut s’enorgueillir d’avoir été à l’origine du mouvement « Nuit Debout ».

Mais au fait, qui est Emmanuel Macron ? Qu’est-ce qui de ses compétences naturelles, sa personnalité propre et sa trajectoire professionnelle et politique, a permis de hisser cet homme à la plus haute charge de l’État ?

Parlons de ses études rapidement : concédons que ses parents disposaient des moyens et relations nécessaires, pour que leur rejeton puisse intégrer Hypokhâgne au célèbre Lycée Henry IV à Paris après avoir obtenu son bac scientifique en 1995 avec la mention « très bien ». Jean-Baptiste de Froment, camarade de promotion au Lycée Henri IV d’Emmanuel Macron, évoque ce dernier dans le documentaire « la stratégie du météore » en ces termes :« C’est quelqu’un de très intuitif, donc à l’oral, il avait toujours de bonnes réactions. Il se trouve qu’on faisait des mathématiques dans cette prépa, et en mathématique, il n’était pas très très bon, mais à l’oral, il donnait le sentiment d’avoir un peu l’intuition de la façon dont il fallait résoudre le problème. Typiquement, en mathématique, y a pas 36 cas de figure : soit vous avez la solution, soit vous ne l’avez pas. Bah lui trouve la troisième voie entre celui qui n’a pas la solution et celui qui l’a, qui est celui qui a l’air d’avoir compris quelque chose et qui va vous emmener quelque part en vous embobinant alors que bon malgré tout, la solution n’est pas là ».Malgré ses talents de roublard, il va cependant échouer à deux reprises au concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure. Il intègre donc l’ENA dans la promotion Sédar-Senghor où il est classé 5ème à la fin de ses études en 2004, ce qui lui permet d’intégrer le corps de l’inspection générale des finances de justesse. La tâche lui était relativement aisée si l’on tient compte d’une décision rendue par le Conseil d’État en en 2007. En effet, une organisation syndicale avait déposé un recours sur la validité des résultats d’examen de la promotion Sédar-Sengor au regard des faits suivants (je vous fais ici lecture des attendus de la décision du Conseil d’État) :

Irrégularité du jury du fait que celui-ci ne peut être constitué par un formateur ou maître de conférence étant intervenu auprès des élèves durant leur formation. Irrégularité même de l’épreuve écrite (de gestion publique) du fait que le thème choisi « était de nature à procurer un avantage aux élèves qui, par le travail et les démarches réalisés dans le cadre de l'épreuve de travaux collectifs, avaient pu acquérir une familiarité certaine avec le sujet et s'entretenir personnellement avec le directeur d'administration centrale, également président du jury »

En effet, la promo Sédar-Senghor que certains voudraient qualifier d’élitiste est pourtant tout ce qu’il y a de plus conformiste, paresseuse et même illégitime. Je cite toujours les attendus du Conseil d’État : « Un groupe d'élèves a travaillé pendant un mois sur le thème de la réorganisation des services routiers du ministère de l'équipement et a notamment eu plusieurs entretiens approfondis avec des agents de ce ministère, dont le directeur du personnel, des services et de la modernisation ; que, s'agissant de l'épreuve écrite de gestion publique, le jury a été présidé par le même directeur d'administration centrale qui a sélectionné un dossier portant sur la décentralisation de certaines compétences du ministère de l'équipement, parmi lesquelles les infrastructures routières ».

Du fait même que très clairement, les conditions d’examen (le choix des thèmes des épreuves ou même la composition du jury) ont altéré la régularité du classement, le Conseil d’État a donc annulé les résultats de celui-ci. Toutefois, M. Macron a été chanceux, car le juge a ajouté dans sa décision que « l'annulation prononcée par la présente décision est sans influence sur la situation individuelle des agents issus de la promotion « Léopold Sédar Senghor ». Parallèlement à ses études à Science-Po, il aurait obtenu une maîtrise et un D.E.A en philosophie et aurait d’ailleurs rédigé un une thèse sur Machiavel, ce dont le philosophe Etienne Balibar qui était censé être son directeur de thèse, n’a pas souvenir.

Il entre malgré tout à l’inspection générale des finances où il devient immédiatement le chargé de mission de Alain Jouyet. Il rencontrera le banquier d’affaire Bertrand Badré qui le parrainera pour suivre aux USA un stage financé par le German Marshall Fund of the United States, une organisation s’occupant d’américaniser les cervelles des futures élites européennes qu’il s’agit de promouvoir. L’Empire Romain ne faisait pas autrement pour corrompre les chefs gaulois. On faisait venir à Rome leurs enfants afin de les romaniser culturellement sur place. Une fois revenus dans leur village pour prendre la succession de leur père, ils administraient leur tribu comme des Romains. Il revient donc en France et c’est surtout en tant que rapporteur de la Commission Attali qu’il se fait connaître des médias à cette époque. Les élections présidentielles de 2012 se rapprochent et, là où tout le monde mise sur Dominique Strauss Khan a l’époque, Emmanuel Macron se rallie à François Hollande alors qu’il n’était crédité que de 3 % des intentions de vote. David de Rothschild précisera à la journaliste d’investigation Martine Orange, qu’à cette époque, « Emmanuel Macron, le plus jeune associé-gérant de la banque, a déjà rejoint l’équipe du futur candidat socialiste et travaille d’arrache-pied pour lui fournir des notes sur les sujets les plus divers ». Lors du même entretien, David de Rothschild fait savoir qu’il ne croit pas en la capacité de M. Strauss Khan à faire preuve d’une certaine combativité. Lui aussi mise sur François Hollande bien avant l’affaire du Sofitel, et son jeune poulain Emmanuel Macron est payé par la banque d’affaire à « fournir des notes sur les sujets les plus divers » au futur vainqueur de la présidentielle 2012. A quel titre une banque d’affaire peut trouver une logique désintéressée à fournir des « notes sur les sujets les plus divers » à un candidat à une élection présidentielle ? Est-ce que David de Rothschild a fait diffuser les mêmes « notes» à tous les partis ayant concouru aux élections présidentielles de 2012 ?

S'agissant d'Emmanuel Macron, que pense t’il de sa relation avec David de Rothschild ? Le journaliste Marc Endeweld le cite dans son livre « L’ambigu monsieur Macron » : « David est au courant de mon engagement, je suis son hedge, sa couverture. Quand la gauche sera au pouvoir, je serai sa protection... »

Quant à ses collègues de la banque Rothschild, lorsqu’ils ont vu débarquer le météore Emmanuel Macron et même constater ce dernier court-circuiter certaines voies hiérarchiques sur certains dossiers, cela a dû en agacer quelques-uns, logiquement ? C’est pour le moins ce que révélera le l’enquête de Marc Endeweld qui a pu obtenir quelques confidences. L’ensemble des personnes qui fréquentent Emmanuel Macron le présentent comme un séducteur. Mais sur le plan technique, Macron avait la réputation de n’avoir jamais fait une seule équation. Il ne savait pas ce qu’était un « ebitda », soit le résultat opérationnel d’une entreprise. Dans le documentaire « la stratégie du météore », l’ancien bras droit de David de Rothschild, François Henrot, n’y va pas par quatre chemins : c’est sa capacité à « manipuler l’opinion » qui suscite l’intérêt des parrains d’Emmanuel Macron. Il ajoute à sur le fait que Macron ait les talents nécessaires avec sa personnalité en tant que banquier d’affaire, d’être capable d’être un bon politique. Alain Minc sait se montrer encore plus crû lorsqu’il s’agit d’évoquer le jeune prodige. Dans un documentaire diffusé sur la chaîne France 2 le 1 décembre 2016, il évoque avec quels termes il a fait l’éloge de Macron auprès de David de Rothschild :

« Il faut le prendre à tout prix ! Un banquier d’affaire doit être intelligent, souple, rapide et s’il peut être en plus charmant – parce que c’est quand même un métier de pute - ce sont les qualités d’un banquier d’affaire, il les avait toutes ».

La suite vous la connaissez donc, en 2012, François Hollande est élu Président de la République. Jean-Pierre Jouyet prend le Secrétariat Général de l’Elysée et Emmanuel Macron est invité à le seconder. Les relations ne cesseront jamais avec la banque Rothschild. Non seulement au titre de l’affaire Alstom, mais aussi sur le pacte de corruption que cette opération financière a révélé concernant la campagne électorale d’Emmanuel Macron. Une candidature aux élections présidentielle dont on se demande si elle émane de sa volonté propre ou de quelqu’un d’autre. Dans le documentaire « la stratégie du météore », voila comment il envisage la plus haute charge de l’État. La conclusion de sa phrase est tout à fait signifiante :

« Je ne suis pas là pour durer dans des fonctions, qu’au demeurant je n’ai pas cherché à obtenir ».

La corruption révélée à rebours...

Le 5 mai 2017, soit deux jours avant le second tour des élections présidentielles, l’équipe de campagne d'Emmanuel Macron affirme avoir été la cible d'un « piratage massif ». Dans le même temps, au moins 9 gigaoctets de données ont été déversés sur un site anonyme de partage de fichiers, Pastebin, à l'aide d'un profil du nom 'EMLEAKS'. Cette publication a été faite quelques heures avant que la campagne ne prenne fin, comme le prévoit la loi électorale française. Cette obligation légale a empêché Macron de fournir une réponse aux informations dévoilées, mais a aussi limité la couverture médiatique de la fuite. Les courriels, au nombre de 21 075, ainsi que d'autres données, ont rapidement été affichés sur le forum anonyme 4chan

Aujourd’hui, elles sont pour partie en libre accès sur le site wikileaks et quelques rares journalistes s’y sont intéressés de près. Notamment le remarquable et trop peu connu web média « la lettre A » qui apporte un éclairage sur les connivences d’intérêts qui entourent la campagne d’Emmanuel Macron. Mais aussi le journal Marianne ou d’autres publications plus spécialisées. Vous vous doutez bien que le député Olivier Marleix, lui-même, comme le Ministère Public qu’ici nous représentons, avons aussi épluché les échanges de mails entre Raphael Coulhon, Emmanuel Miquel, Cédric O, Christian Dargnat, Stéphane Séjourné, Sylvain Fort, Ismaël Emelien, Julien Denormandie, Pierre Person, Alexis Kholer et d’autres jeunes hauts fonctionnaires s’étant rassemblés derrière Macron pour constituer dans un premier temps, une opération de financement pour la campagne électorale elle-même. L’objectif découvert au fil de leurs échanges, était de récolter au moins 12 millions d’euros rapidement, cela avec leur carnet d’adresse. Ceux qui avaient le meilleur réseau à solliciter étaient qualifiés de « poissons-pilotes ». Leur mission : faire pleuvoir en quelques semaines 1600 donations de 7500 € au moins pour atteindre leurs objectifs financiers. Nous sommes alors en 2016. L’argent des gueux les désintéresse, ça n’est de toute façon pas pour le peuple que ces jeunes requins fraîchement formés au moule républicain, nourrissent de quelconques projets politiques. Leur unique ambition : c’est la carrière, l’argent. Cependant, ne croyez pas qu’ils soient dénués de convictions. Celles que l’ENA leur martèle quotidiennement depuis des années. Ils partagent une idéologie mortifère de démantèlement de la puissance de l’État. Le grand renoncement sur l’autel de l’Union européenne. Rappelez-vous la promotion Sédar-Sengor de laquelle est sortie Macron. Ce membre du jury d’examen, mais aussi enseignant à Science-Po qui avait pour fonction à la vie courante, de représenter la France à la Commission européenne. Selon vous, à quelle idéologie anti-nationale ont été biberonnés ces étudiants formés dans nos plus prestigieuses écoles de sciences politiques ? La couche socio-professionnelle des équipes d’En Marche est monolitique : jeunes quadragénaires issus de la haute bourgeoisie, mentalité de requins, ils travaillent dans la haute fonction publique quand ils ne pantouflent pas dans des banques, cabinets de conseils, sociétés de communication ou alors à la direction de grands groupes industriels. Emmanuel Macron en est l’archétype, son équipe est constituée de clones à son image. Quant à la proximité avec la banque Rothschild dans l’organisation de cette campagne de levée de fond et de promotion médiatique, elle est absolument évidente. Si vous avez quelques soucis de trésorerie, je peux vous communiquer le mail de quelques très hauts cadres, non seulement de la banque Rothschild, mais aussi de la BNP ou encore la banque Lazard, et même de General Electric si vous souhaitez leur envoyer un C.V. Je vais donner une liste de noms de personnes qui à l’époque - et pour certaines encore aujourd’hui - travaillaient pour la banque d’affaire Rothschild et ont contribué par leur financement pour le moins, de la « République en Marche » :

David de Rothschild lui-même, cela va sans dire. Son second Olivier Pecoux ainsi que ses enfants Alexandre et Louise de Rothschild. Mais aussi des associés gérants et directeurs comme Luce Gendry, Arnaud Joubert, Cyril Dubois de Mont-Marin, Laurent Bari , Vincent et Florence Danjoux ; Cyrille Harfouche ; Alaric Audard, Brice Lemonier, Alexis Ravalais (Associate entre 2011 et 2014 chez Rothschild) ; Stéphane Charbit (Senior Vice President chez Lazard de de 2007 à 2014 et directeur chez Rothschild depuis) a été contacté Guillaume de Montchalin (époux d’Amélie – la députée LRM - et Associé chez Boston Consulting Group qui a touché sa part dans l’opération Alstom). Du même cabinet de conseil, Guillaume Charlin, est aussi l’un des grands donateurs de « La République En Marche ». Philippe Guez, proche de David de Rothschild (il aussi travaillé pour la banque du même nom entre 2011 et 2017) apparaît aussi comme l’un des « poissons-pilotes » du volet financier de la campagne électorale d’Emmanuel Macron. Le 19 mai 2016, il est l’organisateur d’un dîner dans son appartement parisien où différentes personnes représentant les intérêts israéliens vont fournir un gros chèque comme jeton d’entrée. A ce dîner où était présent Emmanuel Macron lui-même, apparaît Christian Dargnat qui est l’un des plus hauts dirigeants de la BNP à cette époque et qui sera le réel superviseur de la levée de fonds. Il est d’ailleurs toujours en charge aujourd’hui du financement de la « La République En Marche ». Autre personnage intéressant : Martin Bohmert. Bien qu’il se prétende socialiste, il va pourtant largement largement soutenir la campagne d’Emmanuel Macron avant de rejoindre le cabinet Mc Kinsey qui avait prodigué ses conseils lors de la vente d’Alstom Energy à General Electric. Entre 2011 et 2015, il a travaillé en tant que commercial pour la société Alstom, avant de continuer dans ses fonctions chez General Electric entre 2018 et 2019. Je pourrais continuer de dresser une litanie de patronymes prestigieux, mais je crois pouvoir faire observer d’ores et déjà que nous avons effectivement eu affaire à un blitzkrieg sur les élections présidentielles de 2017, permis par la conjuration d’une hyperclasse qui s’est associée pour défendre ses intérêts derrière Emmanuel Macron. Et parmi les gens qui ont largement contribué au financement de cette campagne électorale, un certain nombre de banquiers, hauts-fonctionnaires et industriels intéressés à l’idée que la cession d’Alstom Energie aille au bout de son calendrier. Une fois Emmanuel Macron élu, il n’y aurait plus à craindre que l’État cherche à empêcher la dissolution des co-entreprises crées lors de la cession d’Alstom à General Electric et ainsi empêcher la multinationale de vampiriser définitivement la branche énergie du groupe Alstom.

CONCLUSIONS DU MINISTÈRE PUBLIC

Nous pouvons constater qu’Emmanuel Macron n’est pas exactement un homme s’étant durci le cuir en commençant par le bas sur l’échelon politique et financier, mais a été promu par un certain nombre de hauts fonctionnaires influents, mondialistes et spécialistes du pantouflage, ainsi que par les deux branches de la maison de Rothschild en plus d’un certain nombre de personnes ayant contribué de près ou de loin, à la cession d’Alstom à General Electric. Il apparaît donc qu’Emmanuel Macron ne s’est pas hissé au sommet de l’État par sa volonté propre et dans le souci de servir le bien public, mais s’est vu au contraire l’obligé d’un certains nombre d’intérêts financiers et idéologiques excessivement hostiles aux intérêts fondamentaux de la nation, puisque ces derniers sont en contradiction ferme avec leurs intérêts mercantiles.

M. Macron dont les seules qualités qui semblent avoir été reconnues par ses promoteurs sont la servilité et un certain talent pour la communication marketing, n’a jamais cessé depuis sa participation à la Commission Attali dont je vous rappelle qu’elle visait à conduire une réforme très contestée du code du travail, d’œuvrer contre la souveraineté et l’indépendance nationale sur le plan économique, militaire, diplomatique et politique. Il a permis des cessions d’actifs industriels stratégiques à des puissances étrangères comme Technip ou encore Alstom ; il est à l’origine du traité anticonstitutionnel d’Aix la Chapelle que certaines éminences du Régime de Vichy n’auraient pas renié, tant il fait la part belle aux intérêts allemands ; il n’a pas caché son mépris de la démocratie et de la souveraineté nationale le 20 janvier 2018, lorsqu’interrogé par la chaîne de télévision anglaise BBC sur la possibilité d’organiser un référendum sur la sortie de la France de l’UE, il a répondu « Si la France avait organisé le même référendum, il aurait pu y avoir le même résultat [qu’au Royaume-Uni] » signifiant par là qu’il connaît par avance la position de la majorité des Français sur un sujet aussi crucial quant à leur droit à l’autodétermination politique et économique, sans toutefois considérer qu’il convenait de consulter le peuple à ce sujet. Dans la même entrevue, il indique d’ailleurs « j'aurais définitivement combattu très durement pour gagner [un tel référendum] ».

M. Macron témoigne ici de son extrême hostilité à la souveraineté du peuple français, mais il révélera aussi ses accents d’autocrate, que ce soit dans sa réponse extrêmement violente à la crise des « Gilets Jaunes » ou désormais s’agissant des mesures profondément attentatoires à nos libertés les plus fondamentales comme le droit de circuler ou se rassembler librement en France, le droit à la dignité et au respect de la vie privée ainsi qu’à celui de travailler, cela à l’aune de sa gestion de l’épidémie de coronavirus.

S’agissant précisément de sa contribution à l’affaire Alstom, il est manifeste que M. Macron, de concert avec M. Hollande, M. Valls, certains ministres, hauts fonctionnaires et intérêts étrangers ou privés, a permis le démantèlement au profit de General Electric, d’une entreprise qui fabrique rien de moins que les turbines de nos centrales nucléaires, de sous-marins nucléaires lanceurs d’engin, mais aussi celles équipant le porte-avions Charles de Gaulle. Les évolutions de carrière des uns, les rétributions des autres comme sa propre promotion politique et médiatique par les mêmes intérêts mercantiles qui ont contribué à ce dépeçage du fleuron industriel qu’est Alstom, peuvent en ce sens être légitimement qualifiés de corruption passive s’agissant d’Emmanuel Macron, au sens de l’article 433-2 du Code pénal, dont il me paraît ici utile de faire lecture du second alinéa :

Est puni de cinq ans d'emprisonnement et d'une amende de 500 000 €, dont le montant peut être porté au double du produit tiré de l'infraction, le fait de céder aux sollicitations prévues au premier alinéa ou de proposer, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques à une personne, pour elle-même ou pour autrui, pour qu'elle abuse ou parce qu'elle a abusé de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d'une autorité ou d'une administration publique des distinctions, des emplois, des marchés ou toute autre décision favorable.

Le ministère public s’aligne donc ici sur les propres réquisitions du député Olivier Marleix s’agissant du « pacte de corruption » qu’il a dénoncé à juste titre dans l’affaire Alstom. Cependant, nous nous permettons d’aller bien plus loin que lui en considérant qu’il y a en outre une réelle atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation au sens des articles 411-3, 5 et 6 du Code pénal, puisqu’Alstom Energie est le fabricant d’équipements cruciaux pour les composantes militaires de la France en charge de maintenir la dissuasion nucléaire sur le temps long et tout azimuts, y compris contre des pays réputés alliés dans le moment présent. Pour cette raison, je requière la peine maximale de réclusion criminelle contre Emmanuel Macron, à savoir 30 années de prison. Il va de soi que si notre honorable Cour ici instituée devait suivre mes réquisitions, la destitution d’Emmanuel Macron doit être prononcée par la Haute Cour au titre de l’article 68 de la Constitution, qui dispose que : Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour.

Par ailleurs, si M. Macron devait être jugé coupable au terme de ce procès, il va de soi que tous les ministres, hauts-fonctionnaires et personnes ayant contribué à ce pacte de corruption mais aussi à cette véritable trahison, soient poursuivis pour leurs propres manœuvres contre l’État.

Dernière plaidoirie et mise en délibéré du jugement (partie IV/IV) sur le lien ICI

Procès d'Emmanuel Macron - Affaire Alstom : PARTIE IV/IV

Seconde réquisition ici

RÉPONSE A LA TRAHISON

Le Juge : Merci Mme/M. Le procureur, je vais donc laisser Maître […] conclure sa plaidoirie pour défendre l’honneur de M. Macron, avant de proposer à votre souveraine assemblée, de rendre son verdict. Maître […], c’est à vous !

L’avocat de la défense :

Madame, monsieur le Juge, mesdames, messieurs les jurés, je compte ici vous livrer un argument juridique qui se suffirait à lui-même pour invalider les accusations du ministère public en haute trahison. Il est signifié page 41 rapport de la « Commission d’enquête chargée d’examiner les décisions de l’État en matière de politique industrielle » que :


La co-entreprise nucléaire « GEAST » et les garanties relatives au nucléaire civil GEAST regroupe les activités de deux des filiales d’Alstom : Alstom Power System et Alstom Power Services. GE détient 50 % +2 voix des droits de vote de GEAST, et 80 % du capital social de GEAST. Alstom détient le reste.

Si elle est dirigée opérationnellement par GE, la moitié au moins des membres de son conseil d’administration est français, ainsi que son directeur général et son directeur technique. Un des membres du conseil d’administration est nommé par l’État. L’État dispose d’une action spécifique (golden share) lui conférant un droit de véto pour toute décision qui affecterait l’intégrité et la continuité de l’offre industrielle de GEAST autour de l’îlot conventionnel.

Afin de préserver encore davantage l’activité stratégique du nucléaire civil, des accords de pérennité ont été conclus en 2014 et leur application est suivie de près par un comité de pilotage regroupant GEAST, Alstom et l’État : l’accord-cadre signé entre l’État, GE, Alstom et EDF prévoit la poursuite, le renouvellement ou la mise en place de contrats de longue durée entre EDF et GE pour l’ensemble des activités nécessaires au maintien en condition opérationnelle du parc nucléaire d’EDF. Il est complété par un accord de licence qui concède à une société dédiée, propriété à 100 % de l’État français, une licence sur les droits de propriété intellectuelle existants et à venir d’Alstom. L’État aura donc la faculté d’accorder une licence à EDF pour lui permettre d’assurer la maintenance des centrales en cas de défaillance de GE

Que nous dit en substance cet extrait du rapport de la Commission d’enquête animé par M. Marleix ? En premier lieu, que les accords contractés entre le gouvernement et General Electric, prévoient que le conseil d’administration œuvrant sur les entités qui ont été cédées au groupe américain, se doit non seulement de rester à 50 % français. Dans ce conseil d’administration, il y a au moins un représentant de l’État français. Mais ce n’est pas tout ! Une autre clause, prévoit que l’État français détient une action en or sur la branche de désormais General Electric, qui fabrique les turbines et équipements dédiés à notre industrie nucléaire civile et militaire. Cela signifie qu’à tout moment, même en tant qu’actionnaire minoritaire, l’État peut s’opposer à des décisions de General Electric qui pourraient affecter nos intérêts stratégiques. Mais ce n’est pas tout ! Une autre clause encore, permet à l’État de rester propriétaire intégralement sur les brevets concernant les technologies les plus sensibles qu’Alstom cède à General Electric.

Ce ne sont sans doute pas les mêmes clauses qui régissent un conflit entre le groupe Volkswagen et l’État français depuis janvier 2021, mais lorsque la multinationale a fait savoir qu’elle envisageait des suppressions d’emploi sur son site de St Nazaire qui fabrique les moteurs diesel de secours équipant nos sous-marins, Bruno Lemaire et Florence Parly, respectivement ministres de l’économie et de la défense, ont rappelé à l’ordre Volkswagen sur les engagements contractuels qui avaient été signés pour maintenir la production de ces équipements en France. Cela ne signifie pas que l’État s’impose d’être l’actionnaire majoritaire de ce site industriel. Mais que l’État s’autorise un droit de regard et le cas échéant, peut faire jouer des clauses permettant d’obliger un industriel à maintenir sa production en France.

C’est d’ailleurs ce qu’a parfaitement expliqué David Azema à la Commission d’enquête animée par M. Marleix :

« Parmi toutes les entreprises françaises remarquables, que ce soit au titre de l’emploi dans notre pays, de la recherche et développement, ou du caractère stratégique de leurs productions, seule une petite poignée compte l’État parmi ses actionnaires. Et même si l’État n’est pas au capital de ces entreprises, des questions de politique industrielle peuvent s’y poser : l’État n’était pas au capital d’Alstom avant que ne soit annoncée l’opération de General Electric (GE). Toutes ces entreprises n’ont pas l’État à leur capital, et pourtant, ce sont des objets de politique industrielle potentiels. Il n’y a pas de corrélation entre l’intérêt stratégique d’une entreprise, la nécessité éventuelle de la protéger, et la présence ou non de l’État au capital. […]

La puissance publique dispose de moyens beaucoup plus simples d’influer sur la stratégie des entreprises. Pratiquement aucune entreprise stratégique américaine n’a l’État à son capital. Faut-il en conclure que les États-Unis ne savent pas défendre leurs intérêts stratégiques ou leur politique industrielle ? C’est exactement l’inverse. Et c’est aussi le cas d’autres grandes puissances industrielles : en Allemagne, l’État fédéral n’entre au capital des entreprises publiques qu’avec énormément de précautions, même si beaucoup d’institutions de moindre rang le font. Il a d’ailleurs été assez difficile de convaincre l’État fédéral allemand d’entrer au capital d’Airbus au moment où Daimler en est sorti ; il était beaucoup plus naturel pour le gouvernement allemand de considérer que Daimler portait les intérêts allemands au sein d’Airbus, et il ne lui paraissait pas nécessaire d’en être directement actionnaire. D’ailleurs, l’État allemand n’est pas actionnaire direct, mais par l’intermédiaire de sa caisse des dépôts, la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW). Troisième exemple, le Japon, notoirement connu pour avoir une stratégie et une politique industrielle : le gouvernement japonais n’a pas de participation dans les entreprises. Ces comparaisons internationales montrent que de nombreux outils autres que l’actionnariat direct peuvent être utilisés pour déployer une politique industrielle ».

Et M. Azema de lister au final les outils qui permettent à l’État de conserver un contrôle réel sur son industrie stratégique à moindre frais et sans interférer avec les nécessités d’entreprise :

1) Réduire au maximum le nombre de représentants de l’État impliqués dans la veille et la négociation entre les représentants d’industries stratégiques et l’État. Cela afin d’éviter des fuites d’informations sensibles, mais aussi les contradictions, redondances inutiles et l’illisibilité de l’action publique sur nos industries les plus sensibles.

2) Assurer la continuité de la commande publique sur le temps long, obligeant les industries que nous souhaitons conserver sur notre sol, à maintenir leur production de facto.

3) Enfin et nous en venons à ce qui a été précisément fait pour Alstom : s’assurer que des contraintes réglementaires et juridiques s’imposent aux entreprises les plus stratégiques. C’est bien ici que nous pouvons voir l’État dégainer ses munitions les plus décisives en cas de litige comme c’est le cas actuellement avec le groupe Volkswagen.

Si messieurs Macron, Hollande et tant d’autres responsables gouvernementaux avaient eu en tête de trahir la France, pourquoi se sont-ils assurés que la vente d’Alstom Energie à General Electric, soit assortie de clauses juridiques très contraignantes et qui engagent le groupe américain à maintenir la production des équipements nécessaires à notre industrie nucléaire et militaire ?

Je viens ici de prouver que non seulement, sur le plan factuel, M. Macron comme le reste du pouvoir exécutif de l’époque, s’est assuré que l’État maintienne un contrôle réel sur la production industrielle la plus sensible de la part d’Alstom cédée à General Electric, mais en outre, puisque ces clauses garde-fous pour l’État ont été rédigées par la puissance publique et signées par les parties contractantes, il n’y a aucun élément d’intentionnalité à faire valoir justifiant le crime de trahison. Je pourrais m’arrêter ici sur ce volet si sensible de la discussion judiciaire, mais puisque le ministère public s’est arrangé pour se montrer démesurément long dans l’espoir de nous faire adopter son point de vue, je compte bien répondre de façon tout aussi exhaustive aux réquisitions du procureur.

Le ministère public a en effet rappelé que l’article 151-3 du Code monétaire et financier oblige le ministre de l’économie à autoriser ou non les investissements étrangers dans une entreprise en France, si cette dernière est active dans la recherche, la production d’armes, de munitions et substances explosives, ou que ses activités peuvent porter atteinte à la sécurité publique ou aux intérêts de la défense nationale. Et c’est précisément ce qui fut fait ! Le ministre de l’économie a joué son rôle en publiant un décret non seulement pour s’armer juridiquement dans sa négociation, mais a respecté l’article 151-3 du Code monétaire et financier, en imposant des clauses protectrices de nos intérêts nationaux auprès de General Electric. La loi en ce sens a été parfaitement respectée dans sa lettre par le gouvernement.

Mme/M le Procureur de la République est revenu ensuite sur la stratégie de défense dite « tous azimuts » en omettant de signifier qu’elle n’a aucun caractère réglementaire. Cette doctrine de défense était tout à fait compréhensible à une époque où la France développait sa technologie nucléaire, tout en cherchant une position d’équilibre avec les grandes puissances de ce monde. Mais aujourd’hui, peut-on décemment dire que cette doctrine de défense qui vise à considérer que chaque pays est un potentiel ennemi, a encore du sens ? Nous sommes dans l’OTAN ce qui signifie que nos alliés, que cela heurte ou non certains esprits chagrin, sont les États-Unis d’Amérique. Je vous ferais remarquer que des pays européens ne disposant pas de l’arme nucléaire, bénéficient de la protection des USA sans qu’il leur soit nécessaire d’entretenir une coûteuse technologie grévant leur budget y compris en matière de défense. Sachant que l’arme nucléaire n’a plus de raison d’être utilisée un jour, puisqu’il en résulterait une destruction mutuelle des parties en conflit. On peut même dire qu’un pays qui ne dispose pas de cet armement n’a pas de raison de s’inquiéter qu’on fasse usage d’une telle technologie contre lui. Nous reprochons aux USA d’avoir exporté la démocratie au Vietnam, en Irak, en Afghanistan ou en Syrie. Aucun de ces pays n’est une puissance nucléaire. De fait, les Américains n’avaient pas d’autre choix moral que de faire usage de moyens militaires plus conventionnels, pour affronter ces nations. Et vous savez quoi ? Les Vietnamiens sont tout de même parvenus à épuiser moralement et financièrement les USA au point que l’Armée américaine n’a pas eu d’autre choix que de se retirer.

Pour notre propre part, puisqu’avec des adversaires historiques comme l’Allemagne et dans une moindre mesure le Royaume-Uni, nous sommes désormais engagés dans l’OTAN, nous n’avons même plus de raison de nous inquiéter d’un potentiel conflit futur avec ces nations. Alors que la Russie qui occupe tout de même une vaste part du continent eurasien, pourrait vouloir un jour poursuivre cette extension jusqu’à l’extrémité occidentale du continent. Alors que rien ne laisse à penser que les USA pour leur part, aient un quelconque intérêt à s’établir sur le continent européen. On peut effectivement condamner leur agressivité avec un certain nombre de pays producteurs de pétrole qui ont préféré entretenir une attitude de défiance face à l’impérialisme américain, mais nous ne sommes pas concernés d’une part, ni même honnêtement plus respectueux du droit international public que les USA en la matière. La France ne produisant pas de pétrole et étant officiellement partenaire des USA, les dirigeants américains chercheront toujours des moyens de nous tordre le bras sur quelques affaires de commerce, mais n’ont pas d’intérêt à nous envahir. De leur côté, la Russie et la Chine ne pouvant que tenir compte du parapluie américain sur les États-membres de l’OTAN, se garderont bien d’adopter une attitude offensive à notre égard. Alors oui, cette logique de bloc occidental contre un bloc russo-chinois, n’aide pas nécessairement à réchauffer nos relations avec les adversaires désignés par les Américains comme devant être aussi les nôtres. Mais les circonstances de l’Histoire ont fait que nos ennemis potentiels ne sont nullement tous les pays du monde, mais quelques pays en particulier. La stratégie de défense tous azimuts peut avoir du sens pour un pays comme la Suisse qui est restée indépendante de toute alliance militaire. Mais tel n’est pas le cas pour la France. Nous pouvons partager quelques secrets et technologies militaires avec les USA sans que cela nuise à la paix. Il n’y a aucune raison de penser qu’une hyperpuissance militaire puisse un jour vouloir les utiliser contre nous. Et les USA ne nous ont jamais attendu pour développer leurs propres turbines. Les dirigeants américains ne cessent de pousser leurs alliés européens à investir plus fortement dans leur propre armement. Ce qui signifie que chaque fois que la France s’équipe d’un nouveau sous-marin ou d’un nouveau type de missile, cela contente nos alliés. Ils ne souhaitent pas nous opposer des contraintes mais bien au contraire, se tiendront toujours prêts à nous aider en ce sens. General Electric donc, ne cherchera jamais à nuire à nos intérêts de défense, mais bien au contraire, à s’en faire le partenaire industriel résolu. Quant au fait que les Américains puissent connaître les propriétés acoustiques de nos sous-marin ou leur vitesse, en quoi est-ce gênant ? Toutes les oreilles d’or qui opèrent dans des sous-marin, savent reconnaître la nature des vaisseaux qu’ils croisent. Les Russes savent reconnaître le bruit d’un sous-marin français ou américain et inversement. Ce n’est pas tant la signature acoustique d’un navire qu’il s’agirait de camoufler. C’est davantage le fait de ne pas se faire entendre tout court sous l’océan qui compte.

RÉPONSE AU PACTE DE CORRUPTION

Madame/Monsieur le Procureur a aussi souhaité donner une bien maigre substance à son discours, en nous dressant la liste des personnes qui gravitaient autour de M. Macron et ses premiers soutiens dans la haute fonction publique ainsi que le monde des affaires. Oui son parti a obtenu le soutien de généreux donateurs qui lui ont fait confiance, car ne vous en déplaise messieurs dames : les riches ont aussi des convictions politiques. C’est donc leur droit le plus strict, et cela dans le respect des limites fixées par la loi, de contribuer au financement du parti politique de leur choix. On voudrait entendre que M. Macron était lui-même responsable ou co-responsable de la campagne de recherches de donations. Mais les courriels qu’a mentionnés le Procureur de la République témoignent bien que les équipes de campagne ont perçu une irrégularité du fait d’un généreux donateur un peu trop exalté, et se sont arrangés pour diviser la somme que souhaitait verser le militant en question, en deux chèques différents pour rester dans le cadre de la loi.

Un autre mail encore, cette fois-ci envoyé par Cédric O, le 31 août 2016 à d’autres coordinateurs de la levée de fonds. La dernière phrase de cet extrait est tout à fait saisissante :

La validation [des encaissements] porte uniquement sur les chèques supérieurs à 500€ ; elle se terminera à la cessation des fonctions de ministre d’Emmanuel ; La liste des noms des donateurs ayant effectué un chèque > à 500 € est transmise une fois par semaine via EM pour vérification (absence de conflits d’intérêt notamment).

Un autre échange de courriel témoigne du souci scrupuleux des équipes d’Emmanuel Macron, quant à la régularité du financement de leur campagne électorale, y compris sur les conflits d’intérêts. Ce mail daté du 15 septembre 2016 de la part d’Emmanuel Miquel à Alexis Kholer et Julien Denormandie, pour établir un processus de validation des donations :

L’idée est de simplifier ce processus compte tenu de l’évolution des fonctions d’EM, avec une validation ex post (i.e. une fois les sommes encaissées et non plus ex ante) sur la liste des donateurs ayant réalisé des dons > 1.5k€, afin de s’assurer néanmoins (i) de l’absence éventuelle de conflit d’intérêt (incompatibles avec les fonctions passées d’EM) et (ii) du caractère recommandable du donateur.

Et visiblement, les partenaires de la République en Marche, notamment le Crédit Agricole dont l’une des agences parisiennes où l’association avait établi son compte, n’hésitaient pas à assurer la veille sur la régularité des versements. En témoigne ce courriel de Cédric Boutier, conseiller au Crédit agricole, qui fera parvenir ce message d’alerte le 29 mars 2017 à Cédric O :

Nous nous interrogeons sur les mouvements reçus ci-dessous provenant visiblement de sociétés étrangères. Pour mémoire le financement de compte de parti est interdit pour des personnes morales sauf des partis ou associations politiques.

On entend ici et là que des partis politiques plus ou moins confidentiels ou d’autres plus médiatisés, mais aux accents populistes, ne trouveraient pas la visibilité et les armes financières nécessaires pour rivaliser avec les grands partis. Emmanuel Macron a fondé un grand parti ! C’est indéniable ! Sur les 380.000 personnes ayant accepté de communiquer leur mail sur le site internet du parti « La République en Marche », les estimations publiées par le journal « Le Monde », font état de 71.000 personnes ayant pris le temps de lire les statuts. Le 1er mars 2017, soit un mois avant le premier tour de la présidentielle, Cédric O adressait un mail aux équipes de campagne dont l’extrait suivant permet de donner une idée assez objective de l’engagement que suscitait « La République en Marche » à ses débuts :

« Le fait que nous communiquions peu sur nos besoins financiers, compte-tenu des montants à lever, nourrit les suspicions et les rumeurs négatives sur le financement du mouvement, alors que nous n’avons pas de tabou et prônons la transparence :  Or, la majorité des personnes n’ont pas confiance dans le financement et considèrent que seul les « grands donateurs » sont importants (« 7500 pour voir EM ») ;  Objectif : communiquer différemment sur la levée de fonds (casser l’image « CAC40 »), ce qui nous permettra de limiter les fausses rumeurs et d’avoir des éléments de riposte. ) Un besoin d’engagement / de vote : Tous les dons sont clés (il n’y a pas de « petits » dons), en termes de communication mais aussi d’engagement – et donc de vote. Le don via le site internet est au cœur de la levée de fonds puisqu’il draine 80% des donateurs. 1/3 des donateurs donnent moins de 30€, 2/3 moins de 60€. Le don médian est de 50€. Nous avons à fin janvier ~180,000 adhérents, pour ~20,000 donateurs, soit un taux de transformation limité à c.10%

Emmanuel Macron a su fédérer autour de lui des gens qui exercent traditionnellement des responsabilités importantes et ont l’habitude de manier des grands chiffres et de comprendre ce que le commun des mortels ne pourra jamais se projeter mentalement. Emmanuel Macron fait partie de l’élite de la nation. On n’accorde pas sa confiance à des profanes dans les milieux professionnels où à exercé ses talents Emmanuel Macron. Croyez-vous que « Jojo le Gilet Jaune » soit capable d’administrer l’État face à un haut-fonctionnaire ayant eu à traiter des dossiers pesant des milliards d’euros, tant dans sa vie professionnelle que politique ? Pardonnez-moi de vouloir ramener chacun à des réalités objectives, mais tout le monde n’a pas la capacité de tenir les rênes de l’État. Et pour arriver à de tels niveaux de pouvoir, il faut non seulement faire ses preuves dans son cursus universitaire, mais aussi être capable de séduire des gens plus brillants et expérimentés que vous, pour espérer atteindre les sommets. Ce qui signifie des amitiés opportunes ou plus étroites entre personnes certes ne connaissant pas de difficultés matérielles pour la plupart, mais oserais-je rappeler que l’article 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme prohibe les discriminations fondées sur la fortune des gens ? Si les partis populistes ou plus radicaux manquent de relations dans les arcanes du pouvoir financier et des grands corps de l’État, c’est sans doute que les propos de leurs représentants ne séduisent pas vraiment ceux qui ont réellement de l’influence. Que ce soit sur les valeurs ou propositions politiques qu’ils portent. Vous comprenez bien que lorsqu’on est habitué à brasser des grands chiffres et des dossiers complexes, la démagogie ne puisse satisfaire aux prétentions intellectuelles des gens de pouvoir. Alors que reproche-t-on à Emmanuel Macron ? D’avoir parmi ses relations des gens riches et capables d’influencer des décisions publiques ? Mais si les personnes qui prétendent incarner une opposition plus populaire aux élites de la nation, devaient jouir de la sympathie d’autant de personnes fortunées qu’il n’y en a eu pour soutenir la République en Marche, est-ce que ces grands défenseurs de sa majesté le peuple se montreraient aussi suspicieux qu’ils le sont aujourd’hui sur les moyens financiers et l’influence équivalente qu’ils pourraient obtenir de leurs propres soutiens ? Et que nous diraient-ils si à leur tour, on les soumettait à la question ? La même chose que nous : qu’ils auraient respecté la Loi, et que s’ils obtenaient le soutien inconditionnel d’un grand nombre de personnes fortunées, c’est sans doute parce que leurs qualités relationnelles et leurs propositions politiques sont capables de satisfaire leurs généreux donateurs. Là où des esprits tristes veulent voir de la corruption systémique, il n’y a en réalité que des histoires d’amitié et d’affinités politiques, ce qui est une bonne nouvelle pour la Démocratie ! Oui, les riches s’intéressent à la politique ! Les pauvres beaucoup moins, c’est manifeste, mais c’est bien la preuve que tout le monde ne peut pas prétendre ni-même ne souhaiterait gouverner la France.

Il n’y pas eu de volonté de corruption, bien au contraire. La majorité des soutiens d’Emmanuel Macron n’ont pas gravité de près ou de loin avec l’affaire Alstom. Faisons-nous fi de leur propre engagement ? Quant aux scrupules de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, elle est tout à fait transparente et disponible sur le site Wikileaks. Le procureur n’est pas le seul à avoir étudié ces échanges. Chacun pourra constater que toutes les personnes impliquées dans la collecte de fonds pour la campagne électorale d’Emmanuel Macron, ont tout fait pour s’assurer de la conformité de leurs opérations avec les règles du Code électoral. On peut reprocher beaucoup de choses à Emmanuel Macron et ses soutiens sur le plan politique, mais sur le plan juridique, ses équipes et lui-même soignent les détails et sont précautionneux. Le pacte de corruption tel que décrit par M. Marleix et le Procureur de la République est du point de vue du droit, une gigantesque farce !

DISCOURS SUR LE LIBÉRALISME ET LA MONDIALISATION

Alors au final, que reproche t-on vraiment à Emmanuel Macron et qui n’a rien à faire dans un tribunal ? C’est tout simplement les opinions politiques qu’il incarne. Nous avons vu tout à l’heure que s’agissant des intérêts fondamentaux de la nation, le décret publié et les clauses qui ont été négociées dans le contrat de cession, ont été respectés pour l’essentiel. Peut-être pas sur les emplois attendus, mais s’agissant des intérêts stratégiques, General Electric n’est pas propriétaire de la licence s’agissant de la turbine Arabelle, et elle n’aura pas d’autre choix que de répondre aux commandes de l’État qui aura les moyens juridiques de la contraindre à honorer ses engagements.

Son choix politique a été de soutenir cette opération comme bien d’autres cessions d’actifs afin d’externaliser une partie de la production. C’est le cas sur les fusils d’assaut et munitions, mais aussi sur d’autres coeurs stratégiques de l’industrie française. Emmanuel Macron est aussi quelqu’un qui veut déréglementer au maximum le Code du travail et privatiser la Sécurité sociale. Il croit fermement en l’Union européenne, sa fibre patriotique n’est pas sujette à exaltation, c’est entendu. Mais il a été élu pour ces opinions politiques parfaitement connues pour un grand nombre de Français d’une certaine classe de revenus. C’est bien parce que le peuple a fait défaut pour défendre ses propres opinions – semble-t-il – contraires à celles d’Emmanuel Macron, que ce dernier a été élu. Oserais-je le rappeler ?

Toujours est-il que tous les intervenants que la Commission Marleix a entendus, c’est à dire des avocats, des banquiers et cabinets de conseil, ont tous signifié que l’État était celui que l’on devait craindre pour faire aboutir une opération. Qu’il valait mieux dans ce sens composer avec l’intérêt public défendu par les gouvernements, plutôt que faire échouer un deal.

C’est David Azema lui-même qui se disait favorable à ce qu’une clarification soit produite entre ce qu’est un réel établissement public, c’est-à-dire totalement financé par l’impôt, et ce qu’est une entreprise stratégique mais bien privée, dont l’État peut rester ou non en dehors du capital, car ce dernier dispose de leviers juridiques ainsi que les moyens coercitifs d’imposer ses clauses de sauvegarde.

Dans ce cadre, le fait qu’Emmanuel Macron soit un libéral qui promeut la mondialisation des échanges, ce n’est pas un crime, mais une opinion et même un engagement politique auprès de ses électeurs. Tout juste retenons que ce sont les gens qui ont négocié cette affaire au profit des deux entreprises selon leurs dires, qui relèvent que la volonté politique de nos dirigeants, détermine totalement le succès ou non – et pour le moins contraintes qui s’imposeront – sur un deal.

Les vrais libéraux vous diront qu’ils souhaitent juste des règles claires et respectées dans le droit entourant le commerce, et que l’État se cantonne à ses prérogatives régaliennes, là où le marché peut satisfaire à des besoins directement. Ils ne promeuvent pas tous l’Union européenne et certains sont même vigoureusement hostiles à l’euro, dont les taux de change ne correspondent pas aux fondamentaux économiques des pays qui utilisent cette monnaie. Les libéraux aiment la clarté et la vérité des prix. Ils détestent la triche sur la valeur de la monnaie ou d’une entreprise à qui l’on interdit de faire faillite, quand bien même on parlerait de « banque systémique ». Le libéralisme n’est pas le capitalisme de connivence, ni le libre échange sans régulations aux frontières bien comprises ; le libéralisme est davantage une philosophie politique et économique qui se veut libertaire. Elle est paradoxalement soucieuse que les règles soient les mêmes pour tout le monde et donc respectées aussi bien pour les petits que les gros acteurs du marché, mais elles veut réduire ces dernières de façon importante, pour encourager les initiatives entrepreneuriales et permettre à chacun de s’émanciper. Elle remet par les conditionnements fussent-ils nationaux, les préjugés et les mythes face à la rigueur de l’analyse scientifique ou économétrique. C’est une philosophie de la raison et de la liberté. En tant qu’avocat, il me semble aisé de disculper Emmanuel Macron des charges dont on l’incrimine. En tant que citoyen ayant une affinité libérale et même patriotique, je puis vous signifier que cet homme n’est pas libéral et je lui reproche d’avoir au contraire sclérosé toujours plus la Société. Mais c’est dans les urnes que je le sanctionnerais politiquement, pas dans un tribunal.

ACTE III – LE JUGEMENT

Le Juge :

Mesdames et Messieurs les Jurés, il vous a été donné d’assister à un procès que vous n’aurez jamais l’occasion de voir cité dans la presse, du fait d’enquêtes entreprises par des juridictions officielles. Les avocats de la partie publique comme de la défense ont été remarquables pour définir les enjeux de la discussion, et qu’il me soit permis de relever ici que si l’on comprend le sens profond de la discussion à laquelle nous avons assisté, on pourrait dès lors remettre en question notre adhésion à l’UE, l’OTAN et bien d’autres instances supranationales puisque ces traités altèrent déjà notre souveraineté sur des domaines régaliens de l’État. Dans ces conditions, condamner Emmanuel Macron pour crime de trahison au sens de l’article 411-6 du Code pénal, c’est aussi créer une jurisprudence qui pourrait valoir la prison pour un très grand nombre de personnes, et remettre en cause un très grand nombre de traités et transactions financières qui s’exécutent quotidiennement. C’est donc aussi un procès politique, en tant que Juge, je me dois de rester lucide sur la question. Cependant, des lois ont bel et bien été invoquées, et il est vrai que pour le moins sur son volet financier, l’affaire avait bel et bien été dénoncée avec des accusations graves dans le rapport d’enquête de la Commission parlementaire d’Olivier Marleix. Les responsabilités d’Emmanuel Macron sont évidentes du fait de sa position de ministre de l’économie à l’époque des faits. Cependant, est-ce un acte politique et commercial qu’il doit être possible de réaliser, parfois au profit de la France contre toute attente, ou est-ce un crime de trahison ? Chacun doit juger en conscience et avec recul. Que l’on juge Emmanuel Macron coupable de trahison ou non coupable, dans les deux cas, l’intime conviction de chaque membre du jury a des conséquences signifiantes sur la gestion du bien public.

Avec mes remerciements à Paloma pour son aide aux corrections, ainsi qu'aux avocats et juristes ayant contrôlé mon travail sur les lois invoquées..

samedi 26 juin 2021

Les si douces "valeurs" d'Eva, journaliste à France Inter

Eva a des "valeurs" et c'est avec beaucoup de courage qu'elle les défend au sein de Radio France en tant que journaliste. A ses yeux, ces valeurs sont totalement fongibles avec celles de la République. Non pas que la République soit une personne physique disposant d'un code moral à faire valoir, mais elle reste incarnée par des responsables politiques qui finalement portent les valeurs d'Eva. 

Elle déplore que les Européens puissent avoir des divergences sur certains dossiers et considère qu'il faudrait pour résoudre ce problème, encore "plus d'Europe". Elle n'a jamais lu les traités européens ni la constitution et ne comprend pas grand chose à la géopolitique ou l'économie mais elle en est certaine : "les valeurs de l'Europe" sont fongibles avec celles de la République et par conséquent avec les siennes propres. Elle est tout de même indignée par les positionnements bien peu "LGBT friendly" de la Hongrie ou encore de la Pologne. Mais elle a son idée pour changer cela. Elle va rédiger une chronique aux petits ognons contre Viktor Orban et Mateusz Morawiecki, dirigeants respectifs de chacun des pays concernés. Car Eva est très sensible à "la cause" LGBT tout comme elle se dit féministe convaincue. Elle est tout aussi sensible à la cause des migrants clandestins. Elle déplore ainsi que l'extrême-droite, malgré ses chroniques tour à tour enflammées ou railleuses sur France Inter, ne cesse de progresser en France. En 2017, Eva avait voté pour Emmanuel Macron tant au premier qu'au second tour. Elle trouve l'homme brillant, moderne et puis il restait le parti le plus sûr pour faire barrage à l'extrême droite. Elle n'a jamais regretté son choix, pas même lorsqu'elle a constaté la répression brutale qu'il a exercé contre les Gilets Jaunes. Sur ce dernier point, Eva est mitigée. 

Elle aime les Gilets Jaunes qui aiment l'Europe, les migrants et la cause LGBT, mais beaucoup moins ceux qui revendiquent ouvertement leur volonté de destituer Macron, sortir de l'UE et l'euro et introduire le référendum d'initiative citoyenne dans la constitution. Ils ont des accents populistes voire empruntant largement aux idées d'extrême droite. Elle a d'ailleurs rédigé quelques chroniques contre ces derniers pour dénoncer "le complotisme" et "le repli sur soi" qui les caractérisent. 

Eva vit dans un coquet appartement dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Chaque matin, c'est toujours le même rituel : elle a programmé la veille son radio-réveil pour qu'il entonne (grince) à sept heures précise une chanson de Vianney, artiste dont elle est littéralement fan. Elle regarde alors amoureusement son petit ami, Léo, un garçon si sensible, adresser le même rictus habituel sitôt que les premiers gémissements de vache crevée de Vianney se font entendre dans la pièce. Cela l'amuse toujours. La voila qui bondit hors du lit pour se doucher rapidement en prenant soin de ne pas mouiller ses cheveux. Elle macule ensuite son visage de produits cosmétiques certifiés "bio". Les flacons sont en plastique, mais puisque le fabriquant précise que c'est "bio", elle n'a pas de raison d'en douter. Quelques croquettes vidées dans l'écuelle du chat qui vient se frotter contre ses jambes, une caresse sur le crâne du félidé, la voila qui s'habille en vitesse, prend ses clés et disparaît dans la fourmilière parisienne. 

De son côté, Hassan a d'autres rituels matinaux. Lui commence par des ablutions et psalmodie des prières en arabe, sitôt réveillé. L'association "Humains sans frontières" lui a permis de trouver une chambre d'hôtel moyennant des subventions publiques qu'elle sollicite chaque année auprès de la mairie de Paris ou au Conseil Régional. Il est entré illégalement sur le territoire, mais là aussi, l'association qui le soutient a fait les démarches nécessaires auprès de la préfecture pour qu'on lui accorde un statut de réfugié politique. Le dossier est toujours en cours d'instruction parmi des centaines de milliers d'autres qui s'empilent. Dans l'attente, il a le droit de rester sur le territoire. Hassan méprise les blancs. Il trouve que ces gens n'ont aucune valeur morale et il considère que les Françaises sont des putains. Elles se fardent de vêtements qui mettent en évidence la peau nue de leurs jambes ou de leur ventre pour mieux signifier aux hommes qu'elles sont disposées à la bagatelle. Bien sûr, les bénévoles de l'association "Humains sans frontières" sont des blancs eux-aussi, mais il trouve ces gens idiots. Ils n'ont même pas remarqué qu'il avait en horreur la culture dégénérée de l'Occident. Ils ne lui ont même pas posé de questions sur son itinérance en Lybie avec les factions islamistes dans lesquelles il a combattu. Hassan est très inspiré par les prêches d'imams rigoristes et est convaincu d'être un bon musulman lui-même. Il traine le plus souvent avec d'autres clandestins ayant peu ou prou eu le même parcours que lui. Sa haine des blancs croît chaque jour un peu plus. Ces Françaises si court-vêtues l'excitent sexuellement et il n'aime pas cela. Et puis les us et coutumes de ce peuple sont vraiment sataniques. La veille encore, une manifestation LGBT a croisé son chemin. Il a vu des gens aux cheveux roses et verts se dandiner dans des positions plus que suggestives. Il a vu des hommes s'embrasser sur la bouche. D'autres se grimer en femmes. Dans son pays, jamais on ne permettrait cela. Hassan n'est pas très "LGBT friendly" il est vrai. Il réprime régulièrement des pulsions de meurtre. Il a déjà égorgé des hommes en Lybie mais puisque c'était la volonté d'Allah ou tout du moins une logique de guerre... Le goût du sang est en lui et il considère que la mort est de toute façon le châtiment juste pour les mécréants. Le voila qui ère aujourd'hui dans Paris et il est d'une humeur exécrable...

Eva a pour sa part des pensées beaucoup plus légères en tête. Bien que son bras gauche soit encore endolori par le vaccin Pfizer qu'en citoyenne consciencieuse, elle a tenu a se faire inoculer, elle se dit qu'elle pourra entrainer Léo prochainement au concert de Vianney. Il est si gentil, il ne pourra pas refuser de l'accompagner. Et puis mille idées la traversent quant à la prochaine chronique qu'elle va rédiger sur la souffrance des noirs transgenre, du fait qu'à leur couleur de peau suscitant déjà tant de racisme, ils cumulent la double peine de "la transphobie". Seul problème : les noirs transgenre ne sont pas légions et elle a beaucoup de mal à trouver quelqu'un pour lui apporter un témoignage confortant l'article qu'elle souhaite rédiger. Qu'importe, Eva est une créative, elle saura trouver les mots justes pour émouvoir toute la bobocratie parisienne et peut-être même sensibiliser ces Français qui semblent se désintéresser de ce genre de questions. Toute à ses réflexions, elle remonte la rue Caulaincourt en direction de sa station de métro. Elle ne perçoit pas immédiatement l'homme pourtant particulièrement agité qui, de l'autre côté de la chaussée, invective une passante. 

Hassan n'est que pure colère. Il bout littéralement. Encore une de ces putains court-vêtues qui passe sans même le regarder alors qu'il lui intime l'ordre de se couvrir. Il ne compte plus les femmes aux tenues similaires qu'il a croisé depuis qu'il a quitté sa chambre d'hôtel. Un mélange d'excitation sexuelle et de haine indicible l'étreint totalement. Il monte en pression et ne cesse de caresser le manche du couteau qu'il porte constamment sur lui dans la poche de son caftan. Il n'est que rage à l'état pur et pourtant, entre deux agressions verbales sur des passantes, il psalmodie des versets du Coran et promet à Allah le miséricordieux qu'il se chargera lui-même du châtiment de tous ces mécréants aux mœurs si dégénérées. A nouveau une femme le croise. Son décolleté est saillant, ses longues jambes dénudées jusqu'à mi-cuisse captent le regard d'Hassan. Il bande ferme, il voudrait la violer sur le champ. Il sait que ces choses ne se font pas en France. Qu'importe, puisque cette catin excite volontairement les hommes par son accoutrement, elle ne mérite que la mort. Sa main se sert sur le manche de son couteau. Il ne lui adresse pas un mot. Juste un regard empli de haine pendant que sa lame s'enfonce lentement dans le ventre de cette putain. Elle hurle. Il retire son couteau et frappe à nouveau, beaucoup plus vite et par deux fois. Elle s'effondre incrédule, comprenant qu'elle va mourir sans raison, là sur ce trottoir. Des gens crient autour d'elle. Hassan lui a franchit le Rubicon. Ses dernières entraves mentales ont cédé, il regarde tout autour de lui. Ses yeux se figent sur Eva.

Tout s'est passé si rapidement. De l'autre côté de la rue, à moins de dix mètres seulement d'où elle se trouve : elle a vu cette jeune femme s'effondrer et cet homme fardé à l'orientale qui tenait un couteau ensanglanté. La stupeur est partagée avec le désir soudain de filmer l'événement qu'elle n'aura pas le loisir de réprimer. Lentement, le visage de l'homme s'est tourné dans sa direction. Et soudain, le voila qui court à toute vitesse vers elle. Encore une seconde de tétanie le temps d'assimiler l'ensemble des informations qui se bousculent dans son esprit. Cette seconde exacte qui décide de votre potentielle survie ou non lorsqu'il n'y a rien d'autre à faire que fuir au plus vite. Il est désormais presque sur elle lorsque, enfin, le cerveau reptilien d'Eva prend en charge sa conscience figée. Eva court, elle hurle et entend les pas du meurtrier juste derrière elle. Elle sent, terrorisée, la main de celui-ci agripper son épaule. Elle allonge mécaniquement la foulée. Mais la main la retient si bien que son élan n'a d'autre effet que la faire basculer en arrière cela juste au moment où une douleur immense se fait sentir dans son dos. "Mon dieu, il me tue", parvient-elle à penser. Le sang chaud s'écoule en geyser sur son chemisier. Elle a si mal que courir est désormais un effort inenvisageable. Elle se sent attirée en arrière par son bourreau. Elle est tout contre lui désormais et sent son souffle chaud sur sa nuque. Sur le côté, le couteau, la main qui le tient et l'avant-bras qui précède le tout, apparaissent dans son champ de vision. La lame se pose sur sa gorge et déjà l'entaille douloureusement. Au fur et à mesure qu'elle sent ses chairs, ses muscles et sa carotide céder sous la pression de la lame, elle se rend compte que ses hurlements ne sont que gargouillis. Sa terreur terminale sera silencieuse. Elle ne comprend pas pourquoi. Elle n'a même pas le temps de faire ses adieux à qui que ce soit. Des larmes coulent sur ses joues. Elle meurt...

Cette histoire est bien évidemment fictive. Non pas sur la barbarie quotidienne qui alimente la rubrique des faits divers en France. Non pas que le groupe Radio France ne soit pas effectivement devenu le temple de la bobocratie parisienne à qui l'on distribuerait volontiers de généreuses claques pour se soulager un peu. Mais fort heureusement, les lois statistiques restent favorables aux militants qui sévissent au sein de la Maison de la Radio. Leurs chances d'être affectés directement par cette barbarie quotidienne sont tout simplement proches du zéro. De fait, Eva continuera d'écouler des jours heureux, loin de la misère du peuple dont elle se fout littéralement. Sa détresse sociale, sécuritaire et même identitaire la désintéresse au plus haut point. Elle ne se sent pas concernée. Elle continuera de dénoncer le très sérieux péril incarné par l'extrême droite tout en se faisant la digne chevaleresse défendant l'UE et le clandestin. Elle s'indignera que cette même barbarie commise par des ressortissants étrangers puisse susciter la colère de la majorité des Français et de leurs attentes politiques extrêmement fermes en conséquence. Eva continuera d'alimenter avec légèreté ses chroniques qui n'intéresseront qu'une fraction infinitésimale de la population et c'est d'ailleurs bien tout ce qu'on lui souhaite. 

Cette histoire est donc en apparence sans morale ou leçon de choses à adresser. Elle témoigne simplement que nous, les affreux malpensants, ressentons une empathie profonde pour Eva au moment où une "chance pour la France" s'autorise à la saigner par pure haine, autre mot pour qualifier le racisme anti-blanc qui existe bel et bien sur notre territoire. Ne lui en déplaise. Pourtant, au quotidien, nous sommes des millions à détester Eva et tout ce qu'elle représente. Mais si on la tue, nous sommes les premiers à être horrifiés par sa souffrance et sa mort inacceptable à nos yeux. "L'effet Charlie" sans doute. Ou juste une explication sur ce qui lie par delà ses plus puissantes divisions politiques, un peuple tout entier. Ce sentiment de colère qui nous habite si l'un des nôtres, quel qu'il soit, devait être victime de la barbarie. Cette colère qui d'ordinaire pour les "journalistes" de Radio France n'est que le propre de "l'extrême-droite". Eva, toujours pleine de bons sentiments reste froide face à la violence subie par des milliers de gens chaque année. Son attention se porte sur ceux qui la dénoncent, afin qu'elle puisse dénoncer ces derniers à son tour. Les victimes ne sont rien d'autre qu'une information non essentielle. L'indignation populaire ainsi que celle d'une partie de l'échiquier politique : c'est sur ce sujet qu'il faudra s'attarder. Le fait que nos prisons soient remplies de bourreaux ordinaires dont les origines étrangères sont sans équivoque, cela ne suscitera jamais sa propre analyse "journalistique". Le fait que des femmes et des hommes meurent bel et bien de cette barbarie ne sera jamais de nature à l'émouvoir.  Cette terreur de la mort qui frappe sans crier gare, elle ne se la représente pas. Cette colère sur le fait que ces morts étaient pourtant évitables si son idéologie n'était pas matraquée par elle-même, ses collègues "journalistes" payés par nos impôts, légiférée par les traîtres au pouvoir, supportée par les syndicats, les gauchistes ou même une part du patronat qui se réjouit de cette immigration massive confortant ses vues antisociales et de profits corrélés, Eva y est insensible. Et pourtant, elle est si pleine de bons sentiments. 

Il n'y a aucune morale à en tirer, j'insiste. Ni rien d'ignoble à souhaiter. Juste constater ce qui est. Eva répand une idéologie de mort, mais elle y survivra.