dimanche 23 février 2020

Les pseudo-anarchistes et les Gilets Jaunes.

S'il y a bien une chose qui peut me rendre la philosophie de l'anarchie totalement répulsive, ce sont les anarchistes eux-mêmes. Du moins, cette majorité de nihilistes qui se prétendent anarchistes, et dont je suis certain qu'ils ne maîtrisent pas les sous-jacents politiques nécessaires pour défendre honnêtement leurs convictions. Je ne mentirais pas sur le fait que je n'ai jamais lu Kropotkine, Proudhon et tous les penseurs qui ont bâti ce système de pensée, mais ne crois pas prendre un énorme risque, en considérant que ceux qui se réclament de l'anarchie, sont tout aussi peu nombreux à avoir osé feuilleté la littérature de ces penseurs. De fait, c'est à partir du constat que je fais sur le temps contemporain de cette philosophie, que je compte m'en faire le plus vif critique.

Au tout départ du Mouvement des Gilets Jaunes, seuls deux symboles de la révolte populaire étaient visibles : le gilet jaune lui-même, et le drapeau tricolore. On voyait d'un très mauvais œil l'idée que des personnes puissent venir avec des bannières syndicales, partisanes ou idéologiques particulières. L'heure était à l'unité, non aux revendications particulières, toujours sources de discorde.

Il est aussi notable que durant les premières semaines, l'ultra gauche était très peu présente dans les cortèges et encore moins  sur les rond-points. Nous étions qualifiés par tout le mainstream médiatique, politique et syndical de "partisans du FN" et affiliés plus généralement à l'extrême droite. Cela n'a jamais été vrai dans les faits, puisque l'insurrection qui émanait essentiellement des campagnes, était par-dessus tout populaire. Bien entendu des partisans du FN étaient présents, mais pas seulement. Il y avait de tout, et surtout des gens bien peux politisés à dire vrai. Néanmoins, c'est au début du mouvement que les perspectives restaient les plus ouvertes, puisque l'ultra-gauche restait à distance.  Et puis les infiltrations (revendiquées par les protagonistes eux-mêmes) ont commencé. Les "antifas", les blackblocs et tout ce que la France compte de petite bourgeoisie aussi haineuse de la France que criarde, ont commencé à faire leur apparition. Ces groupuscules revendiquent en commun leur adhésion à l'anarchisme. Ils déambulent en meute au milieu des manifestants avec leur tenue noire des pieds à la tête, et leurs fanions "antifas" ou avec le A rouge sur fond noir de Anarchie, le plus souvent dans le but d'aller se confronter avec la maréchaussée, mais aussi détruire quelques abri-bus, de vilaines poubelles capitalistes ou retourner quelques véhicules de particuliers, ça ne mange pas de pain.

La plupart des manifestants viennent généralement avec quelques amis ou connaissances, et ne sont pas dans une logique de confrontation. Bien au contraire, ils ont un comportement civique et préfèrent agir avec prudence. Ils ont une famille qui les attend, ils ne souhaitent pas spécialement écoper d'une garde à vue, ou pire encore, d'une blessure. Nos meutes de prétendus "anarchistes", sont autrement plus structurées. Ces gens viennent donc en groupes de plusieurs dizaines de personnes, et leurs intentions sont clairement d'attaquer tout ce qui représente pour eux, la main-mise de l’État sur nos vies. Et quand je parle de l’État, il est bien entendu que j'évoque les institutions, notre territoire politique, notre peuple, et non la petite oligarchie qui est à ses commandes. Distinguo que sont bien incapables de faire les aboyeurs qui font le sujet de cet article.

Avant de décrire à quels "idéaux" se rattachent les prétendus anarchistes dont il est question, je souhaite prendre une précaution essentielle vis-à-vis de réels anarchistes que j'estime sincèrement, et avec qui j'ai ou partage encore, des initiatives militantes et un réel esprit de camaraderie. D'abord, je note que mes frères d'arme qui se revendiquent volontiers anarchistes, sont des gens qui ont de la bouteille comme on dit. Ils ont eu le temps de vivre, lire de nombreuses publications, se confronter à beaucoup d'idées, en abandonner certaines, et en  approfondir tant d'autres. Aussi, je les crois sincères lorsqu'ils me disent être eux-mêmes anarchistes. Ils ont l'expérience de vie pour se faire une opinion relativement claire sur le sujet. Une autre constante chez ces derniers, est leur immense respect pour la pluralité des opinions, même celles qui peuvent les heurter personnellement. Clairement, ce ne sont pas des "talibantifas" qui éructent ce qu'il est autorisé de penser ou non, bien au contraire. Ces gens défendront toujours le droit de chacun à pouvoir penser et s'exprimer librement. Ils ne se revendiquent pas "antifas", mais sont antifascistes par nature. Ils sont évidemment démocrates et considèrent que nous devons rendre au peuple le droit de légiférer directement. Et en bons anarchistes, ils défendent le principe d'auto-gestion, ne serait-ce qu'à l'échelon local. Que peut-on reprocher philosophiquement ou politiquement à ces gens ? Absolument rien, je suis même totalement d'accord avec eux. En revanche, les prétendus anarchistes dont je compte faire le procès ici, ne considéreraient pas nécessairement mes camarades comme suffisamment "anarchistes" à leur goût. Pour la bonne et simple raison que mes amis - peut-être parce qu'ils ont atteint depuis longtemps un âge de raison - n'imaginent pas la grande Utopia anarchiste pour demain. C'est une affaire de dizaines, peut-être de centaines de générations. Ils savent l'humanité réduite à trop de conditionnements anthropologiques, politiques, sociaux et culturels, pour qu'une auto-gestion totale et à grande échelle de l'ensemble des êtres humains sur Terre, soit envisageable à l'échelle d'une seule vie humaine. Ils savent aussi que justement parce que nous sommes conditionnés à une certaine organisation sociale, il y aura toujours pour le pire ou le meilleur, des "chefs", des "représentants", des "mandataires", des "élites" et même des ambitieux qui ne se contenteront jamais de peu. De façon inverse, ils savent qu'il y aura pour longtemps encore, des "soumis", des "moutons", des "idiots", des "indifférents" et globalement, tout ce qui implique qu'une Société est constituée de meneurs et de serviles. Leur pragmatisme leur laisse à penser que l’échelon intermédiaire à atteindre dans la belle et grande utopie qu'ils défendent, c'est au moins que nous disposions du contrôle sur nos dirigeants politiques ou grands capitaines d'industrie.  En clair, la logique du "pas de représentants" leur est imperméable, non par pure idéologie, mais parce qu'ils distinguent ce qui est souhaitable philosophiquement ou politiquement, de ce qui est envisageable au regard des réalités actuelles, ne serait-ce qu'à l’échelon de la France et de leur propre vie. Et puisque nous parlons de notre beau pays, là aussi mes camarades anarchistes manqueront sans doute de pureté idéologique pour les fanatiques ou illuminés qui se réclament de l'anarchie. En effet, ces premiers ne veulent pas abolir notre pays. Ils ne veulent absolument pas le voir disparaître. Ils sont convaincus que le peuple existe bel et bien, que nous avons bien une Histoire, un patrimoine culturel et des intérêts communs, et que tout cela mérite d'être défendu. Ils n'envisagent pas non plus que la France abolisse ses institutions nous permettant de nous organiser politiquement. Ô bien sûr, s'agissant de ces dernières, ils envisagent bien des réformes massives à produire, et même une Constituante pour tout repenser, mais ils savent que les frontières ne sont pas des murs, que l’État n'est pas l'Oligarchie, et que le pouvoir ne corrompt pas nécessairement tout un chacun. Ils aiment la France, et c'est un très grand tort...

Évoquons maintenant les prétendus anarchistes qui font du tort selon moi, à la beauté de cette philosophie politique. Tout d'abord, ceux dont je parle se foutent complètement de l'unité populaire à maintenir dans nos cortèges. Ils érigent ostensiblement leurs fanions, je l'ai déjà dis, ne cessent de faire de la propagande pour leur idéologie particulière sur les pages web où se concentrent les Gilets Jaunes ; appellent constamment à la violence et aux dégradations de biens publics et privés ; crachent sur qui ne pense pas comme eux, et insultent volontiers de "facho" ce dernier. Et si un quidam mal pensant est reconnu au sein d'un cortège, ils se permettent de lui faire "la chasse", car le problème n'est pas réellement Macron pour eux, mais leurs ennemis jurés d'extrême droite. Pas celle qui est au pouvoir bien évidemment. Non, celle que l'on désigne au sein même du peuple. Celle qui veut restaurer notre indépendance nationale, nos frontières et établir la Démocratie en France. Cette "extrême droite" n'est pas nécessairement encline à voter pour le Front National, pas forcément liée à des groupuscules identitaires, et pour tout dire, elle n'est que rarement d'extrême droite en vérité. Oh bien sûr, ces gens ne se revendiquent pas anti-quelque chose. Les ennemis jurés de nos anarcho-couillons ne voient pas forcément d'un mauvais œil que le politique reprenne la main sur l'économie. Mais le colbertisme, le keynésianisme, le gaullisme ou même le communisme "à l'ancienne", cela mène nécessairement au fascisme aux yeux des prétendus anarchistes évoqués ici. Et ces courants de pensée économique, sont évidemment en droite ligne avec des idéaux "capitalistes". On pourrait opposer à ces abrutis que les enjeux sur les déplétions des matières premières à venir, imposent que l'on prenne le taureau par les cornes, et que l’État planifie (un gros mot) une politique industrielle pour nous prémunir de pénuries à venir, mais non, ça ne passe décidément pas. Si un État planifie, c'est que d'une part l’État n'est pas aboli, et pire encore, qu'il y a des maîtres d’œuvre pour définir une politique industrielle et agricole. Ce qui contreviendrait à une reprise de contrôle de l'appareil industriel sans projection particulière sur ce que nous pourrions en faire à l'échelon national, parce qu'il est tout simplement interdit de raisonner à cette échelle. 

Nos pseudos anarchistes véhiculent une pensée très attalienne sur le Monde. Il n'existe que des individus, et à les entendre, la totalité des êtres humains aspire à voir leur pays démolis pour que nous formions une grande union sacrée à l'échelon mondial et vivant tous en auto-gestion bien évidemment. Les Histoires nationales, la singularité des Cultures, les sentiments d'appartenance à une patrie, tout cela est nié en bloc. Et sali autant que faire se peut. De la même façon, ils imaginent tous les êtres humains égaux par nature, et forcément tous bienveillants. Pourtant, ils constatent bel et bien qu'il y a dans notre Société des gens extrêmement malveillants ou stupides, mais les réponses à ce paradoxe sont toutes trouvées. Les gens riches, les politiciens, etc, sont malveillants parce que le Capital ou le Pouvoir corrompt. Les gens pauvres sont malveillants parce qu'ils sont opprimés. L'idée qu'indépendamment de notre bonne fortune et/ou de notre classe sociale, il y ait tout simplement des gens par nature bienveillants ou malveillants, bêtes ou intelligents, sociables ou solitaires, etc, leur échappe totalement. L'environnement social conditionne nos esprits à leurs yeux. Rien d'autre ne forge nos identités propres. Et comme ils se proposent d'abolir notre vieux pays forcément oppresseur et responsable de tous les conditionnements et mal-être sociaux à l'origine de toutes les déviances, leur réflexion sur l'être humain n'a pas besoin d'être étendue et affinée plus que de raison. Il suffit de répandre "l'anarchie" et tout ira pour le mieux ensuite. Ben voyons...

Parmi les autres caractéristiques que je perçois de ces réseaux, c'est leur propension à utiliser des slogans, des poncifs et sophismes pour exprimer leurs idées. Comme si nos petits fanatiques avaient été formatés par quelques gourous de je-ne-sais quelle secte. Leur réflexion est rarement subtile, et d'ailleurs, l'Homme qui pense trop est suspect. Le conférencier ou l'écrivain, dégage nécessairement une forme d'autorité intellectuelle qui les met mal à l'aise avec la pauvreté de leur propre Logos. Et pourtant, beaucoup sont issus de la classe moyenne ou de la petite bourgeoisie citadine. Ils sont relativement jeunes, pour l'écrasante majorité blancs de peau, et pour beaucoup inscrits dans une faculté pour étudier une quelconque science sociale. Certains bien sûr, sont beaucoup plus pauvres et marginaux. Ces derniers vivent le plus souvent en communautés, la réduction de leur attachement social à la sphère de la tribu est très prégnant. Ils ne fréquentent jamais des gens ayant des idées radicalement opposées aux leurs, et refusent d'ailleurs de débattre avec ces derniers. Non, ils leur font "la chasse" car "pas de fachos dans nos quartiers". Les slogans, vous savez...

Voila donc à quels types "d'anarchistes" les Gilets Jaunes ont à faire. Ils se comportent en petits chefs et imposent leur doctrine de désorganisation du mouvement et de violence permanente. Ils se disent ACAB, car pas un seul policier à leurs yeux, n'est humain. Ils sont tous nécessairement des cow-boys au service du pouvoir. L'idée que même au sein de la Police Nationale, l'on puisse trouver des gens biens leur est inaccessible. Il est aussi proscrit à leurs yeux de tenter de nouer des relations avec l'Armée. Pourtant, l'Histoire enseigne que les grands mouvements révolutionnaires aboutissent lorsque des officiers militaires, font clairement comprendre qu'ils ne donneront aucun ordre de tir sur les foules, et qu'il serait temps pour le despote contesté de quitter le pouvoir. Quand on prétend faire la Révolution, c'est une donnée objective que l'on ne peut feindre d'ignorer. Mais le militaire comme le policier est à leurs yeux une forme d'autorité incarnant l’État et sa violence toujours illégitime. Donc inutile de tenter des rapprochements avec les forces régaliennes de la nation, elles sont considérées comme l'ennemi à caillasser. ACAB !

Il est vrai que pour ma part, je suis trop socialisant pour me revendiquer de l'anarchie, même celle autrement plus vertueuse prônée par mes camarades anarchistes. Je crois en l'Homme, en ce qu'il a de meilleur comme de moins bon, et de fait, je crois qu'une Société bien organisée, repose sur des gens plus compétents, intègres et visionnaires que d'autres. Je crois aussi que même en établissant la Démocratie, la majorité des Français resteront peux impliqués politiquement. On peut le regretter et l'expliquer de bien des façons, mais toujours est-il que très peu de gens veulent s'investir pour leur pays, ou tout du moins pour autrui. Mais tous exigent que l’État soit le vecteur de leur bien être social. Notre pays est à mes yeux culturellement et politiquement conditionné à un certain "jacobinisme" centralisateur. Parce que nous nous sommes construits en tant que Royaume sans doute, parce que des gens comme Louis XII, Colbert, Napoléon III ou encore De Gaulle ont été à l'origine de grandes structurations sociales et économiques, et que sans renier leurs erreurs et manquements, les planificateurs et visionnaires ont toujours mieux assuré notre développement que les politiciens qui ne considéraient l’État que comme source de leur enrichissement personnel. Je souhaite certes que nous ayons le plein contrôle sur nos élites politiques, mais j'exige des élites réelles pour nous gouverner. Je ne crois pas du tout en la capacité d'un prétendu anarchiste vociférant à pouvoir raisonner le bien commun en considérant des enjeux géopolitiques complexes, des paramètres économiques et monétaires exigeant un minimum d'éducation à leur sujet, et pour le moins une cohérence politique qui ne s'obtient que lorsque face à la dictature d'une multitude, il se trouve des femmes et hommes sages pour penser la France à son sommet. 

Aussi j'espère que face à ce gauchisme ambiant qui vient pourrir continuellement le mouvement des Gilets Jaunes, des voix plus pragmatiques et amoureuses de notre pays, se feront mieux entendre. Il en va de l'avenir de notre Révolution...

1 commentaire:

  1. Bonjour, bonne analyse,pour quelqu’un qui ne connait pas Proudhon. Un petit bémol sur la composition et origine de ces groupes. Pas si blanc, pas si uniforme que décrit. Et oui, on a du taf pour arriver à changer la donne. On lâche rien :-)

    RépondreSupprimer

Quelque chose à ajouter ?