jeudi 19 mars 2020

Recréer des Millions d'exploitants agricoles en France est possible !

Selon une étude IFOP datée du 9 Octobre 2018, 60 % des jeunes de moins de 25 ans, expriment un fort attrait pour un retour aux campagnes. Dans le même temps, un quart des exploitants agricoles actuels, a plus de 60 ans, selon les chiffres communiqués par la SAFER, l'organisme qui gère le patrimoine foncier agricole. Autre chiffre très parlant : il y avait en 1955, 6,3 Millions d'exploitants agricoles contre... 448.500 seulement en 2018. La France, terre bénie des dieux pour tout cultivateur qui souhaite vivre de sa production, ne parvient pas malgré le désir de toute une jeunesse à revenir vers les campagnes, à relancer sa dynamique agricole. Et pourtant, les solutions sont très simples sur le plan politique...

Commençons par imaginer un monde sans Union européenne, car cette institution est le premier levier de contrainte dont il faut s'extraire. Imposant à la fois un régime de libre échange et de productivisme intensif en réduisant autant que possible la main d’œuvre,  l'U.E nous coûte des milliards d'euros à entretenir, tout en imposant des règles contraires aux intérêts des producteurs français.

Voila, c'est fait, nous sommes sortis de l'institution, mais cela ne suffira pas à relancer l'agriculture française. Ajoutons donc quelques règles supplémentaires, comme par exemple le prix minimal garanti de la production agricole, INDÉPENDAMMENT DES COURS DES MARCHES. Et ajoutons que ce ne sont pas les acheteurs de la matière première agricole qui fixeront les prix, mais bien les producteurs. Comment faire ? Rien de plus simple : il suffit de demander aux producteurs (et particulièrement ceux qui gèrent de petites et moyennes exploitations), quel est le bon prix de la matière première agricole pour qu'ils puissent se verser un salaire digne, tout en pouvant honorer sans contraintes leurs charges courantes et investissements. A partir de là, l’État n'a plus qu'à suivre et imposer d'une part des tarifications douanières suffisantes pour rendre concurrentielle au moins sur le territoire national notre propre agriculture, mais aussi imposer aux acteurs du marché d'acheter prioritairement à nos producteurs nationaux au prix minimum qui aura été fixé chaque année par le ministère, une fois les éleveurs et agriculteurs consultés.

Déjà, nos producteurs commencent à souffler, ils ne sont plus soumis à la sauvagerie spéculative des marchés internationaux. Nos éleveurs et agriculteurs fixent désormais les prix et jouissent de débouchés garantis au moins sur le territoire national. Poursuivons...

Puisqu'un très grand nombre de Français aspire à revenir vers les campagnes, et que plusieurs millions d'entre eux se verraient bien agriculteurs, alors aidons-les. Mais pour cela, il va falloir revoir totalement notre copie sur la gestion du foncier agricole. En premier lieu, assurons-nous que les 36500 communes de France, soient à nouveau correctement dotées de subsides publiques de L’État. Pour la raison bien simple qu'outre assurer la relocalisation maximum des services publics dans les territoires, nous allons confier une nouvelle mission à toutes les communes rurales : lorsqu'un exploitant agricole cède son exploitation et/ou ses terres, c'est la commune qui rachète le tout. L’État doit pouvoir garantir et faciliter ces transactions. La suite s'expliquera mieux avec un exemple concret :

Célia et Jérôme ont 24 et 26 ans. Ils ont grandit dans l'agglomération lyonnaise, mais comme beaucoup de Français, ils voudraient s'installer à la campagne. Dans leur tête, ils s'imaginent déjà le modèle d'exploitation idéal : des normes au plus près des principes de la permaculture, avec 10 ha répartis entre prairies, bois, champs et surface maraîchère. Ils veulent pouvoir gérer une micro-ferme à taille humaine. Tout doit être "bio" autant que possible, la mécanisation limitée et si possible via la traction animale, et ils veulent être chez eux. On peut supposer que les réalités supposeront quelques aménagements de leurs idéaux, mais au moins, ils ont un cap à suivre. Le temps et l'huile de coude feront bien le reste. Seul problème : Célia et Jérôme sont fauchés. Comme la majorité des jeunes de notre pays, ils n'ont aucun capital à investir. Et quand bien même ils auraient quelques milliers d'euros d'épargnés, ils n'ont strictement aucune envie d'acquérir une énorme exploitation que ce soit sur le foncier, les bâtis et les machines, totalisant un à plusieurs Millions d'euros d'investissement. Leur rêve n'a rien à voir avec une activité d'industrie. Non, Célia et Jérôme insistent : ils voient petit, et ils n'ont que faire de ces grosses exploitations agricoles à céder. Ils refusent par ailleurs de s'endetter.

De l'autre côté, il y a Madame le Maire de cette petite bourgade du Massif Central, qui vient de finaliser le rachat de centaines d'hectares de terres de Monsieur Michu. Le paysan prend sa retraite, il a tout cédé à part sa petite maison et quelques milliers de mètres carrés de terres cultivables autour de chez lui. Il tient à entretenir son potager M. Michu, et il n'a pas l'intention de déménager. 

Madame Le Maire via le site de la SAFER, fait donc savoir au grand public que des terres sont disponibles dans sa commune, ainsi que quelques bâtis et engins agricoles. Célia et Jérôme en consultant le site sont intéressés par cette annonce, et contactent la mairie en question. On les rassure : il n'y a rien à dépenser, ils pourront s'installer dans le petit corps de ferme à rénover qui jouxte l'une des terres à exploiter. L’État de son côté, garantit un revenu universel à hauteur du SMIC pour Célia et Jérôme. Et comme la PACS a été remplacée par un fonds d'aide à l'installation et l'investissement agricole national, ils pourront acheter leurs semences, bêtes et ou outillages nécessaires dès la première année d'exploitation. Autour du corps de ferme qu'ils occupent, 1 Ha de terre leur appartient en propre. Chaque mois, Célia et Jérôme versent un loyer à la Mairie, qui au bout d'un certain nombre d'années, les rendra définitivement propriétaires de leur domaine.

En revanche, les 9 Ha de terres qu'ils exploitent à leur gré pour produire céréales, fruits, légumes, bois de chauffage, viande et produits laitiers, ne leur appartiennent pas. Ces terres appartiennent à la Commune, et elles sont confiées en location à Célia et Jérôme. Et tant que le jeune couple les exploitera, la Commune n'aura pas le droit d'annuler le bail. Ni L’État, ni la Commune n'ont leur mot à dire sur les normes d'exploitation choisies par le jeune couple, même si des règles agronomiques plus soucieuses de l'environnement, auront été votées entre temps. Le coût de la location de ces terres ne représente pas grand chose en vérité, et il n'y a plus de fiscalité sur le foncier agricole. 

Si jamais Célia et Jérôme souhaitent étendre la surface agricole à exploiter, il leur suffit de demander à la Mairie quelles sont les terres disponibles sur la Commune. Ou s'arranger avec un autre exploitant agricole ayant trop de foncier en propre. D'ailleurs, si ce dernier compte revendre de la terre, c'est vers la Mairie qu'il devra se tourner. C'est elle qui achète, de telle façon à ce que le foncier agricole relève du domaine public à terme. Tout le foncier agricole national, sauf les parts dédiées à la jouissance privée exclusive des producteurs, soit 1 Ha par ménage en plus du bâti, devra absolument revenir sous giron public, et être géré par les Communes.

Évidemment, d'autres Français aimeraient bien s'installer aussi dans le village. Mais si la terre ne manque pas, c'est le bâti qui fait défaut. Qu'à cela ne tienne, la construction est autorisée dès lors qu'au moins 10 hectares de terres publiques sont exploitées. Et l’État subventionne. Les primo-installants n'avancent rien, ils payent leur loyer à la Mairie jusqu'à l'échéance ultime leur permettant de devenir à leur tour propriétaires de leur maison, de leur propre hectare de terre qui l'entoure, tout en continuant d'exploiter les terres environnantes.

Ce modèle de politique agricole est extrêmement simple et incitatif, car il tient compte des réalités de ceux qui veulent s'installer. Ce qui leur manque, c'est du capital à investir et la garantie que leur production se négociera à bon prix. Les exploitants qui cèdent leurs terres, machines et bâtis auront la garantie de trouver la puissance publique pour racheter la totalité ou presque de leur exploitation. Nous ne sommes pas dans un régime à proprement parlé "communiste" puisque le droit à la propriété privée est maintenu, de même qu'indépendamment du prix minimum des matières premières agricoles garanti par l’État, les négociations commerciales et débouchés sont du ressort des producteurs. Nous ne sommes pas non plus sur un modèle strictement capitaliste, puisque le foncier agricole devient public, c'est à dire à l'abri des prédations capitalistiques. Il est réparti en fonction des besoins fonciers des producteurs locaux, avec un minimum de surface exploitable garanti à chacun. Et l'exploitant peut décider librement du type de culture et des normes agronomiques qu'il souhaite développer sur son exploitation. 

La seule chose que doit faire l’État, c'est d'une part protéger la compétitivité de notre agriculture, et permettre via des dotations financières importantes aux communes, que tout Français souhaitant s'installer n'aura rien à dépenser, pratiquement aucune démarche administrative à entreprendre, et qu'il pourra immédiatement se mettre au travail. Il faut plusieurs années pour qu'une exploitation nouvellement crée, puisse assurer un cycle de production suffisant pour dégager des revenus stables à un ménage. Durant ce temps d'installation, l’État doit garantir un revenu minimum à ceux qui s'installent. Et lorsque leur exploitation dégage suffisamment de bénéfices pour les rendre autonomes, l'assistance de l’État n'est plus nécessaire. Autant que possible, les aides à l'investissement sur des machines-outils ou des engins agricoles, doivent tenir compte de la saisonnalité des rentrées d'argent (les récoltes) pour que les échéances de remboursement soient exigibles.

Ce qui doit être encouragé, c'est la micro-ferme et les polycultures. Ce qui doit être découragé, c'est la chasse perpétuelle à celui qui fabrique sa cabane ou sa petite maison au milieu de sa terre, pour démarrer son activité en étant pourtant chez soi.  Ce qui doit être garanti, c'est que le plus pauvre des Français n'ait strictement rien à débourser pour disposer d'un toit et de terres cultivables. Tout le reste sont des ajustements et des choix agronomiques généraux qui tiennent compte des besoins en matières premières agricoles de la nation d'une part, et de normes environnementales plus cohérentes avec les enjeux d'avenir, que ce soit sur le plan énergétique ou du maintien de la biodiversité encore survivante.

Bien sûr, le modèle présenté ici, mérite des réflexions particulières pour chaque type de culture. Ce n'est pas la même chose que de développer une exploitation maraîchère, et gérer de grandes cultures céréalières. Les surfaces nécessaires diffèrent, les besoins financiers et matériels tout autant.  Ce qui compte est la vision générale pour d'une part mieux gérer notre foncier agricole, mais aussi faciliter le retour aux campagnes des Français. Il en va de notre Souveraineté alimentaire. A bons entendeurs...


lundi 9 mars 2020

De l'Unité et de la Liberté d'expression dans nos luttes

Le 7 Mars dernier, alors que nous étions au pied du siège de CNEWS pour faire entendre aux journalistes présents, quelques rappels à leurs devoirs professionnels et éthiques, une passante, peut-être journaliste elle-même, vient converser quelques minutes avec nous. Elle me fait remarquer au bout d'un moment, que l'un de nos camarades porte un étendard comportant une fleur de Lys, haut symbole du Royaume de France, mais aussi de Souveraineté. A la grimace que cette dernière nous tend, je comprends qu'elle se sent heurtée par ce que ce symbole représente à ses yeux. De mon côté, je n'y avais pas fait attention jusque là.

Le camarade qui le porte s'appelle Aina. Un grand gaillard, noir de peau mais surtout haut en couleur. Il parle fort, a le sourire facile, résiste à nos côtés depuis de nombreuses années, et outre ses idées sur le royalisme, porte plutôt le cœur à droite. Oh pas dans le sens du Grand Capital, il serait même plutôt du genre à organiser la faillite des banquiers et tradeurs avec une joie non dissimulée. Mais il est plutôt conservateur, voila tout. M'estimant de mon côté relativement libertaire, je ne partage évidemment pas l'ensemble de ses convictions, mais je m'en fiche. Lui au moins est là à nos côtés, il sait tout comme moi qu'il est totalement vain de nous chamailler sur des questions idéologiques particulières tant que nous n'aurons pas implémenté la démocratie en France. Et puis ce n'est certainement pas le symbole du Lys qui est de nature à me chagriner. Je le trouve très beau pour ma part, et il raconte beaucoup de choses positives à mon propre imaginaire.

Cependant, je mesure au rictus de la jeune femme avec qui nous conversions, que ce drapeau ostensiblement érigé dans notre cortège, peut tout simplement heurter les convictions de gens plus ancrés à gauche de l'échiquier politique. Je pars donc voir Aina et lui explique la difficulté qu'il nous pose. Un autre camarade, indigné, m'interpelle en me demandant s'il faut maintenant cacher nos convictions particulières pour ne pas heurter les esprits les plus prudes. Aina se propose déjà de replier le drapeau, mais je lui fais signe de ne rien en faire. D'autant que l'autre camarade (dont je regrette avoir oublié le prénom) souffle une remarque tout à fait pertinente : A ses yeux, la réelle unité, c'est lorsque tout le monde peut ériger ses symboles, son emblème, ses convictions politiques particulières au sein d'un même cortège. Profondément, je suis d'accord avec cela. C'est même la garantie de pouvoir déstabiliser d'autant plus fortement un gouvernement contesté, que d'afficher ostensiblement l'ensemble de notre diversité idéologique et politique au sein d'un même rassemblement, et faire constater ce faisant, que loin de conduire à des heurts entre nous, cela dénote bien au contraire notre Unité sur ce qui relève de l'essentiel. En outre, le camarade qui porte un signe représentant une idéologie sur laquelle nous cultivons quelques préjugés, nous invite d'une certaine façon à engager la conversation et à en débattre avec lui. Pour le moins, j'ai toujours préféré me frotter à l'adversité qu'à un entre-soi réconfortant. Cependant, il y a une réalité que l'on ne peut feindre d'ignorer en France. Les ultras de chaque bord, et soyons honnêtes, plus encore ceux de l'extrême gauche, ne sont pas réputés pour leur ouverture d'esprit et leur sens de la tolérance. Si bien même que ces derniers font ostensiblement "la chasse à l'infiltration" dans les cortèges dans lesquels ils se mêlent. Si nos amis "antifas" et de "l'ultra gauche" de façon plus générale, se montraient bien moins sectaires et violents vis-à-vis des Français qui ne partagent pas leurs opinions particulières, et s'imposaient à minima une règle tacite d'une sage indifférence des symboles ou personnes qui les agacent et repérés au sein d'un même rassemblement, la discussion qu'il m'a été donné d'avoir avec Aina et notre autre camarade, n'aurait tout simplement pas eu lieu d'être. Mais conditionné à constater les dérives violentes de certains, et pour le moins, la mauvaise presse que l'on cherchera toujours à produire sur nos luttes par l'essentialisation et la diffamation, j'ai eu un mauvais réflexe : j'ai signifié à Aina que quelque part, il tendait bien plus qu'un drapeau, mais un bâton pour nous faire battre.

Au final, j'ai eu tort, j'aurais dû rester égal à moi-même et m'en foutre. Mais dix années à supporter la connerie ambiante, cela vous marque au fer rouge jusqu'à vous rendre inutilement prudent. Et quand on commence à tergiverser avec ses propres considérations éthiques sur la Démocratie, l'on se perd. 

Sur un tout autre sujet, mais pas si éloigné finalement, à de nombreuses reprises ces derniers jours, je me suis laissé entendre dire par certains commentateurs sur Internet, que "je suis incapable de fédérer". Et il est vrai que je suis moi-même enragé contre l'ultra gauche que je considère séditieuse et totalement dans la main des puissants. Je ne manque jamais de provoquer ceux qui s'en réclament, de même que je me montre très irascible avec les cons. Ces derniers étant ces idiots qui outre le fait qu'ils soient peu éduqués et encore moins raffinés dans leurs raisonnements intellectuels, se permettent en outre d'être malveillants. Je ne les aime pas, que voulez-vous, je n'y peux rien. J'ai beaucoup plus d'affinité pour les gens calmes, ouverts d'esprit, et qui placent les idées sur le grill d'un débat, plutôt que leurs messagers. J'aime les gens respectueux. Je ne supporte pas les sectaires, les religieux de tous poils, les partisans zélés, ainsi que les aboyeurs qui appellent aux violences et au désordre. Alors effectivement, fédérer ces gens là, je m'en sens bien incapable, et pire encore, leur haine m'indiffère quand elle n'est pas source de mon propre contentement. 

Mais il faut dire que celles et ceux qui versent volontiers dans l'éloge, créent aussi en moi un sentiment de gêne. Bien sûr, j'ai fini par apprendre à m'y accoutumer, et à remercier poliment. Mais j'ai toujours l'impression détestable que l'on m'apprécie trop ou que l'on me déteste, on passe à côté de l'essentiel : ce que je dis. Si seul le bon sens guidait la réflexion populaire, alors on attacherait bien peu d'importance à ma personne, mais on relèverait que la stratégie de combat que je défends depuis plusieurs années, est logique et même valable à expérimenter. Pas plus tard que durant notre dernier rassemblement, une dame d'origine Roumaine m'expliquait que la Révolution de 1989 qui avait entraîné la chute de Ceausescu, avait débuté par une prise de contrôle de la chaine de télévision publique nationale. Ce n'est donc pas comme si je défendais une idée singulière et bizarre. Mes propositions n'ont strictement rien d'original. Elles répondent d'une certaine logique opérationnelle pour des insurgés qui veulent renverser leur Tyrannie et reprendre le contrôle sur leur pays. Mais il parait que je dois fédérer pour drainer plus de monde autour de moi. A aucun moment, les commentateurs qui me font de telles suggestions, ne viendraient eux-mêmes aux rassemblements que j'organise, ou interpelleraient des intellectuels et notoriétés politiques pour les inviter à donner de la visibilité à nos initiatives. A mon sens, là est le cœur du problème. Je n'ai pas l'intention de me constituer une image sympathique et de communiquer constamment et sous les meilleurs formes, pour mieux fédérer autour de ma personne. L'affection de mes proches, l'amour d'une femme, d'une famille que je pourrais me constituer, voila qui me suffirait pour satisfaire à un vague désir de bien-être social et de reconnaissance. Et quand bien même je souhaiterais laisser de moi une empreinte plus marquante dans la petite comme dans la grande Histoire, il m'est bien inutile de jouer pour cela de ruses de politiciens. Je suis un homme qui écrit volontiers ma pensée. C'est donc gravé dans le marbre pour les siècles à venir, indépendamment que mes réflexions sur la démocratie ou la révolution, puissent trouver de mon vivant ou même après ma mort,  un large public pour s'y intéresser. A vrai dire, cela aussi je m'en fous. Je sais juste que c'est posé là, voila tout. 

Je veux rester cet homme qui s'indigne, s'énerve contre les cons, les vilipende et les provoque en espérant peut-être les faire réfléchir un peu. Pour rien au monde je ne souhaite être un grand fédérateur mesurant chacun de ses propos afin ne pas heurter les puristes d'une quelconque idéologie. Je ne veux pas passer de la pommade aux imbéciles qui s'effarouchent d'un mot trop subversif à leurs yeux, ni me montrer aimable avec les petits chatons qui se prennent pour des tigres. Je suis démocrate, c'est certain. J'accepte l'idée de perdre en démocratie. J'accepte qu'il y ait autour de moi des gens avec lesquels je ne partage aucune conviction commune. Mais vis-à-vis des hystériques de la bien-pensance et des fascisants de tous poils, je refuse de courber l'échine. Quitte à ne pas être ce grand fédérateur que tant de Français espèrent voir apparaître un jour. J'exige la tolérance et le respect. C'est ainsi que j'en donne en retour, assurément. Même le pire des gauchistes peut être certain que je le traiterais avec tous les égards et toutes les formes de politesse, s'il concède que mon opinion autant que ma personne ont le droit d'exister pour que nous puissions faire un Monde. On ne sera jamais d'accord, c'est certain, mais dès lors que l'on me traite avec respect et que nos querelles restent sanctuarisées aux idéaux, et non pas sur ce que je suis humainement, alors je suis sincèrement l'être le plus doux et affable du monde. Ceux qui me connaissent bien le savent.  Dans ce cas, qui fédérer  exactement ? Parlons-nous des cons du quotidien ? Parlons-nous des idéologues ? Parlons-nous des têtes brûlées qui appellent constamment à se confronter à la maréchaussée, cela sans mesurer qu'ils sont en cela les idiots utiles de notre oligarchie ? C'est donc ces gens qu'il s'agirait de fédérer ?

Eh bien que l'on me pardonne, mais je n'y consens pas. Je crois qu'il y a suffisamment de monde en France qui tienne à ce que nous allions au bout de cette Révolution, en misant sur le bon sens, la tolérance et le rejet de tous les comportements réellement fascistes de certains. Sans doute ma quête est l'odyssée de toute une vie, et peut-être même que je n'en verrais pas l'issue. Mais je compte rester intègre. Se trouver est un long chemin de croix. Il y a un âge où les courbettes n'ont plus d'intérêt que pour les politiciens mignons qui espèrent rassembler autour d'eux. Et je suis le pire des politiciens que l'on puisse trouver : je ne dispose d'aucune capacité à l'auto-censure, je n'ai dans mon répertoire aucun slogan ou élément de langage à distribuer, ni de capacité à donner à chacun un petit mot qui puisse faire plaisir. Je suis un Homme forgé par la rue, la misère et la Révolution. Je vais donc continuer d'en chagriner beaucoup je le crains. Car mon "plan com" reste imperturbablement le même : rester moi. Continuer d'expliquer et organiser l'insurrection là où elle a lieu d'être, ne jamais me prostituer intellectuellement pour satisfaire d'improbables besoins narcissiques, rester un bon connard irascible avec les cons du quotidien et un type bienveillant et respectueux, avec toutes celles et ceux qui me témoignent du même respect. C'est peut-être pas très fédérateur, mais c'est moi. Et c'est ce qui compte.

L'Unité, c'est le respect.















vendredi 6 mars 2020

La Raison d'Etat

Elle est ce qui s'oppose le plus à la Démocratie, sans pour autant être incarnée par elle-même. Quoi qu'elle suppose toujours des responsables politiques pour endosser toute sa charge. Car au nom de cette dernière, l’État peut ordonner la mort, l'expropriation, la réquisition et faire taire toutes les velléités populaires, même les plus légitimes. La Raison d’État sera toujours l'ultime limite des constituants les plus purs, car au nom de la Démocratie, nous serions prêts à concourir à son renoncement pour des causes et intérêts particuliers.

Et pourtant elle existe, cela indépendamment que notre représentation nationale soit constituée de rares Hommes d’État, ou le plus souvent de larbins serviles de tous les intérêts mercantiles ou étrangers. Les Hommes d’État justement, quels sont-ils ? C'est rarement leur défaut d'autorité qu'on remet en question, leurs premiers contestataires sont tous ceux qui précisément, n'aimeront pas leur autorité ou auront réellement eu à subir l'arbitraire de leurs décisions. Et pourtant, un tyran comme un Homme d’État feront tous deux usage de leur impérium, et nous devons concéder y faire une distinction. De Gaulle n'était ni Staline ni Hitler dans sa façon de gouverner notre propre pays. La réalité est que nous lui reconnaissons des erreurs, des manquements, parfois des abus, mais nous lui attribuons un certain pragmatisme, et une volonté de servir l'intérêt général, c'est à dire celui du plus grand nombre, c'est à dire celui du peuple.

Certes il avait de la vision. Il a permis à l’État de se doter d'armes et de centrales nucléaires, de grands barrages ont été construits, de la même façon que nous avons développé Ariane en toute indépendance. Il nous a rendu plus puissants parce qu'une grande part de notre industrie et de notre ingénierie était publique sous son égide. Les autres après lui ont grignoté cette puissance au profit d'intérêts capitalistiques, même si le génie français demeure et c'est d'ailleurs ce qui nous sauvera. Nous avons donc en De Gaulle, l'exemple d'un Homme d’État. Il n'était pas Superman. Il était très loin d'être Monsieur Parfait, mais son autorité nous a pour le coup été utile, car il s'est montré autant que possible juste dans ses décisions, et toujours dans l'intérêt supérieur de la nation. Si il fallut des morts pour terminer des conflits hors de nos frontières, les guerres se devaient d'être courtes et résolues politiquement autant que faire se peut. Les accords d'Evian sont bien la conclusion de la guerre d'Algérie. Des accords qui lui ont valu les reproches de ceux-là même qui l'avaient propulsé au pouvoir en 1958. Il fallait minimiser le sang versé, régler la question politique, même douloureusement, mais se concentrer sur le développement économique de la métropole désormais. Et il était difficile de ne pas reconnaître aux Algériens que leur volonté d'indépendance était légitime, dès lors qu'on se veut le garant de l'auto-détermination des peuples. Ceux-là même qui dans certaines circonstances historiques, et tout à fait démocratiquement, imposent leur volonté générale pour défendre la Raison d’État. Les révolutions et les guerres de défense nationale, sont de ce ressort. Mais aussi la reconstruction d'un pays. On concède volontiers un Sacrifice sur sa sueur et son temps, s'il s'agit de rétablir à la force des bras et des jambes un service public perdu.

La Raison d’État est la sommes d'arguments explicitant que du bien être de son voisin, même éloigné, dépend un peu le sien. Elle suppose un lien bien compris, une capacité à faire une concession de Soi pour le bien-public. L'Homme d’État est rarement affecté directement par ses décisions, mais les plus lourdes restent sur sa conscience au nom de Tous. Il devra faire peser sur ses épaules la colère légitime d'une poignée de ses compatriotes ou autres individus de par le Monde. Mais cela au profit du plus grand nombre. Le plus grand nombre étant la somme de ces ingrats soumis à toutes les passions, qui seraient prêts à céder la France par pans entiers, si cela pouvait s'éviter des reproches sur sa bonne moralité. Car les grandes valeurs peuvent souvent entrer en conflit avec la Raison d’État, tout comme les intérêts d'un petit nombre de citoyens sur lesquels elle règne. Un barrage hydro-électrique suppose par exemple d'inonder une vallée toute entière, pour que des villes et villages déjà bien éloignés de l'infrastructure, bénéficient de l'énergie qu'il produit. Les personnes qui sont expropriées de la Vallée, quand bien même gratifiées d'une juste indemnisation et de toutes les aides à la réinstallation, peuvent malgré tout être attachées à leur terre, à leur maison familiale... Elles se moquent éperdument des questions d'argent . Ces gens résistent en répondant des sentiments les plus légitimes, et sur lesquels l’État se confronte pour réaliser ses œuvres de Bien Commun. Notre empathie, notre conscience, nos plus nobles sentiments nous poussent à prendre le parti de ces citoyens qui ne veulent pour rien au monde quitter leur maison. La nécessité d’État, le Bien Commun, en l’occurrence, ils n'en plus rien à foutre, et qui peut vraiment les en blâmer ? Ils ne consentent pas à un sacrifice, car même si une part de leur famille peut bénéficier dans la grande ville à 100 Kms de là, d'une sécurité énergétique grâce à ce barrage, c'est tout de même leurs intérêts premiers qui sont menacés !

Et voila d'où émerge cette foutue tendance à nous soumettre à un maître, cette disposition que les philosophes et les anarchistes méditent depuis tant d'années : endosser sur sa conscience une responsabilité de trancher, de décider, de léser un cas particulier au profit de la communauté, c'est une réelle charge mentale contre nos valeurs ou même vis-à-vis de notre manque d'expertise sur le projet litigieux. Et pourtant, notre Raison Critique, nous laisse à penser que bon dieu, soyons honnêtes, ce foutu barrage est nécessaire ! De même que prendre un fusil si une menace létale survient.. Si un quelconque étranger en arme rôde et veut s'en prendre à sa famille, son quartier ou son pays, s'il faut le tuer ce sera bien parce que l'état de nécessité le commandait. C'est une Légitime Défense étendue à tous les siens. Le sacrifice est accepté, au nom même d'un sentiment de solidarité, autant que parce que la Raison d’État l'exige. De la même façon, le collabo français d'une armée occupante, celui qui complote avec l'ennemi contre notre propre peuple : qui sera chagriné s'il est découvert, qu'on le pende haut et court ? C'est vrai, sa famille, ses proches, ses enfants, ceux qui malgré tout l'aimaient nous trouveront trop sévères, à commencer pour eux-mêmes. Mais nous, notre colère, notre volonté de survivre et de ne rien céder à cette armée occupante, elle refuse toute trahison de l'un des nôtres. Les risques, chacun fait avec sa conscience et ses moyens, et tout le monde ne les prendra pas, nous le savons depuis la dernière guerre. Mais trahir, hors de question ! Les guerres et les pénuries nous permettent de ressentir la nécessité publique comme intriquée à nos propres vies. Nous sommes impliqués. Si le péril est prégnant, nous comprenons alors cet État qui exproprie, réquisitionne, ordonne, organise pour acheminer l'eau, les denrées, les médicaments et l'énergie jusqu'à soi autant que vers des milliers d'autres. Ces autres Français que pourtant vous ne connaissez pas. Au sortir d'une guerre, on répare, on reconstruit, nous développons des nouvelles infrastructures pour répondre aux besoins les plus urgents. Et le pauv'gars qui résiste dans sa vallée, là-bas, bah y a pas grand monde pour le soutenir avec son histoire de barrage. On le comprend, on est peiné pour lui, mais nous sommes pratiquement tous des femmes et hommes d’État sur le moment. Il n'est pas question ici d'arbitrer des décisions douloureuses en temps de paix pour l'avenir, mais bien de répondre à des besoins collectifs pressants.

Opposez maintenant la Démocratie à la Raison d’État en temps de paix : C'est le peuple tout entier qui doit trancher par référendum l'expropriation d'une infime partie de lui-même. On remet à la nation toute entière cette responsabilité, alors qu'il lui est difficile de constater un manque, une pénurie, une difficulté pour le moment présent. "On nous parle d'avenir, mais tout va très bien comme ça pour le moment, mon bon M'sieur, pourquoi embêter ces gens" ? Ainsi les Hommes d’État peuvent soulager leur conscience à l'abri des reproches en tant de guerre, mais certainement pas en temps de paix. Or l'Homme d’État, plus encore lorsque l'essentiel du bien être matériel et social d'une population est acquis, doit non seulement être capable de prendre à sa charge les reproches qu'on ne lui ferait jamais en temps de guerre, mais ses décisions, outre satisfaire au Bien Commun, devront engager pour l'avenir. Un minimum de vision politique et de sens de l’État, c'est tout de même mieux pour qu'un pays se développe sereinement. Ses rares soutiens à une période où réformer, décider, ordonner devient autrement plus complexe, cèderont eux-mêmes aux caprices du peuple, si les sacrifices consentis ne répondent d'aucune vision politique sérieuse. D'autant que ce n'est pas la fin de l'Histoire, et les périls de toutes sortes continueront à exister à l'égal de notre quête de progrès humain, scientifique et technologique. Il faut donc investir, décider des meilleurs chemins, puis organiser et exproprier si nécessaire. Sauf que là, tout va bien encore une fois, on se fout des lendemains, et on peut toujours déplacer le superbe et couteux projet industriel utile à la nation au village situé deux cent kilomètres du sien grâce à la Démocratie Locale. Et ce bourg quelques centaines de kilomètres plus loin, ne sera pas plus enchanté de constater que des bulldozers viennent terrasser une partie de leur territoire. Alors on résiste dans son coin pour empêcher ce projet d’État, on agglomère les passions et les bons sentiments autour de soi, et la Démocratie peut alors s'opposer aisément à la nécessité publique. Elle peut s'opposer à un sacrifice d'un petit nombre contre un projet qui porte sur l'avenir. Cela parce que la responsabilité de nos destinées à tous est une charge mentale bien trop conséquente pour nous. Cela même si elle est partagée par une majorité. La bonne idée étant donc de refiler la patate chaude à un seul ou un tout petit nombre. Hypocritement, nous condamnerons de concert ses décisions les plus difficiles, au fond de nous, nous serons ravis que le chantier commence.

Aussi, la vraie question lorsque nous sommes rigoureux intellectuellement à propos de la Démocratie, c'est de la méditer au-delà des règles et procédures qu'elle se donne. Il faut penser le Peuple, il faut penser l’État, il faut accepter les contradictions irréconciliables, il faut envisager la paix civile et sociale instaurée, et accepter les nécessités d'une génération future qui sera peut-être trop embourgeoisée pour comprendre les sacrifices auxquels nous aurons nous-même consentis. Après tout, nous savons intuitivement que la quête de Démocratie et de développement écologique de la France, imposera sans doute des renoncements et des dons de soi, comme nous le faisons déjà pour partie d'entre nous, en étant de toutes les manifestations possibles.

Notre Bourgeoisie actuelle est responsable du déclin de la France, elle cultive ses passions dans le renoncement national et le goût des causes particulières. Elle est même prosélyte lorsqu'il s'agit de nous dégueuler ses grandes "valeurs", mais en attendant, on se désindustrialise, on se précarise et on érode nos sols. Et on a même plus notre mot à dire, Bruxelles est hostile aux Référendums et c'est elle qui gouverne la France. Il va donc de soi que dès lors que nous aurons repris nos billes de Souveraineté, on acceptera bien plus volontiers que les plus absolutistes démocrates ne peuvent l'imaginer, une dictature éclairée pour remettre au travail la France, et cela avec une vision à cinquante ans.

Voila  donc ce qui, il me le semble, doit être médité. La Démocratie, la Politique de façon générale, c'est de la substance humaine. Pleine de pathos, d'émotions et de bons sentiments. Et la Raison d’État, nous sommes capables d'en percevoir les nécessités objectives, mais nous sommes aussi capables à son renoncement par embourgeoisement. Je suis prêt à croire que la Constitution idéale existe. Mais elle doit dans ce cas, au-delà des valeurs et principes dont elle se réclame, et bien au-delà encore de ce qu'elle organise, comprendre l'Humain comme la Raison d’État. Nous sommes des êtres de chair et d'émotions. Ces dernières sous-tendent nos sentiments. Ils peuvent être trompeurs pour l'avenir, et la bourgeoisie sait entretenir ses duperies autant qu'elle s'en donne les moyens. Elle pourrait obtenir des décisions publiques contre la Raison d’État. Il y a des solutions constitutionnelles, mais là n'est pas l'objet de cet article. Il est plutôt une interrogation aux citoyens constituants les plus "purs" dans leurs aspirations démocratiques, s'ils ont commencé à méditer la question.

Et observant leur rejet de l'appareil exécutif de l’État pour partie d'entre eux, je crains que leur idéal constitutionnel n'ait aucune capacité à se confronter au réel sur le temps long et se sanctuariser, car la Raison d’État et la nécessité des grands Hommes pour y répondre, sera toujours là pour s'affranchir des règles. Une bonne constitution doit être capable de durer dans le temps, et équilibrer correctement les pouvoirs. Non en abolir certains. Un bon pouvoir qu'il soit populaire, exécutif, judiciaire ou parlementaire, est un pouvoir fort. Leur auto-contrôle mutuel est l'équilibre. Le dictateur ou plus simplement le Ministre sous l'arbitrage d'un chef d’État, peut honorer son engagement qui supposera quelques sacrifices. Mais si les conséquences positives pour le Bien Commun ne sont pas constatées dans les temps impartis, le peuple serait légitimement en droit de révoquer ses responsables politiques. De même que la loi peut être obsolescente. Ce qui impose donc à son rapporteur et au législateur en général, de rendre compte au bout d'un certain nombre d'années, de ses effets constatés. On peut alors amender, abroger ou maintenir, mais la décision votée doit être assumée. Car nous savons pouvoir revenir dessus aisément, sans pourtant céder aux passions de quelques groupuscules aux réflexes tribaux.

Ainsi, un membre du pouvoir exécutif, sauf évidemment si ce dernier commet un crime contre l’État, doit pouvoir gouverner, décider, organiser et assumer ses actes le cas échéant. Mais cela parce que le pouvoir judiciaire doit être fort, comme le pouvoir révocatoire du peuple doit l'être tout autant, mais à bon escient. 

La Raison d’État l'exige...











mercredi 4 mars 2020

Sylvain Nisole, Camarade de route

C'est lorsque ceux que l'on aime disparaissent, que l'on ressent le besoin de leur adresser un hommage. Ce qu'ils ne peuvent entendre de là où ils sont. Aussi, parce qu'un ami, un camarade de lutte, autant qu'un de ces illustres résistants qu'un très petit nombre de Français ont le privilège de connaître ; souffre actuellement d'un mal qui pourrait bien l'emporter, je ressens le besoin de témoigner à son propos, tout ce qui mérite d'être dit.  Non pas dans l'appréhension qu'il nous quitte précocement, mais dans l'espoir que cela puisse lui redonner un peu de force pour continuer à se battre.

En 2016, je lançais un appel sur les réseaux sociaux à ceux qui le voulaient bien, à me rejoindre sur une marche citoyenne que je comptais entamer depuis Clermont-Ferrand jusqu'à Paris. Un seul homme y répondit, je ne le connaissais pas du tout à l'époque. Nous nous retrouvâmes dans le centre-ville qu'avait autrefois foulé un certain Vercingetorix, et Sylvain, m'expliqua qu'il était venu de Dordogne en alternant l'auto-stop et la marche à pied.

Notre objectif était de récolter les témoignages des simples Français que nous croiserions sur notre route, pour nous faire une idée de leur niveau de culture politique et de leurs opinions sur ce point. Sur plus de 500 km, nous allons tous deux fouler les chemins de France, et nous répéterons la même initiative deux ans plus tard depuis la ville de Bordeaux, mais à vélo cette fois-ci. L'occasion pour nous de converser longuement.

Sylvain Nisole avait 56 ans lorsque je l'ai rencontré. Il avait une patte folle après avoir été renversé par une voiture et des broches pour tenir son pied. Il avait appris à boiter de telle façon à ce que l'on ne se rende pas compte de son handicap. Ce n'était pas le seul du reste : des morceaux de son bras et de son épaule gauche étaient pour ainsi dire manquants, et eux aussi réparés avec des broches. Il s'était aussi déjà bagarré contre un cancer plus tôt dans sa vie. Moi, jeune fringuant trentenaire sans handicap particulier, je faisais pourtant pâle figure à ses côtés. Sylvain sur chacune de nos entreprises militantes, a toujours été extrêmement endurant et enthousiaste dans l'effort. Bien que moins corpulent que moi, et malgré ses handicaps, il était pourtant capable de supporter à pied ou à vélo, des charges bien plus lourdes que je n'aurais pu porter. D'emblée, cet homme éteint en vous toute velléité de vous plaindre face à l'effort ou sur vos petites douleurs quotidiennes. Et pourtant, jamais il ne vous jugerait avec dureté si vous aviez l'audace de le faire. Parce que Sylvain est un homme bon et attentif aux gens qui l'entourent.

Avec Sylvain, il est très difficile de s'engueuler. Toujours souriant, calme, affable et plein de sagesse, on peut toujours tenter de le provoquer un peu, il répondra avec sourire et philosophie. Et pourtant, une partie de sa famille n'a jamais été tendre avec lui et lui a fait subir nombre de contrariétés. Cela a sans doute façonné une part de son caractère et en partie sa trajectoire de vie. Très tôt, il a pris la route. Il a aimé plusieurs femmes, et a pu se constituer une famille. Il a perdu aussi des gens qu'il aimait. Ses souvenirs militaires ou lorsqu'il était chiffonnier étaient toujours truffés d'anecdotes qui témoignaient de son goût des gens. Sur un terrain familial, il a bâti seul sa cabane que le maire de sa commune a souhaité faire détruire. Au bord du ruisseau jouxtant sa parcelle, des moutons et des chèvres ont toujours vécu paisiblement. Il aurait aimé se constituer un petit élevage de volailles, et j'espère qu'il recouvrera la santé pour pouvoir aboutir dans ses projets de vie qui sont simples et en harmonie avec la nature et les Hommes. Car il a accueilli sur son terrain des âmes brisées pour leur laisser le temps de se reconstruire. Sylvain est réellement un homme généreux et bienveillant.

Il est aussi un anarchiste revendiqué. Il jouit d'une véritable conscience politique et d'un très bon bagage culturel quand bien même il m'a souvent dit que j'avais plus de connaissances que lui en tête et une meilleure façon de m'exprimer sur ces sujets. Pourtant, de sa voix rocailleuse, il exprime parfaitement sa logique de pensée, et est très au fait de toute l'intelligentsia politique existante en France. Il est aussi très doué pour faire parler les gens, autant qu'il est un excellent médiateur pour apaiser les conflits. Sa loyauté en amitié a aussi de quoi vous désarçonner quand vous doutez de vous. Durant notre première odyssée à travers la France, une partie de l'équipe qui nous aidait à distance sur les questions de post-production et de logistique, avait décidé de se liguer contre ma personne. Ils me reprochaient un excès de visibilité et sans doute quelques aspects de mon caractère. Je décidais de ne plus assurer les directs où nous faisions presque chaque soir un état des lieux de notre marche et de nos rencontres, laissant à Sylvain le soin de se livrer seul à cet exercice. Cela afin de faire cesser les reproches sur ma "visibilité". Durant plusieurs jours, j'essayais de supporter ces critiques quotidiennes et ne pas m'en émouvoir. Un soir, je cédais cependant à la colère et fis comprendre aux protagonistes de cette cabale que l'on se débrouillerait sans eux. Ils me pensaient autoritaires, et pour le coup, je fus obligé de faire preuve d'autorité pour que le reste de notre marche se poursuive plus sereinement. J'en étais affecté et me remettais d'autant plus en question. Et Sylvain a toujours entendu à mon sujet des procès d'intention de la part de gens qui ne me connaissaient pas, mais me reprochaient mes pensées politiques, mon propre état d'esprit, ma façon d'être. Il aurait très bien pu se ranger du côté de ceux qui prenaient plaisir à faire de moi un croquemitaine, il ne l'a jamais fait. Bien au contraire, il m'a toujours soutenu, rassuré dans mes propres doutes, et tenté d'apaiser les tensions dont j'étais la source bien malgré moi.

Un ami qui vous renouvelle sa confiance dans ces moments là, c'est précieux. Et Sylvain est de ceux-là. Pour cet homme, l'Anarchie ne signifie en rien une idéologie nihiliste. Au cœur de sa propre philosophie, le point de départ est le respect de la diversité d'opinions, y compris celles qui lui déplaisent. Il faut de tout pour faire un monde, et Sylvain considère que c'est un pilier en démocratie. Évidemment, il voudrait que l'on relocalise au plus près des gens, la possibilité pour ces derniers de s'organiser, satisfaire à leurs besoins économiques et échanger. Il croit fermement aux principes d'auto-gestion des communes, et considère que l’État ne doit pas être une entrave au développement des initiatives, ni imposer un ordre moral particulier à respecter. Il milite clairement pour que l'on institue en France la Démocratie, soit le pouvoir pour les citoyens de légiférer et voter les lois directement, mais aussi de disposer du plein contrôle de leur représentation. Il ne nie pas la nécessité de cette dernière, ni ne veut abolir la France et ses institutions (encore que certaines méritent bel et bien discussion), mais que l’État soit gouverné par le peuple et pour le peuple.

Et je puis vous assurer que lorsque certains prétendus anarchistes vous parlent constamment de tout démolir, restent doctrinaires voire religieux sur des questions de représentation politique, qui pourtant est nécessaire à notre organisation et à notre interaction avec les États tiers, le bon sens de Sylvain et sa vision de l'anarchie si souple et en phase avec les réalités d'un aussi vieux pays que le notre, c'est salvateur pour l'Anarchie elle-même. Heureusement, il n'est pas le seul anar que je connaisse avec de telles dispositions d'esprit, et c'est grâce à lui et bien d'autres, que je ne suis pas devenu totalement réfractaire à cette philosophie politique.

Sylvain de son propre aveu, n'a pas toujours été un compagnon ou un père parfait. Mais qui peut réellement le prétendre ? Ce qui est certain, c'est que la remise en question et la volonté de toujours améliorer ce qu'il est, a toujours été sa façon d'avancer. Là où d'autres se refusent à évoluer, à se faire violence, lui s'est toujours imposé ce chemin de croix spirituel.

Aujourd'hui, alors qu'un mauvais cancer le malmène, je voudrais réellement que tout l'univers conspire à sa guérison. Des camarades comme lui se comptent sur les doigts d'une main. Des êtres de sa qualité sont rares à plus forte raison lorsque face à l'adversité, lui reste digne, combatif et toujours engagé dans ses entreprises militantes. C'est un homme aimé par ceux qui le connaissent bien, qui a un réel vécu à partager, et une force mentale contagieuse.

Aussi, j'espère que ce billet sera l'occasion pour lui d'obtenir des témoignages de soutien, un peu d'affection même à distance, et un vœu partagé même pour ceux qui ne le connaissent pas, à ce qu'il reprenne des forces, et continue pour de longues années à être présent au cœur de nos luttes.

Avec toute mon amitié et mon immense respect pour un très grand Homme,

Sylvain

Quelques liens :
 
Reportage du Cercle des Volontaires sur la dernière journée de marche de Sylvain et moi-même, au devant des grands médias parisiens. :
 

Rétrospective de Sylvain sur la seconde marche (à vélo) que nous avons entreprise :



Citoyens Debout, Sylvain en action :


dimanche 1 mars 2020

Le Procès du Peuple

Je voudrais savoir au nom de quelle impérieuse morale ou indiscutable vérité, il soit défendu de considérer que le peuple puisse être con ? Plus encore, j'aimerais que l'on me prouve que nourrir une telle opinion justifierait notre absence de considération pour ce même peuple, voire notre ardent refus quant à servir sa cause et à le défendre face aux puissants qui le malmènent ?

J'ai en effet remarqué lors de quelques joutes intellectuelles que je cédais plus que de raison à des précautions de forme lorsque je ressentais le besoin d'exulter un peu de colère face à la bêtise populaire. Bien sûr l'adage est connu et n'est pas totalement dépourvu de sagesse : nous sommes toujours le con de quelqu'un d'autre. Je ne fais donc pas exception à la règle et d'ailleurs bien des gens pourraient témoigner que je suis réellement un sale con, un être buté qui n'écoute que lui-même. Reconnaissant cette accusation à mon endroit comme étant fondée et acceptant que cela puisse porter atteinte à la sympathie qu'il est paraît-il bon de susciter, je pense pouvoir désormais faire le procès du peuple, en ayant donné les gages à la défense, que je n'ignore pas participer de cette bêtise collective.

Alors commençons par la preuve la plus manifeste de notre idiotie partagée :

Cela fait des siècles et cela malgré notre multitude face à un petit nombre d’oppresseurs, que nous acceptons docilement notre asservissement. C'est à n'y rien comprendre ! Oh bien sûr, il y a toujours eu quelques empêcheurs de tourner en rond qui résistaient autant qu'ils appelaient à nous soulever. Mais ce sont rarement ces derniers qui furent à l'origine des révolutions. Pour dire vrai, il y a des périodes de l'Histoire, où la multitude fatiguée de concéder trop de son bien-être alimentaire et social, se soulève, prête à en découdre avec les puissants. C'est alors qu'elle constate son impuissance, revient dans ses chaumières, vexée de n'avoir rien obtenu et jurant qu'on ne l'y reprendrait plus. Alors quoi ? Résister c'est perdre ? C'est s'exposer aux blessures et aux privations ? Tout cela pour ne rien obtenir ? Mais pourtant ce pavé jeté sur un policier aurait dû suffire à faire entendre nos revendications ? Oui je sais qu'il y a quelques marginaux qui appellent depuis longtemps à la Révolution. Moi je suis sorti dans la rue, car tout coûte désormais trop cher. Quoi, cet exalté veut renverser le tyran comme le capitalisme ? Au fou ! Je ne suis là que pour négocier une petite réduc sur ma servitude mon bon monsieur ! Pourquoi ne faudrait-il pas discuter avec le tyran ?

Ce qui m'amène à la seconde preuve de la bêtise du peuple :

Lorsqu'il se révolte, il se refuse à pour le moins se mettre en situation de gagner !

La dimension tactique, politique, stratégique, qu'est-ce qu'il s'en fout bien le peuple ! Regardez ces masses de braves gens descendre dans les rues, gueuler leur colère, subir la répression féroce de la tyrannie en exercice, puis abandonner Paris et les grandes villes au silence de la nuit. Pas un bâtiment officiel n'aura été occupé ! Pas un seul régiment ne sera visité du peuple pour en appeler aux armées ! Le parlement et les médias seront scrupuleusement évités ! Et les quelques-uns qui appelleront à de telles initiatives, subiront les quolibets ou pour le moins l'ignorance du plus grand nombre. Car le grand nombre se moque de savoir ce qui mérite d'être occupé pour déstabiliser le pouvoir. Le grand nombre veut juste s'assurer de se réunir là où le grand nombre est. On organiserait une très grande manifestation au milieu d'un champ, le grand nombre, docilement s'y présenterait. Ainsi donc, durant ces grandes crises sociales et politiques, il se trouve des idiots ou des collabos s'exprimant un peu mieux que d'autres, qui appellent les foules à converger là où le gouvernement n'est pas. On leur fait confiance sans trop se poser de questions... Ecoutez comme ce tribun de la plèbe, cet avocat ou cet oligarque repenti parle si bien ! Nous refusons toutes les formes de chefferies, mais ces gens là, comprenez, ça n'est pas pareil ! Ils sont de toutes les manifestations, et ils parlent si bien ! Comment osez-vous les critiquer, remettre en question leur loyauté, leur intelligence ? Allez donc au diable ! 

Et voila pourquoi les révolutions consistent en un rapport de force par avance perdu entre des masses de civils désorganisés, et une police formée au maintien de l'ordre, bien équipée, armée et en nombre. Mais jamais un rapport de force entre le peuple et son oligarchie plus directement. Nous pourrions convenir que la tactique n'a plus de grande importance lorsque le peuple tout entier vient déborder la maréchaussée. Mais nous tenons ici une autre preuve que le peuple est con : alors qu'une part signifiante de lui-même se décide enfin à se soulever, l'écrasante majorité se contrefiche totalement de la Révolution entamée et ne la soutiendra jamais.

Car les candides et les hypocrites pourront toujours mystifier le peuple et sa grandeur, la réalité est que celui-ci est désintéressé de tout. Chacun se contente de peu, c'est à dire du pain et des jeux à même de distraire un esprit que l'on voudra maintenir idiot. Réfléchir, apprendre, s'instruire, c'est se faire du mal. S'intéresser à la chose politique, aux malheurs du monde, à sa propre condition sociale, c'est s'imposer des efforts cérébraux tout à fait inutiles. Et pour peu que son frère, sa propre mère, son ami ou son épouse se décide à embrasser la cause révolutionnaire, voila bien du soucis que ces derniers nous causeront. C'est presque une trahison à son désir de quiétude. Alors quoi ? Il nous faudrait nous aussi nous révolter ? Il nous faudrait nous aussi comprendre et nous intéresser ? Cela alors qu'il y a tant de frivolités sur lesquelles s'assoupir ? Et si cela ne peut suffire à un quelconque découragement, n'y a t'il pas des responsabilités professionnelles et familiales, à tenir ? Non ô grand dieu non, pourquoi diable faudrait-il se mêler de Révolution ? Chérie, passe-moi donc ton corps, le sel et le programme TV, que je sache avec quoi je vais m'abrutir ce soir.

Je viens de le dire et reste ferme sur la question : le peuple est con. Une très grande part de celui-ci voit en l'instruction personnelle, toutes les sources de sa propre fatigue mentale. J'entends d'ici la défense me faire parvenir ses objections :

Allons, que ne suis pas de mauvaise foi ! L'on sait que les puissants veillent à notre abrutissement ! Réduisons le niveau de culture générale, assurons-nous que seul un petit nombre connaisse les lois, ne rendons pas la philosophie et les sciences économiques trop accessibles aux futurs citoyens en devenir. Et que la réflexion, l'étude, la lecture, soit considérées comme punitives, ainsi nous soumettrons bien mieux le peuple. Divisons-les très chers ! Et faisons leur goûter à toutes les passions ! Matraquons-leur les idées qui nous sont favorables, et assurons-nous que tout sentiment d'unité leur soit étranger ! Individualisons, communautarisons, sacralisons l'insignifiance de leur propre vie, et rappelons-leur la consigne : consomme, achète, sois dans le vent, nous te montrerons la tendance ! Tu payeras très cher ton uniformisation, mais tu seras socialement acceptable et peut-être même désirable ! Tu es l'individu roi et vide, un clone portant l'uniforme qui sera déjà obsolète dans sa taille et ses couleurs dès l'automne prochain. Mais rassure-toi, les soldes arrivent pour que tu puisses accéder à notre nouvelle collection. Non, pose ce livre, il te détourne l'esprit, regarde donc cet écran de couleur ! Il y a de la violence, du sexe et des bons sentiments. Regarde encore, c'est bien, te voila distrait, nous allons pouvoir rendre malléable ton cerveau pour exciter chacun des neurotransmetteurs éveillant ton désir, tu voudras bientôt un verre de notre meilleur soda ! Tu considèreras cette auto à même de valoriser ton statut social. On veillera même à te donner l'envie de t'endetter pour t'accaparer ta dose de conformité. Repose ce livre je t'ai dis, écoute-nous, regarde-nous, obéis-nous !

Assez !

Quel est le propre de l'Homme, si ce n'est de pouvoir s'affranchir par lui-même de tous ses conditionnements naturels et culturels ? Notre Liberté ne tient-elle pas de notre pouvoir de leur dire non ? De chercher la beauté du monde et l'ivresse de la Vie, loin de leurs promesses matérielles et plus encore de la conformité sociale ? Ne naissons-nous pas pour jouir des immensités philosophiques et naturelles ? Ne prenons-nous pas plaisir à méditer l'existence de Dieu devant un feu qui crépite sous un firmament qui se rit de nos questions ? N'est-ce pas le son de la guitare de l'ami qui nous donne envie de chanter ? Et ce tambour qui palpite ces rythmes lancinants, n'est-il pas une invitation à danser ? Regarde-le, regarde-là, vous êtes beaux tous les deux, et vos yeux brillent, cela se voit. N'est-ce pas votre baiser échangé qui est la réelle ode à la Vie ? N'est-ce pas là votre plus grand vertige ? Est-ce que tout cela se paye ? Vous faut-il une autorisation ? Quoi je te distrais ? Tu as bien raison, je m'éclipse, ce que tu lis te rendras toujours moins con !

Que dit la défense de l'artificialisation de nos sentiments ? De nos grandes questions existentielles pétrifiées ? De l'avachissement de notre humanité ? Que dit-elle des cages à lapin où nous nous enfermons pour rire gras de la bêtise d'un candidat de "télé-réalité" ? Avons-nous l'obligation de célébrer la grand messe de notre crasse télévisuelle quotidienne ? Cette automobile rutilante nous était-elle si indispensable ? Est-ce qu'Eve n'est désormais plus qu'un cul et Adam, un tas de muscles ? Que dit la défense de notre désintérêt volontaire quant à ce que dit le politicien avec tant de condescendance ? Pourquoi celui-là parle avec ses amis de chaussures et jeux vidéo, alors qu'à quelques centaines de mètres de lui, nos héros défient dans la rue le gouvernement ? Pourquoi cette connasse se pavane devant les vitrines des commerçants, lorsque derrière elle, un cortège constitué de toute la colère du monde, est en train de défiler ? Pourquoi son indifférence ? Pourquoi ne se sent-elle pas incluse dans le combat que livre ce qu'il nous reste d'humanité, face aux cyniques qui réfléchissent déjà au prix de l'air qu'il faudra bien un jour fixer ? Mais qui est cette connasse ? Qui est ce jeune con ? Et vous dites qu'ils font partie d'un très grand peuple ? Mais de quelle puissance collective et morale, me parlez-vous ?

Vous aurez beau me le dire avec des trémolos dans la voix et les plus nobles mots ; vous aurez beau l'asséner du haut de votre grandeur morale et spirituelle ; vous aurez beau le dire et le répéter que ce peuple n'est pas idiot, mais je vous dénierais ce mensonge éhonté !

Le peuple est moche ! Il est plein de crasse intellectuelle et toujours ravi de s'ébrouer dans sa fange ! Le peuple est con ! Il se plaint de sa servitude aux petits chefs, mais se donne au premier beau parleur venu ! Le peuple se complet dans la pornographie commerciale et l'uniformité ! Le peuple est la putain servile de tous les manipulateurs et cyniques, de tous les psychopathes encravatés qui lui vendent de la guerre humanitaire et la privatisation de l'air qu'il respire. Le peuple consent, il consent ce con, je vous dis ! Alors rangez-moi vos belles gueules indignées ! Vous contribuez de la laideur du peuple avec votre hypocrisie et vos bons sentiments !

Moi je l'aime mon peuple !
Sans le mystifier, sans l'embellir, sans le trahir !
Je lui parle vrai et je le défends même face aux puissants puisqu'il est si con !

Toi, avec ta grande gueule et tes grandes valeurs, tu le réduis. Tu le mets dans ta petite boite - oui la tienne propre - tu le rabougris à ce que tu crois être, à tes propres mensonges, à ta propre fange.

 Allez, la parole reste à la défense...