dimanche 17 juin 2018

Le compte Tipee d'un Révolutionnaire.


Je suis bénéficiaire de l'ASS (Allocation Spécifique de Solidarité). Elle correspond peu ou prou à un R.S.A dévalué de 50 €, soit une somme de 500 € mensuelle. Avec cette somme, une fois payé un loyer de 150 € dans une habitation sans eau courante, ni électricité et dont l'état général est globalement insalubre, il me faut aussi payer 30 € pour faire recharger successivement un jeu de deux batteries (solaire + batterie plomb standard) chaque soir + 50 € pour mon abonnement téléphone et internet.

Me reste donc moins de 280 € pour subvenir à mes besoins alimentaires et d'hygiène chaque mois, payer les cycles de laverie, mes clopes, et me déplacer en région bordelaise pour des activités personnelles. Chacun jugera de la souplesse de gestion que cette "Allocation Spécifique de Solidarité" me permet pour vivre.

Je ne dispose plus du permis de conduire pour exercer ma précédente activité de chauffeur routier, ni pouvoir me montrer réactif sur la plupart des offres d'emploi d'autant que je n'ai aucun diplôme particulier à faire valoir sur "le marché" du travail. Je n'ai pas de BAC, ni même un brevet ou un CAP pour m'aider. Etant par ailleurs un esprit trop libre pour redevenir un banal salarié n'ayant aucune prise sur le sens, le temps et la qualité accordée à mon labeur, c'est par le maraîchage et différents services aux particuliers que je tente de reprendre progressivement le contrôle de ma vie matérielle tout en restant en accord avec ce que je suis et ce que j'apprécie faire.

Si je souhaitais pouvoir acquérir la terre qui soit idéale à mes activités d'agro-foresterie (j'ai une formation d'ouvrier forestier et un projet de permaculture dont les contours sont bien formalisés en mon esprit), il me faudrait jouer d'une somme de 30.000 € au moins, permettant d'acheter à la fois quelques hectares de terre, payer les frais de notaire, disposer du matériel agricole minimal nécessaire et une caravane me permettant d'être à l'abri le temps des travaux de construction d'un habitat en dur d'environ 20 m².

Mes activités dans la biographie exigeraient moins de 500 € de capitalisation initiale pour que nous puissions avec une amie infographiste, disposer du trésor de guerre nécessaire pour payer des droits sur images, faire de premiers essais d'impression, et nous orienter progressivement sur une démarche de création d'entreprise avec les frais que cela supposera.

Il me manque des outils essentiels pour faciliter mes travaux de jardinage chez les particuliers et mes propres activité de maraîchage (je cultive des crosnes du Japon), et avec moins de 500 €, je pourrais disposer d'une débroussailleuse, faire réparer ma tronçonneuse et acheter quelques outils plus rustiques qui me manquent. 

Il y'a aussi mes lunettes de vue qu'il me faudrait refaire, un tour chez le dentiste, des vêtements et chaussures qu'il me faudrait racheter, et le luxe serait de pouvoir renouveler mon informatique et disposer de quelques équipements assurant bien mieux mon indépendance énergétique. Trouver un habitat digne jouxtant quelques ares de terrain à exploiter dont le loyer me serait accessible serait un apport significatif pour mon moral, tout comme disposer d'un peu de monnaie de réserve lorsqu'il s'agit d'offrir un verre à quelqu'un que l'on rencontre ou simplement s'autoriser un plaisir quelconque améliorant l'ordinaire. Je ne suis franchement pas dépensier si l'on considère qu'en dehors des équipements durables, je n'ai pas de besoins autres que physiologiques et sociaux minimum à défrayer. 

Si l'on se réfère à ma vie militante, je suis en revanche volontiers dépensier, et les échelles de valeurs discutées ne sont plus les mêmes. Tout se paye, y compris les Révolutions lorsqu'on en a les moyens. Le manque de bénévoles pour satisfaire au bien public étant criant, on peut aisément y combler en rémunérant des infographistes et monteurs audio-visuels, des "community managers" et des colleurs d'affiche en considérant un salaire brut de 50.000 € annuel par personne si elles font du plein temps. De même que louer une scène, du matériel sonographique, payer des artistes un peu connus pour attirer des foules et d'autres qui le sont moins, mais tout aussi talentueux pour les faire rester, cela peut se chiffrer à plusieurs dizaines voire centaines de milliers d'euros de frais QUOTIDIENS s'il s'agit d'occuper une place publique en faisant fi de l'apathie de nos réseaux politiques. Dans la même veine, je n'aurais vraiment aucun scrupule à payer des figurants si c'est nécessaire. Macron a bien fait la même chose pour ses meetings.

Si l'on veut faire le procès des pourris, et notamment ceux qui disposent d'un mandat très sensible au sein des institutions de l'Etat, il nous faut pouvoir nous allouer les services de très bons avocats, et les honoraires de ces gens sur une procédure menée jusqu'au bout, peuvent largement s'envoler à plusieurs dizaines de milliers d'euros. 

Enfin, ne parlons pas des frais d'impressions de tracts, communiqués et affiches, de courriers, de transport pour se déplacer entre des événements à travers la France afin de sensibiliser sur une méthode de combat, la gestion des sites web et leur hébergement, etc. Militer coûte cher sur des dizaines d'opérations à faible coût apparent, mais dont le cumul impacte très clairement le budget d'un précaire qui vit avec 500 € par mois.


Je ne suis pas hostile fondamentalement à ce que lorsque l'Etat verse une allocation de subsistance (dont il y aurait beaucoup à dire sur le foisonnement inutile, la lourdeur administrative pour y avoir accès et leur montant indigne), qu'il y'ait une contrepartie demandée en temps de travail minimum.

Mais dans ce cadre, c'est n'est plus un travail "bénévole", mais contraint, si l'Etat peut faire coercition pour imposer à quelqu'un d'aller fournir ce travail (qu'on supposera naïvement d'utilité publique), ou pour le priver de son droit à une allocation minimum de subsistance, en cas de refus de "travailler".

Un travail bénévole n'a aucune contrepartie monétaire, et ne suppose aucune contrainte ou menace pour être obtenu de quelqu'un. Un bénévole donne de son temps pour faire oeuvre de bien. Lorsque je consacre des efforts à organiser une manifestation, à distribuer des tracts ou venir expliquer des notions essentielles sur le droit à l'auto-détermination des peuples à différentes catégories de population, ceci est une action strictement bénévole.  Et bien que je revendique que mes actions soient profondément d'utilité publique, il parait évident qu'un Révolutionnaire ne trouvera aucun subside de l'Etat pour encourager son action.  Mais de la même façon, nombre d'associatifs œuvrant sur des causes particulières, ne trouvent aucune rémunération de leur activité, pas plus qu'un soutien matériel à leurs actions. L'Etat fait donc défaut là où le travail bénévole existe déjà, sans être reconnu d'utilité publique. 

Du point de vue de l'impôt et de l'allocation de la monnaie, il est cependant admissible de considérer que si une personne n'est inscrite dans aucune activité d'utilité publique, qu'une allocation, même universelle, ou pour ce que les théoriciens de l'a-monétisation de la Société imaginent à partir de droits et devoirs civiques stricto-sensu sur le temps travail échangé, il soit logique de lui imposer de fournir un effort au profit de la collectivité. Le droit à un environnement sain et la santé, suppose par exemple des éboueurs et une filière sanitaire ainsi que des personnels soignants pour la faire fonctionner. Ils ne produisent aucune matière première alimentaire ni aucune technologie particulière, et pourtant, autant l'instituteur que la simple secrétaire administrative, sont indispensables au fonctionnement de la Société. Ils sont donc légitimes à exiger par convention, d'être rétribués d'une façon ou d'une autre pour leurs efforts assurant le bien-être de tous. Nous consentons à l'impôt pour cette raison (entre plusieurs milliers d'autres dans une civilisation aussi avancée et complexe que la notre). L'impôt peut être monétisé pour faciliter les échanges entre un producteur de poulet et un voyagiste payant lui-même un accès à une technologie de transport et ses infrastructures, ou versé sous la forme de ce qu'on appelait autrefois "la Corvée", c'est à dire un travail direct. La monnaie n'étant rien d'autre que l'attribution d'une valeur sécable du temps de travail, à même de garantir un étalon d'échange commode à une communauté nationale. Quoi qu'il arrive, nous devons fournir un effort personnel un certain nombre d'heures par an (le plus difficile à théoriser pour une économie équilibrée et efficiente socialement et écologiquement), pour que chacun dispose de ses droits d'accès à l'ensemble des biens et services essentiels à sa dignité de vie propre. 

Le droit privé associé à la convention qu'est la monnaie facilitant la libre entreprise, un très grand nombre de nécessités publiques et de confort sont résolues par des producteurs, artisans, commerçants et petites PME spécialisées. Dans ce cadre, la monnaie est réellement indispensable à nos échanges, car elle devient le seul étalon fixe qui permette de garantir la valeur de nos droits sociaux (salaires et systèmes de cotisation sociale) dans la sphère privée. Si l'on suppose une Société où il est interdit de posséder les moyens de notre production, mais dont le libre accès est garanti à  à ces derniers pour toutes celles et ceux qui veulent fournir un travail satisfaisant des nécessités publiques ou privées, ce qui est dès lors exigible par tous, n'est pas nécessairement de la monnaie en échange d'un service rendu, mais du temps de travail (ainsi qu'un énorme saut qualitatif sur le plan spirituel et civilisationnel). 

Pour forger de la monnaie, il faut de toute façon du travail puisque ce dernier en détermine la valeur, en déplaçant toutefois une partie du consentement à l'impôt sur la monétisation de "la Corvée". Puisque nous ne devons plus donner de notre temps et notre sueur à la réfection des routes ou l'entretien du moulin de la seigneurie, alors nous attribuons une valeur monétisable à notre temps de travail réel, et nous acceptons qu'une part de la monnaie créée à ces fins, soit allouée à l'Etat afin qu'il permette au soldat, au juge, à l'enseignant et au médecin, de disposer d'un revenu pour leur propre travail, tout en restant à l'abri de l'influence d'intérêts privés et prédateurs, pouvant corrompre leur activité très sensible sur le plan politique. Le même impôt monétisé payera l'ouvrier se chargeant de refaire la chaussée ou ravaler un bâtiment public.

Les Hommes quoi qu'on en dise, sont bien des animaux politiques. Simplement parce que nous sommes des entités pensantes et capables de projection, soit d'abstraction. Faire de la politique suppose concevoir un mécanisme social qui, une fois établi par une règle inscrite dans un ensemble de lois déjà existantes, est à même de générer un changement positif par rapport à ce qui est déjà existant. Et il est vrai que les lois, particulièrement lorsqu'elles portent sur l'organisation du commerce, la création et la ventilation de la monnaie ainsi que la fiscalité, ont un effet réel sur la vie économique d'un pays. Des millions d'acteurs économiques s'adaptent à un changement opéré avec juste quelques mots inscrits dans un projet de loi qui est adopté par une assemblée ou le peuple tout entier.

Puisque nous vivons en Société et que nous sommes interdépendants, il me parait normal que l'Etat pour établir la comptabilité claire de ce qu'il perçoit et retourne de et à nous tous, puisse disposer de chacun d'entre nous, d'un temps de travail minimum accordé à la chose publique, que l'on monétisera (déléguera) ou non. S'il y'a des déchets sur les routes, il faut non seulement des associations pour sensibiliser, des poubelles à installer et vider sur plus d'aires de stationnement, et des gens pour collecter les immondices et dépolluer nos rivières et forêts. Même le dernier des "parasites" peut bien donner quelques heures de sa vie chaque année, à contribuer à un tel effort. La réalité, c'est que "les parasites" n'existent pas. Il y'a certes des gens qui procrastinent et se laissent vivre de façon indolente, mais non seulement ils représentent une part très marginale de la Société, mais en outre, une bonne part d'entre eux ne trouve aucune incitation à sortir de sa léthargie dans l'organisation de l'Etat social existant. Tous consomment et payent de fait de l'impôt via la T.V.A

La majorité des actifs qui sont sans emploi sans être étudiants, travaillent quelques heures par jour au moins. Que ce soit dans leurs démarches de recherches d'emploi, pour rendre un service à un proche, ou au-travers du bénévolat pour une association ou une cause, nous travaillons tous d'une certaine façon. 

Par ailleurs, puisque le "progrès" consiste à dire que l'ensemble des Hommes doivent pouvoir disposer d'un droit inaliénable et imprescriptible à des conditions de vie dignes dans un environnement qui soit juste et démocratique, nous sommes donc aussi soumis au Devoir de contribuer à un tel projet collectif. Si tout le monde dispose du Droit d'accéder à un toit, à de l'eau courante, à de l'énergie, à l'alimentation et aux soins, dans ce cas, chacun doit s'assurer qu'autrui, lié par ce pacte commun sur nos droits individuels et collectifs, puisse disposer de notre propre force de travail permettant de garantir de façon directe ou indirecte, le respect de ses propres droits. Je consens donc à l'impôt en contribuant pour près d'un cinquième de mon restant à vivre, puisque je paye la TVA comme tout le monde, soit ce qui constitue le premier poste de recettes dans le budget de l'Etat. Pour peu que nous fassions une Révolution en France et simplifions les allocations de subsistance actuelles en une seule qui soit modulable et digne, je suis aussi favorable à verser un temps de travail supplémentaire qui soit contraint, livré de façon directe ou monétisée (par une taxe), à la nation.

La taxe ayant toutefois l'intérêt de supprimer la contrainte dès lors que je peux me permettre de choisir les activités que je souhaite exercer. Je me borne à rétrocéder une part de la valeur monétisée de ce travail à l'Etat, mais je suis libre de décider de ce que je fais. Comme peu de gens apprécient se lever aux aurores pour récolter les détritus de ses concitoyens, de telles tâches ingrates ne peuvent qu'être valorisées très fortement sur le plan monétaire (c'est à dire une rémunération horaire qui soit clairement incitative) ou contrainte en guise d'impôt par le travail. Si le caractère ingrat ou difficile d'une tâche est fortement valorisé sur le plan de la rémunération, et que les revenus varient entre les individus en fonction des activités et de l'investissement de chacun,  alors la dépense publique sera précautionneuse et la mieux ventilée que possible pour réaffecter l'impôt à la salubrité de nos villes et villages.  Mais il reste certain que personne ne se lèvera aux aurores pour effectuer une tâche ingrate de façon "bénévole"

Toute contrainte de l'Etat suppose une indemnisation juste. 

L'on peut consentir à effectuer son service national, et quelques heures par an, à donner de nous-mêmes dans des actions d'utilité publique, cela parce qu'en dépit de la possibilité d'entreprendre ou de trouver aisément une activité salariée qui soit rémunératrice, une personne dispose de son libre temps pour servir l'ensemble de la communauté. Mais gardons à l'esprit que nous ne naissons en rien pour travailler ou être les choses de la Chose publique, mais pour simplement expérimenter la vie. Elle peut-être faite d'amour et d'eau fraîche, de sensations, de goût immodéré pour les arts, et de milliers d'autres choses inutiles, mais tout à fait indispensables à notre bonheur et plus encore à donner du Sens à notre existence. Ce qui signifie que si nous sommes contraints du fait que nous apparaissons au monde dans un environnement matériel, politique, culturel et social pré-existant à nous-mêmes, à devoir nous adapter et consentir à donner une part de notre temps de vie à la communauté toute entière, l'essentiel de notre existence doit nous appartenir en Utopia réelle.

C'est en ce sens que le débat sur la restauration de "la Corvée" par le Conseil d'Etat appelle à une réflexion d'ensemble.  D'une part sur ce qu'est la Vie pour un être humain, du Sens qu'elle a, et comment la communauté politique dans laquelle ce dernier est inscrit, doit œuvrer pour permettre à chacun de expérimenter l'existence dans la plénitude et l'abondance. N'étant plus des femmes et hommes de Cromagnon vagabondant à demi-nus dans les forêts profondes du paléolithique, il est évident que nous ne devons pas nier la complexité de notre Société actuelle, mais nous y adapter autant que faire se peut. Nous sommes dispensés de chasser ou cueillir des baies pour tous, mais l'on peut fournir des efforts ou les livrer plus commodément sous forme de monnaie à l'Etat, ainsi qu'à d'autres acteurs économiques privés dont on requiert leurs propres efforts et compétences. Dans ce cadre, il faut non seulement quantifier le temps de travail minimum qui soit exigible à la Chose publique, que cela soit sous forme de monnaie ou d'activité directe, mais aussi déterminer une politique monétaire et budgétaire qui garantisse à tous (y compris "les parasites") les droits fondamentaux prévus par notre bloc de constitutionnalité ou restant à y inscrire. 

Pour ma propre part, je considère que mes propres droits fondamentaux à une allocation de subsistance qui soit digne, sont bafoués. De même, le fait que les dispositifs facilitant mon accès aux soins supposent des lourdeurs administratives décourageantes et n'ayant pas lieu d'être, que le logement public n'existe plus et que l'accès au "logement social" - ou ghettos insalubres - suppose des mois ou années d'attente sur des listes, que je ne puis accéder au crédit public pour entreprendre et acheter ma terre, tout cela participe à ne pas être en situation de DEVOIR à l'Etat, mais au contraire d'être en attente que l'Etat respecte mes droits fondamentaux. En outre, ayant déjà des activités bénévoles et exerçant bien des activités entrepreneuriales qui ont vocation à terme à se concrétiser et générer de la valeur pouvant être fiscalisée, au vu du temps temps que j'y investis, il me semble que je suis plus que créancier sur un Etat totalement débiteur à mon égard. 

A tout égard, je travaille et je satisfais même à deux ambitions sociales avec mes activités (l'alimentation et la transmission de mémoires familiales) et il me paraîtrait juste que si ces dernières soient au stade de développement (pas de récolte avant l'hiver, ni de revenus substantiels de travaux écrits avant un certain nombre d'ouvrages rendus), que non seulement l'Etat s'assure que je puisse disposer d'une allocation de subsistance qui soit réellement digne, mais aussi des moyens de développer mes projets entrepreneuriaux. 

Un travail bénévole est gratuit. Je ne demande donc pas à l'Etat de subventionner mon militantisme en tant qu'activité. Mais s'il s'agit d'assurer la diversité des opinions en France, le soutien aux lanceurs d'alerte (ce qui selon la définition que chacun se fera, vaut pour mon propre compte), la promotion de la citoyenneté et de la démocratie, alors les MOYENS qui me sont nécessaires devraient eux aussi m'être alloués. Toute activité d'utilité publique mérite d'être soutenue par l'Etat, ou autrement dit par NOUS via nos impôts. Mais la dissociation doit rester en ce qui relève du bénévolat, et des moyens accordés à des entités rendant un service public à leur façon. Les bénévoles n'exigent aucune rémunération de leur mobilisation, mais seront toujours ravis de disposer des financements nécessaires à leurs activités.

Pour ma propre part, vous comprendrez bien qu'en l'état actuel des choses, je ne puis obtenir les moyens de rendre mon bénévolat efficient, que par vous tous, indépendamment de l'Etat qui ne répond plus à ses devoirs, du fait qu'une oligarchie malveillante s'accapare le pouvoir.

On pourra se permettre de redessiner l'Utopia tous ensemble et jusque dans nos lois, lorsque la Révolution sera advenue. Je ne suis pas corruptible, mais il est vrai que si je manque déjà de ressources pour assurer ma dignité d'existence, cet inconfort matériel est encore plus criant lorsqu'il s'agit de frapper puissamment dans des actions bénévoles à entreprendre. Rassembler des milliers de gens au bon endroit et les faire devenir des Millions en quelques jours, c'est à ma portée. Je sais comment faire, et je ne souhaite même plus à devoir justifier pourquoi je suis sans doute le meilleur chef d'orchestre d'une insurrection à faire advenir. Mais soit je dispose de votre confiance et votre bénévolat général lorsqu'il faut répondre présent à un rendez-vous donné, soit vous déléguez à quelqu'un d'autre votre présence, en me donnant les moyens d'inciter cette personne à venir ou agir en tant que partie prenante d'une stratégie révolutionnaire.

Si la bonne fortune devait me rendre millionnaire demain, que ce soit par votre soutien ou part un autre hasard heureux, mis à part rembourser de vieilles dettes, m'acheter ma terre et peut être un voilier, une nouvelle guitare et les quelques biens me faisant défaut pour me sentir aussi indépendant que libre et digne, je ne me vois pas utiliser l'essentiel d'un tel trésor de guerre dans des futilités de consommation, ou des opérations immobilières ou financières de grande ampleur, car ça ne fait tout simplement pas sens avec ce que je suis. Je structurerai simplement mieux mes activités associatives et économiques pour en abonder les comptes et me maintenir un reste à vivre suffisant à mes nécessités sociales et physiologiques incompressibles. 

Il est impossible de prouver dans un univers politique corrompu que le sens de l'honneur existe encore chez certains d'entre nous, et qu'il est même plus cher à nos yeux que les mirages du confort matériel. Sans doute parce que je suis très imparfait, mais que aussi parce que je suis en revanche intègre et déterminé, je tiens absolument à ce que dans ma démarche révolutionnaire, mon honneur ne puisse être remis en défaut. C'est la seule chose qui me reste aujourd'hui puisque je n'ai plus rien depuis tant d'années. C'est aussi la seule  contrepartie que je puisse garantir à qui me soutiendra sur mon compte "Tipee". Je vous appelle à non seulement suppléer un peu à la maigre allocation que me verse l'Etat alors que je tente de développer mon indépendance économique, mais aussi et surtout à me donner les MOYENS de faire trembler l'oligarchie, par des mobilisations de masse et des procédures très hostiles à son égard. Je sais quels talents payer, quels leviers soulever, quelles structures démarcher pour arriver au bout d'un processus qui parait inimaginable et parfaitement utopique pour l'écrasante majorité de nos concitoyens. Y compris vous qui me lisez peut-être. 

Celles et ceux qui me suivent savent que je me bats pour rétablir l'indépendance de notre pays et faire advenir une constitution qui soit démocratique. Non pour faire de la politique à proprement parler, et encore moins "faire carrière" dans cet univers. Celles et ceux qui travaillent avec moi savent que si je suis vigilant à maintenir une cohérence dans un processus général, je le fais sans autoritarisme, ni même volonté de tout faire ou adopter une posture de "meneur". Ça n'est tout simplement pas dans ma personnalité, et je suis trop bien placé pour comprendre à quel point la Révolution est un processus où les relations d'interdépendance des compétences et soutiens, est exacerbé. Je ne suis donc pas à proprement parler "essentiel" à la Révolution, mais j'estime en être le meilleur stratège contemporain pour le cas particulier de la France.  Je considère par ailleurs que nous n'avons plus de temps à perdre. Ayant appris à ne plus me sentir coupable de ma pauvreté autant qu'à mépriser assez l'argent pour ne lui retenir qu'un caractère purement utilitaire et temporel, je puis désormais faire appel à votre générosité sans plus jamais me sentir humilié. Un jour, je serais sans doute plus à mon aise matériellement, et je donnerais aussi comme cela m'arrive déjà, un peu d'argent à des personnes et/ou à des causes pour lesquelles je suis sensibilisé.  Pour l'instant, je ne donne à tous que du temps de travail en vue de faire advenir la Révolution.

J'aimerais désormais travailler plus sereinement en terme de dignité de vie, et disposer des moyens de financer les événements, compétences et supports nécessaires à la stratégie révolutionnaire que je médite et expérimente à petit feu depuis des années.

Si vous me faites confiance, c'est depuis ce compte que vous pouvez m'aider à travailler le mieux que possible tant à l'organisation de la Révolte, qu'à mon propre essor personnel. Je remercie par avance toutes celles et ceux qui miseront quelques FRANCS sur moi. J'en serais digne, tout simplement.








mardi 22 mai 2018

Ni Dieu, ni maître !

Ni Dieu ni maître !

Tel est le slogan pour réduire l'anarchie à quelque chose qu'elle n'est pas et ne peut être. Je suis vierge d'avoir lu Proudhon et tant d'autres références, mais je m'estime à la fois observateur, acteur et critique des aliénations perpétrées sur ce qu'est philosophiquement l'Anarchie.

Si je me réserve la pureté de ma libre conscience avant de lire des ouvrages traitant de cette philosophie politique, ce concept n'en finit pas d'inspirer mes méditations. J'ai lu des textes de Jean Bodin, Lokes, Rousseau, Robespierre et Kant parmi tant autres, et ce sont d'avantage les questions de Souveraineté et de contrat social qui animaient mes premières curiosités. Le fait qu'une puissance collective constituée d'une communauté d'Hommes se reconnaissant une même langue, de même références culturelles essentielles au confort de chacune de ses consciences individuelles, des frontières pour sanctuariser une volonté d'auto-détermination commune, ainsi que l'établissement de ses règles et sa relation aux nations tierces au moyen d'une minorité de gens mandatés à ces fins ; exige de comprendre la nature de l'Etat qui s'institue et se perpétue de fait.

La Nation naît d'un peuple qui acquiert l'auto-détermination politique, dispose d'un territoire pour exercer sa souveraineté et son organisation politique, cela à l'abri de toute velléité étrangère au moyen d'une armée.

Le terme "nation" n'est donc pas un gros mot, mais bien tout un ensemble de concepts philosophiques réunis qui touchent de près ou de loin à la Démocratie et au contrat social. Qui souhaite que les peuples Kurdes et Palestiniens acquièrent leur indépendance ainsi qu'un territoire pour exercer leur Souveraineté collective, ne peut que comprendre ce qui distingue un "peuple" sans frontières d'une nation ayant par le fait, la reconnaissance internationale et l'Histoire, le droit de s'auto-déterminer. Lorsqu'un Français, qu'il soit anarchiste ou non, rejette son patrimoine culturel, philosophique et démocratique en rejetant le terme de "nation", il fait tort à l'Histoire, à la quête de Paix perpétuelle instaurée entre les peuples tout en servant les intérêts prédateurs de ceux qui aiment briser les nations pour les amener à la guerre.

C'est lorsqu'on ne respecte pas les frontières qui sanctuarisent l'auto-détermination des peuples sur leurs propres problèmes politiques, que l'on crée de facto les conditions de toutes les barbaries connues. Toutes les guerres sont présentées comme nécessaires en raison de "valeurs" civilisationnelles à opposer à un tyran qui serait plus affreux encore que les autres despotes existants sur Terre. Le très laïc et occidental Bachar Al Assad doit être porté aux gémonies médiatiques, tandis que le boucher du Yemen, Ben Salmane Al Saoud, reste un excellent partenaire pour nos marchands d'armes. Des guerres auxquelles mêmes certains prétendus "anarchistes" ou "libertaires" consentent au nom de "valeurs" à géométrie variable.

Les frontières, l'Etat et la Nation ne peuvent en aucun cas être vilipendés par des anarchistes rationnels. Car si cette philosophie politique tend à garantir la libre conscience de chacun et l'auto-détermination des individus au sein d'une fédération de communes administrées par les citoyens eux-mêmes, elle n'ignore pas qu'elle s'inscrit dans un contrat social exigeant une communauté d'Hommes pour rendre nécessaire sa proposition politique, ainsi que des règles tacites ou écrites pour établir ses formes et un territoire à même de sanctuariser la singularité du processus institué. N'importe quel "zadiste" comprend la notion de territoire-sanctuaire du fait de la garantie qu'il offre au développement d'un idéal politique. 

L'anarchie ne peut donc soustraire à sa logique d'organisation, la nécessité absolue du territoire politique dont dépend un peuple pour s'auto-déterminer. Que ce soit par les voies du capitalisme, du socialisme, du communisme ou de l'anarchisme, une philosophie politique a besoin d'un pré-carré pour s'exercer et témoigner de sa pertinence (ou non) face à d'autres modèles de Société promus. Le zadiste (qui oublie trop souvent qu'il est citoyen) défendra son territoire local d'opération, mais si la France lui demandait son sacrifice pour sauver son frère, sa femme et son voisin de la barbarie d'un envahisseur étranger, c'est avec le même don de soi pour le corps social, qu'il livrerait son sang à la patrie. Simplement parce que l'extrême localité du territoire qu'il organise en Commune, est composé d'êtres partageant sans doute quelques valeurs et singularités proches, mais ne constituent qu'une fraction du réseau de connaissances et proches familiaux que nous pouvons avoir au sein du pays tout entier. Un anarchiste se défend directement et défend les siens, mais il n'agresse jamais personne et s'abstient de justifier la légitimité d'une agression au nom d'idéaux considérés comme les plus nobles. Les seules guerres morales, sont celles où un peuple se défend d'une oppression étrangère en vue de sa Libération, les autres sont toujours celles qui seront racontées avec le point de vue des agresseurs. Si être patriote suppose le don de soi à la guerre, aucun sentiment patriotique ne peut justifier la volonté d'agression. Anarchie et patriotisme éclairé ne sont en rien contradictoires.

Bien que l'Anarchie soit un mode d'organisation de la Société consacrant l'individu et les communautés locales, elle ne peut pour autant s'affranchir que d'une part : elle s'inscrit dans une volonté de maintenir la paix entre les tributaires du régime politique qu'elle instituerait, et d'une autre part, que puisque les individus constituent un corps social qui ne peut exister que dans une somme de contradictions, d'intérêts croisés ou divergeants, la Liberté d'expression doit être la plus extensive que possible pour garantir à chacun le droit non seulement de penser, mais aussi de mettre à l'épreuve de tous, ses idéaux particuliers. La Démocratie asseyant la légitimité de ses règles sur le consentement de la majorité d'une communauté politique pour laquelle elle est établie, elle suppose que tous les individus du corps social aient le droit d'exprimer toutes les idées et informations qui les traversent, tant que celles-ci ne constituent pas une calomnie, une diffamation ou un appel au meurtre. Toute idée qui ne trouve pas sa contradiction la plus virulente est au mieux un préjugé entretenu par paresse mentale, au pire par dogme mystifié par la religiosité.

Nous sommes un corps politique, et l'Anarchie ne peut en aucun cas ignorer que nous sommes tous des êtres aliénés. Nos âmes peuvent être pures et claires, mais nos corps déjà affectent nos idées par des hormones responsables de nos émotions, désirs et pulsions. Il y a ensuite notre environnement culturel et social, nos conditionnements les plus primitifs, nos névroses et psychoses ainsi que tout un ensemble de facteurs qui font que les individus que nous sommes, sont incapables d'être rationnels pour toutes choses et en tous moments. Un consensus ou une majorité sur ce qui fait sens à notre Raison, est ce qui établit notre Culture collective et acceptée,  et la distingue se faisant de comportements ou systèmes de valeurs considérés comme marginaux voire prédateurs par le plus grand nombre. Pour autant, puisque certains parmi nous sont plus idéologues que pragmatiques, plus passionnés que distants, plus aliénés qu'équilibrés, plus experts qu'ignorants, plus jeunes ou plus vieux, etc... il est nécessaire de tenir compte de l'avis de tous en concédant que celui d'une minorité puisse être autant celui de la Raison qu'il pourrait être celui de l'aliénation des Hommes. Il est humainement injustifiable d'opprimer une quelconque communauté, tout autant qu'aucune d'elle, qui reconnaissant que les comportements ou systèmes de valeurs qu'elle promeut sont considérés comme marginaux par l'essentiel de la Société, n'a le droit d'imposer ses normes au-dessus de celles qui font consensus ou obtiennent la majorité des voix nécessaires à la légitimité d'un ordre juridique et culturel établi. L'Anarchie n'a pas de raison d'ignorer que les peuples établissent leur règles et leurs interactions en vertu de repères culturels aussi profonds, variés qu'ancrés à une géographie de développement, et que de ces singularités culturelles se distinguent par des volontés législatives différentes d'un peuple à un autre. Si la pensée confucéenne inspire l'ordre moral et social existant en Chine, il est manifeste qu'en Europe, ce sont d'autres traditions et modes d'organisation qui prévalent à notre conception de la Société. Ce qui est admis ici, n'est pas compris ailleurs et inversement. L'Anarchie respecte les frontières et les systèmes de valeurs de chaque patrie. Elle ne peut faire la démonstration de la pertinence de son propre Régime, qu'en acceptant de se nourrir des idées existantes partout dans le Monde, pour perfectionner ce qu'elle se propose d'instituer comme organisation démocratique, sociale et pacifique au sein de ses propres frontières d'exercice. De la même façon, elle ne peut dresser de cordon sanitaire à tout promoteur d'une idée considérée comme "sulfureuse" ou "extrémiste", puisque ces idées sont jugées ainsi du fait qu'elles soient marginales et par conséquent inoffensives pour la Société. Elles n'engagent que la dignité et l'honneur de celles et ceux qui s'en répandent, et ne se combattent que par l'argumentation contradictoire. Jamais par l'ostracisation ou la censure.

Mon militantisme m'a toujours amené à travailler avec des anarchistes sincères. Aucun n'est violent ou intolérant. Tous au contraire, m'ont tous fait la démonstration par leurs propres actes et comportements, que l'ouverture aux autres et la spontanéité dans les décisions collectives, sont le champ d'expérimentation philosophique premier de ce courant qui se veut à la fois politique et spirituel.

Un slogan impropre

L'Anarchie ne peut  rejeter l'hypothèse de "Dieu" qui est en substance première, un postulat métaphysique transcendant les idéaux politiques qui organisent la vie des Hommes, ni même refuser que nous accordions à des personnes leur qualité de "Maître" si manifestement c'est à ces mêmes personnes que nous reconnaissons indéniablement une autorité sur certains savoirs que l'on souhaite acquérir. Ce que l'Anarchie peut spirituellement rejeter, c'est la doctrine religieuse, puisque fondée sur un système de croyances, et non sur des réalités communes et tangibles. Dieu est un autre débat et aucune religion ne sera jamais aussi pertinente que la science et la philosophie pour approcher sa possibilité. Les communautés religieuses ont le droit de citer et de s'associer tant qu'elles ne causent aucun trouble pour la Société. Mais elles ne peuvent imposer des concepts moraux et croyances particulières qu'elles plébiscitent au peuple tout entier au-travers de son organisation politique et l'établissement de ses lois. Un régime démocratique est nécessairement Laïc dans ses piliers constitutionnels fondateurs. Mais pour la science et la conscience, la question de Dieu restera éternellement ouverte. Athées, agnostiques et croyants n'ont pas raison de se quereller en Anarchie.

La question des Maîtres est plus organique et structurante. Nous sommes par défaut ignorants de tout et plus encore d'un quelconque savoir académique et expérimental sur un sujet ou une discipline particulière que l'on a jamais étudié. Nous sommes obligés de nous référer à des ouvrages écrits par des personnes qui comme nous ont appris ce qu'elles savent d'autres personnes et/ou de leurs propres recherches. Il parait assez évident que si un serveur n'est pas qualifié pour exercer une fonction de médecin, l'inverse est sans nul doute tout aussi vrai. L'être humain, par nature, ne peut s'empêcher d'apprendre, exercer et transmettre une somme de savoirs.  Ce qui change est l'échelle des responsabilités entre ces individus en fonction de de l'utilité sociale qu'ils se donnent ou que nous leur déléguons collectivement. L'un a directement la vie d'un être humain soumis à la maîtrise d'un geste chirurgical, l'autre maîtrise sa mémoire, sa convivialité et son sens de l'organisation, pour qu'une tablée puisse ne pas souffrir de la faim ou de la soif trop longtemps. Nous acceptons collectivement de remettre notre vie à l'Autorité d'un chirurgien sur son art et nous consentons qu'une personne s'asservisse à une fonction sociale qui satisfasse au seul plaisir d'une communauté de personnes. Ce que l'Anarchiste ne peut accepter, c'est qu'en dehors des nécessités collectives que nous nous faisons un devoir de contribuer quant à leur bonne gestion à certains moments de notre vie, la fonction sociale que nous nous attribuons de façon durable, ne peut être contrainte par l'organisation de la pénurie monétaire pour le peuple et aux contrats sociaux et anti-démocratiques qui en découlent.

L'anticapitalisme proclame l'inutilité sociale de la thésaurisation lucrative.

Lorsqu'une minorité d'individus à l'échelle d'une nation ou du monde, détient l'essentiel de la Monnaie du fait que le peuple n'a aucun contrôle démocratique sur celle-ci, ce dernier est nécessairement opprimé. Puisque manifestement, les êtres humains recèlent en eux-mêmes autant d’appétence pour le "bien" que le "mal", il est indéniable que des comportements prédateurs subsistent à différents degrés dans chaque individu.  La "fortune" corrompt  les esprits les moins sages car elle offre un supplément de puissance à un individu sur les autres. L'inégalité d'accès à la monnaie et donc de contreparties possibles à cet étalon public de la valeur, engendre une volonté constante de ne jamais revenir à la pénurie monétaire, quitte à mettre à l'épreuve ses considérations éthiques les plus profondes. Il y'a en l'Homme une volonté de puissance qui lui est intrinsèque. Pour partie d'entre nous, c'est afin de circonscrire plus efficacement bien des maux, et pour autre partie, en vue de s'abandonner à une aliénation plus primitive quant à la servitude que l'on peut imposer à d'autres Hommes. Dans une Société capitaliste et libérale, on délègue par des consignes politiques ou via des contrats de gré à gré. Si le contrat commercial comporte en lui-meme la liberté de s'en défaire, tel n'est pas le cas du contrat politique sans l'accord du plus grand nombre. Le pouvoir militaire, administratif et judiciaire n'est pas sous contrôle du peuple et tout le rapport à l'autorité est aliéné par la pénurie monétaire subie par la majorité. Ceux qui voient la répartition de la monnaie dans ses différents agrégats, largement concentrée dans les comptes de gestion de leurs courtiers, sons soumis à des corruptions et lâchetés intimes face à l'angoisse de perdre leur rang social, leur influence et leur puissance d'action. Tout comportement prédateur, malveillant et strictement égocentré, est dans ce cas nécessairement  lié à une somme d'aliénations intimes. L'honneur, la franchise et l'intégrité sont des vertus inégalement réparties dans un système social aliénant le corps, l'esprit et l'univers tout entier, en potentielle marchandise à exploiter et monnayer. La fin de la pénurie monétaire pour l'ensemble d'une population, n'empêcherait pas que des aliénations intimes sur certains individus persistent et demeurent. Mais elle n'encouragerait plus un certain nombre de comportements particulièrement prédateurs. Une inégalité monétaire entre de tels individus et le reste du peuple, leur confère un potentiel de puissance et d'influence à même de corrompre le contrat démocratique et social opéré par une nation. Aucun Système monétaire ou même l'absence d'un tel mécanisme d'échange de services et de biens, n'empêchera la corruption et la volonté de puissance d'une minorité de gens contre l'intérêt commun. Il ne s'agit donc pas de rejeter la monnaie en tant que telle, mais soit assainir le système comptable sur lequel elle repose, soit le changer complètement à des échelons nationaux ou internationaux.

Dans le Système monétaire actuel, un peuple qui détient le contrôle collectif de l'émission du crédit public et privé, perd toute raison de thésauriser la monnaie. Nombre d'économistes parmi les plus libéraux, keynésiens ou communistes, ont perçu cette évidence que la plus équitable et large ventilation nationale du stock de monnaie dans les comptes de dépôt du peuple et des entreprises en développement, permettrait pour commencer un choc de consommation vivifiant l'économie et la création d'emplois pour supporter la hausse de la demande qui en découlerait aussitôt. Mais de façon plus durable, un citoyen qui peut accéder aisément au crédit, indépendamment de sa condition et fonction sociale, aura une tendance naturelle à s'investir dans projets entrepreneuriaux, associatifs ou privés générant annihilation du chômage, puisque nous cherchons toujours une occupation qui nous inspire pour les connaissances et les maîtrises d'exercice qu'elle suppose d'acquérir. L'activité dans un pays est la richesse de la nation, car source de ses équilibres d'échanges et volontés de projection. La Valeur n'existe que dans le travail humain et la rareté. La monnaie s'institue de façon sécable à partir d'un potentiel d'activité et de ressources reconnues dans le pays d'émission, permettant de définir par avance la quantité nécessaire ainsi que sa meilleure redistribution. "Travail" et "emploi" sont cependant deux termes différents. Le premier renvoie à une activité quelconque, souvent au profit d'autrui. L'emploi est une compétence marchandée par un employeur disposant de la réserve monétaire suffisante pour arbitrer le salaire et conditions sociales spécifiques de l'entreprise. Il y'a donc dans ce dernier terme l'évocation d'un lien de subordination, puisqu'une seule des deux parties définit la quantité de monnaie octroyée dans cet échange de service. La notion d'emploi est résultante du salariat, qui dans les normes qu'il énonce, dépossède les travailleurs de leur voix dans la gestion sociale et la répartition équitable des bénéfices entre tous. Le travailleur libre de sa force de travail peut en économie libérale négocier sa propre valeur marchande en situation de plein emploi, et dans une économie plus régulée, ce qui est gros et stratégique est sous contrôle public donc politique du peuple, ce qui ne répond pas de l'intérêt général est privé et mutualisé entre les travailleurs pour les moyennes et grandes structures. Les professions libérales ou le régime coopératif dans les plus grandes structures de travail, sont de façon générale les formes les plus à même de prévenir le sentiment d'impuissance et de sous-valorisation de ses talents et connaissances utiles. Le socialisme dans sa proposition fondamentale, tend à rendre aux travailleurs et aux citoyens, la considération de leur rang social au sein de la Société. Il ne supprime pas totalement la notion d'emploi, mais tend à remodeler son sens dans un contrat social alternatif au capitalisme.

Nous apprécions de jouer de nos connaissances et savoirs-faire pour d'autres personnes que nous.  La bienveillance et la volonté d'offrir ses compétences à autrui, reste un sentiment majoritaire au sein de toute population donnée. Ce qui signifie que si la Monnaie séquestrée par les plus riches était redistribuée à la meilleure proportion pour l'essentiel des millions de gens les plus pauvres, la quantité de monnaie délivrée ne serait sans doute pas suffisante pour corrompre qui que ce soit ou accéder à des fonctions politiques particulières, mais elle serait plus que satisfaisante pour rembourser l'essentiel de la dette privée des ménages et permettre à ceux-ci d'investir dans leurs choix de vie individuels ou conjugaux. L'absence de pénurie monétaire libère le sentiment de projection chez les Hommes. La projection s'oppose intrinsèquement au sentiment d'impuissance. Les choix de vie de chacun étant le plus généralement liés à une utilité sociale maintenue, nouvelle ou transformée, et rendus possibles pour nombre d'entre eux, que par l'apport supplémentaire, substantiel et provisoire de monnaie sur son propre compte de dépôt. Même les plus paresseux et indolents des Hommes ne sont jamais totalement inactifs, consomment à minima, et peuvent trouver en leur temps, une façon de s'investir pour la Société. La Société elle-même peut décréter un temps de travail obligatoire pour tous, cela au profit la collectivité de façon tout à fait démocratique. Les service militaire et civique ne sont rien d'autre que la transformation de l'ost et de la corvée qui pré-existaient dans des temps plus anciens. En clair, si la majorité des membres d'une nation, aspirant naturellement à exercer une activité sociale, accepte cependant qu'une part marginale d'elle-même sera toujours plus indolente que la majorité, et qu'il est entendu que cela ne peut porter atteinte à la validité du contrat social et monétaire qu'elle s'institue, le raisonnement qui en découlera deviendra plus statistique et rationnel pour fonder les mécanismes de redistribution, que subordonné à des conflits passionnels et moraux sans intérêt opératif sur la pertinence du Système. Une nation généreuse avec elle-même prévient l'essentiel des conflits entre les Hommes.

Au sein d'un régime démocratique dans lequel nous admettrions que le peuple soit parfaitement éclairé sur le jeu de comptabilité entre les "dettes" et  "crédits" collectifs permis par l'émission de la monnaie, ainsi que sur le cycle fiscal permettant de définir les durées et quotités d'avances consenties par un appareil politique légitime et ayant pleine autorité sur la banque centrale nationale, il deviendrait une évidence politique finale que de continuer de vivre sur le crédit perpétuel permis par la monnaie, mais de s'affranchir de la logique capitalistique de séquestration monétaire. 

Le système "argent-dette" n'est pas forcément inepte en tant que jeu comptable à même de définir un étalon commun d'échange de service. Ce qui est obsolète, c'est la thésaurisation. Marx en moquait le principe en le rabaissant à un comportement de "collectionneur". Sans doute parce qu'on emporte par l'argent au paradis, et que les économistes les plus rationnels sur la monnaie, savent qu'elle n'a aucune valeur intrinsèque, mais se borne à étalonner les valeurs réelles.  Nul régime démocratique qui se veut social et éclairé et à même d'administrer son système bancaire national, n'a de raison de considérer sa monnaie comme autre chose qu'une convention légale ayant un rôle d'usage formel dans ses échanges internes. Si tout individu, entreprise ou association a accès à la monnaie le plus librement que possible, tant pour satisfaire aux nécessités vitales et courantes et à la dignité sociale de chacun, il n'y a plus de raison essentielle de capitaliser celle-ci. Si un taux d'intérêt peut conserver sa raison d'être pour corriger des mouvements inflationnistes, il ne peut être réclamé à des individus ou des petites structures entrepreneuriales, mais uniquement au peuple lui-même sur une part des recettes fiscales qu'il consent à s'imposer collectivement. Si les créanciers sont le plus souvent des entités privées, le débiteur ne peut être que Public en démocratie. Ce qui perpétue l'impôt comme poulie nécessaire au bon fonctionnement de la monnaie. Les meilleures taxes seront toujours celles qui captent la rente et les comportements nocifs dans notre consommation de marché. Les pires sont toujours celles qui sanctionnent les produits d'alimentation et d'hygiène les plus essentiels ainsi que le travail, à l'exception des cotisations sociales (qui sont un revenu différé et mutualisé, et non un prélèvement fiscal comme certains communicants cherchent à le faire croire). 

Je ne vois donc pas en quoi le fait de revendiquer l'Anarchie qui se veut une philosophie politique libertaire et émancipatrice, signifierait de facto au renoncement à la monnaie puisqu'elle peut être un vecteur d'émancipation sociale. Néanmoins, il me parait tout à fait sensé et légitime que la réflexion intellectuelle qui en découle, proclame son caractère anti-capitaliste. Non pas pour empêcher quiconque d'entreprendre et disposer d'un revenu privé ou universel découlant tant de ses droits civiques que contractuels avec une fraction de la nation, mais au contraire pour lui garantir l'avance publique de monnaie permettant de satisfaire aux besoins et ambitions d'élévation sociale et familiale de chacun. Je précise toutefois qu'étant décroissant dans mes considérations économiques particulières, ma réflexion ci-avant sur la monnaie et le capitalisme n'est qu'un axiome d'une pluralité d'autres considérations que je m'abstiendrai d'aborder ici. Ce que j'énonce plus haut n'a de vérité que dans le dépoussiérage du mécanisme monétaire connu. D'autres modèles macro-économiques peuvent supposer des changements plus significatifs à opérer sur le fonctionnement de la monnaie pour générer l'harmonie nécessaire entre flux physiques réels (et anticipés) et corrélation monétaire attenante.

Savoir recevoir ou la désaliénation au syndrome anté-capitalistique

La vie humaine est constituée d'une somme d'expériences fondées sur des échecs successifs. Le libre arbitre existe du fait d'une quantité de choix existants nous impose de nous confronter dans nos jugements, à admettre nos incapacités personnelles. Nous devons déléguer certaines tâches à plus experts que nous, nous former continuellement, changer d'objectifs ou de méthode pour se donner le sentiment que les réussites obtenues, soient sincèrement liées à ce que nous sommes profondément. Nos réussites personnelles, qu'elles se sanctuarisent au-travers du travail, la famille, le voyage, les arts, ou toute autres activités et environnement immédiat autour de Soi, sont toutes issues d'un champs d'expérimentation et de renouvellement des échecs, ainsi que de l'apprentissage qui en découle. Nous cherchons par l'expérience à contourner nos écueils les plus connus, afin de trouver l'harmonie en ce que l'on expérimente avec un plaisir certain, car de cette activité découle le sentiment de maîtrise ou d'abandon émotionnel sur ce que l'on fait. Le sentiment de réussite n'existe que parce qu'un échec a été évité par avance, ou parce qu'il a été maîtrisé par la ténacité et l'acquisition de compétences et de ressources pour le circonscrire ou le contourner. Si un être humain ne dispose pas des compétences, d'autres que lui peuvent pourtant l'aider. Si la fraternité collective est anéantie dans la réalité du bénévolat public en toutes choses, et que certaines compétences ne s’obtiennent que par une contrepartie monétaire, l'échec est vécu d'abord par un sentiment d'impuissance. Une personne richissime ne comprend pas le sentiment d'échec comme l'évalue un miséreux. Nous ne parlons pas bien sur de dépits amoureux ou dans nos relations personnelles, mais bien de l'indignité sociale et les perspectives empêchées par la pénurie monétaire. Tout a un coût, tout se monnaye, se deale, se négocie, tel est le dogme matraqué depuis deux siècles.

En Anarchie, tout se donne. Lorsqu'on interroge quiconque sur le sentiment qu'il retire d'un acte généreux qu'il a pu faire librement, la réponse est invariablement un sentiment de plaisir sincère. A contrario, si l'on interroge le même quidam sur le sentiment qui l'inspire lorsqu'il reçoit de l'argent, un présent ou même un hommage à sa personne, il pourrait probablement vous faire part d'un sentiment de malaise. La générosité d'autrui étant considérée avec son pendant lucratif ostensible dans l'environnement social, et la réception de sa générosité comme une projection de nos propres manques.  Si donner est simple et toujours agréable, recevoir est une épreuve mentale en régime capitaliste.

Le sous-entendu permanent du capitalisme est que tout procède d'un échange entre deux parties liées par un contrat tacite ou écrit. Ce que l'autre partie me donne, je dois lui rendre autrement. Pourtant, lorsque l'on donne un peu d'argent à un miséreux, on ne s'attend pas à ce qu'il nous rende quelque chose en contrepartie, et d'ailleurs nous le refuserions. Mais pourtant, ce miséreux va nous rendre quelque chose malgré tout. Un sourire, un remerciement pour commencer, mais plus formellement, il va dépenser sa monnaie à son tour. S'il s'achète de quoi se restaurer, il va payer de la TVA qui reviendra dans les caisses de l'Etat, c'est à dire notre trésor commun. Si un autre miséreux lui demande l'aumône, il n'est pas improbable du tout que le premier lui accordera un peu de sa maigre fortune. Enfin, si ce miséreux emploie une partie de son argent à des œuvres d'utilité publique ou sociale, nul doute que les quelques pièces que nous lui aurons laissé, seront rendues au centuple. Non pas à nous même en tant qu'individus, mais à nous tous en tant que composantes d'un corps social aux intérêts mutuels. De la même façon que lorsque nous nous acquittons de l'impôt, nous obtenons en contrepartie une somme de services publics essentiels à la gestion courante de notre vie. Pourtant, l'impôt que nous avons versé au percepteur, ne nous sera pas rendu directement par ce dernier, mais par un ensemble d'acteurs qui de façon plus indirecte, ont perçu les ressources nécessaires à leur tâche d'utilité commune.

Si celui qui donne a le plus souvent une certaine conscience économique ou spirituelle sur le fait que sa générosité portera au-delà du premier réceptacle de celle-ci, et que la Société conspirera à lui rendre autrement ce qui a été octroyé, celle ou celui qui reçoit se sent coupable de ne pouvoir rendre  immédiatement ou d'être pris en situation de faiblesse. Celle ou celui qui reçoit du fait d'une pénurie monétaire, reconnaît en recevant qu'il n'a peut être pas d'emploi (et l'accusation en paresse n'est jamais loin), qu'il n'a donc pas réussi au sens où la réussite sociale se mesure dans une Société capitaliste, et qu'il n'est donc pas l'égal de celle ou celui qui donne.

Par ailleurs, la pénurie monétaire étant forte pour le peuple, chacun a conscience que chaque sou donné à quiconque, retire à son émetteur une part de la jouissance et du confort qu'il peut retirer du peu de monnaie qu'il détient sur son compte.  Le sentiment de priver un généreux donateur de quelque chose d'essentiel à sa tranquillité budgétaire et sa capacité de projection personnelle dans la dépense, renforce le sentiment de culpabilité.

Alors comment avec toutes ces contraintes mentales, morales et sociétales se défaire de ce sentiment de culpabilité et apprendre à recevoir ? Je crains que pour ce qui me concerne, l'apprentissage ne découle que de l'expérience, et non pas d'un regard philosophique sur la question.

D'abord, il fallu bien m'observer face à la générosité. Et je n'ai pas de problème, même en étant extrêmement pauvre, à donner ou partager de la monnaie que je perçois. Bien sûr j'évalue les dépenses incompressibles à produire et le restant à vivre comme tout le monde, mais je donne volontiers de l'argent à des clochards, je dépense volontiers dans l'inutile à condition que cela puisse faire plaisir à une personne, et en situation de déplacement long dans une quelconque action militante, je partage tout avec mes camarades du moment. Ce fut le cas à deux reprises avec Sylvain Nisole, mon fidèle compagnon de route lorsque nous avons traversé la France pour interroger les Français sur leurs opinions politiques. Aucun d'entre nous ne remettait en question le fait que l'un ou l'autre payâmes des repas, réparations ou autres nécessités d'intendance dans ce que nous faisions. Tant qu'il restait de l'argent à dépenser sur l'un ou l'autre compte, nous l'avons dépensé pour nous deux. C'est d'ailleurs à peu près avec la même logique de partage qu'un couple ou une famille très soudée, mutualise la dépense de la monnaie de chacun, pour veiller à ce que le ménage tout entier ne manque de rien.

Ainsi, lorsqu'on reçoit de la monnaie ou tout autre bien ou service de la part d'une personne qui nous est proche, nul sentiment de redevabilité ou de culpabilité. Viennent ensuite les personnes que l'on connaît moins et dont on peut dire que leur acte est généreux, mais pas forcément si désintéressé. Et c'est cela que j'ai appris.

Mon déclin social (et monétaire) s'est vraiment amorcé lorsque je me suis pleinement engagé dans l'activisme politique. Par la force des choses, je me suis fait connaître de quelques milliers de personnes, notamment grâce à l’avènement des réseaux sociaux. Il m'était alors impossible de cacher ma déshérence monétaire lorsqu'il s'agissait de financer des projets militants. Bon gré, mal gré, il me fallu demander à l'ensemble de mes contacts, l'argent nécessaire à de telles entreprises. Et à ma grande surprise, on me fit confiance et l'on se montra généreux pour favoriser ces actions. Non pas que les donateurs y voyaient la garantie d'un succès, mais qu'ils comprenaient l'intérêt et le sens de ces initiatives de façon générale. Bien sûr, tout militant expérimenté sait que la plupart de ses actions sont vouées à l'échec et ne déboucheront sur aucun changement politique tangible. Le caractère local du travail fournit par un militant et l'échelle de réception des idées qu'il promeut, diffèrent sensiblement. Cependant, faire quelque chose produit malgré tout du changement, autrement plus que de ne rien faire du tout. Et c'est ce que perçoivent celles et ceux qui donnent un peu de leur argent à de telles initiatives. En viabilisant ces entreprises par la monnaie nécessaire à leur bon fonctionnement, ils participent de manière différée à un changement.

Plus difficile pour moi, fut le moment où je réclamais pour la première fois de l'argent, non pour des initiatives militantes, mais bien pour moi-même. Là encore, je fus étonné que l'on se montra généreux à mon égard. Car la contrepartie politique disparaissait. Ce sont pourtant de nombreuses discussions avec certains de mes contacts, qui me permirent de comprendre leur raisonnement, qui était pourtant évident même pour moi : un activiste épuisé moralement et matériellement du fait d'une trop forte pénurie monétaire, ne peut donner le meilleur de lui-même à l'utilité publique qu'il se donne au-travers de ses actions. Il y'a donc cette fois-ci un rapport à l'humain. L'action ne peut exister si un être humain ne se décide pas à l'entreprendre. Et les ressorts psychologiques et matériels qui nous amènent à imaginer et entreprendre une action, sont au moins aussi essentiels à prendre compte, que les besoins propres à l'action elle-même.

Ce qui reste perturbant, c'est que l'on se trouvera toujours une bonne raison de ne pas mériter la générosité d'autrui. D'une part, par notre sentiment de culpabilité vis-à-vis de notre échec social, mais aussi parce que le militantisme politique en lui-même n'est qu'une vaste succession d'échecs prévisibles. Enfin et surtout, l'on se juge constamment, et toujours en se comparant à d'autres que soi pour déceler ses propres manques. Comment "soi" pourrait mériter la générosité d'autrui alors que ce dernier ou cette dernière, ne manque pas de faire la démonstration du mieux qu'il représente par rapport à soi. Pour commencer, il vous témoigne de sa confiance, se montre généreux avec vous, et dispose d'une expérience de vie et une assise sociale que vous n'aurez sans doute  jamais. Si l'on est trop dur avec soi et que l'on ne parvient pas à se trouver quelques qualités à même d'équilibrer ses plus vils défauts, nul doute que le sentiment de culpabilité n'en restera que plus fermement entretenu. Mais si au contraire, on se trouve assez de qualités humaines pour transcender son existence et atteindre par soi-même ses propres buts, alors l'aveu de notre impuissance et de notre échec n'en est que plus culpabilisant. Dans les deux cas, l'équation reste infernale pour le mental. Recevoir nous est désagréable. Il faut donc du temps et l'expérience même du "recevoir" pour admettre que décidément, on se fait des nœuds dans le cerveau pour pas grand chose...

La vie est une expérience aussi courte que fragile pour nous tous. Elle ne fait sens que si nous lui en donnons un. Ce que nous recevons ou donnons avant notre mort, ne nous sera pas présenté dans un bilan comptable aux portes de l'enfer ou du paradis pour peser nos âmes. En revanche, cela aura permis de notre vivant, de s'inscrire dans le sens que nous donnions à notre existence. Nous donnons ou réclamons ce qui est nécessaire à la mission que l'on se donne. Si nous donnons, c'est que cela contribue autant à nous faire plaisir que changer un peu le monde vers le mieux. Si nous recevons, c'est que nous avons une nécessité vitale ou entrepreneuriale à faire aboutir, et nous ne serons en capacité de rendre quelque chose à la nation, que si la générosité publique nous permet d'avancer dans notre quête du moment. Si quelqu'un nous donne quelque chose à cette fin, recevoir son aide est non seulement gratifier l'âme généreuse, du  plaisir d'avoir pu se montrer utile à quelqu'un, mais cela nous évite aussi de nous montrer impuissant à régler ce qui doit l'être sur le moment. Or, puisque l'on peut considérer la vie comme un capital-temps dont nous disposons pour faire bénéficier le monde de notre existence, cela en tant que force motrice de son évolution ; chaque journée perdue dans l'inaction du fait d'une pénurie monétaire assumée dans la culpabilité, est autant de temps gaspillé à ne pas fournir les actes et réflexions qui contribuent à son changement.

Donner et recevoir sont donc des actes s'inscrivant dans une quête de sens. Il n'y a aucun intérêt à se sentir coupable de manquer de monnaie dans une Société qui organise elle-même la pénurie de cet outil d'échange. Mais l'on peut en revanche se sentir coupable d'inertie du fait que l'on refuse un don par orgueil. Car ce que nous offre autrui par sa générosité, c'est sa confiance en nous. Il ou elle sait qu'avec l'argent, le bien ou le service reçu, nous allons pouvoir franchir une étape personnelle importante dans notre cheminement de vie. Celui qui a peu aujourd'hui pourrait devenir un milliardaire demain. Et dans ce cas, peut-être ne pourrait-il s'empêcher de rendre au monde bien au-delà de ce qu'il a reçu des autres. On ne peut le prédire, mais celle ou celui qui donne, suppose que d'une façon ou d'une autre, le monde autour de lui sera quelque peu amélioré ne serait-ce que dans l'immédiat, et c'est cela qui lui est d'ores et déjà rendu. Que ce soit par le constat objectif que celle ou celui qui reçoit retrouve un peu de moral et de confiance nécessaire pour mener à bien ses projets sur le temps présent, ou en extrapolant sur le sens de vie qu'elle ou il se donne. Si cette dernière personne devait réussir à mener à bien sa propre quête, alors sans nul doute, accéderait-elle à son plein potentiel de générosité avec le reste du monde. Ce qui est donné est toujours rendu en différé, mais pas forcément à soi directement. Ce qui est reçu n'est jamais donné dans le but de nous dévaloriser, mais bien au contraire afin de contribuer à notre revalorisation de soi et de ce que l'on fait.

Suis-je anarchiste ?

Il y'a quelques années, cette question intime m'aurait paru absurde. Elle l'est beaucoup moins aujourd'hui. En effet, il y'a peu encore, je concédais être à la fois socialiste et décroissant, démocrate résolu quoi que paradoxalement royaliste. Mais au vu de mon intérêt pour la structure même de l'Etat et de son bien-fondé pour servir la Société, il me paraissait tout à fait inepte d'ajouter à mes convictions propres, celle de l'Anarchie.

Pourtant, différents indices sont venus troubler au fur et à mesure du temps, ce que je pensais de mes convictions politiques les plus établies sur ce sujet. D'abord, les lecteurs de ce blog, dont certains me révélaient être anarchistes, et dont quelques-uns parmi eux me disaient que j'en étais moi-même un qui s'ignorait. Allons bon ? Si ce blog m'a d'avantage permis de partager mes méditations sur l'Etat et la Révolution, que pouvais-je y glisser qui puisse motiver de tels arguments ?

Je me suis toujours refusé à étudier des ouvrages traitant de l'Anarchie tant que la Révolution n'aura pas été opérée, mais j'ai tout de même lu de nombreux articles ou extraits de livres phares sur le sujet. Les similitudes que j'y retrouvais avec ma pensée propre étaient essentiellement fondées sur une conception très radicale de la Démocratie. Elle s'exerce localement par tous les citoyens d'un même corps politique, et s'impose sur la légitimité des lois et des mandataires du peuple. En cela, je suis assez proche d'un communard, quand bien même je ne suis pas fédéraliste, puisqu'à mes yeux, l'égalité sociale et démocratique suppose des lois qui soient les mêmes pour tous. Le Système fédéral génère nécessairement des lois et réglementations particulières qui s'e superposent au-dessus de toutes les autres, sur une portion du territoire national. Ce sont donc des inégalités qui en résultent, et j'y vois tous les ferments de la division du peuple, particulièrement en France où il me semble que la sociologie particulière de notre corps politique, impose une égalité très forte entre les citoyens pour que nous parvenions à nous entendre. Néanmoins, je considère que chaque personne doit pouvoir disposer du droit de légiférer et de voter les lois, ainsi que faire et défaire sa représentation, dès lors qu'elle trouve une majorité de ses concitoyens pour aller dans le même sens qu'elle.

Mais être démocrate radical, ne suffit sans doute pas à faire de moi un anarchiste. Un deuxième élément de réponse m'est venu par des anarchistes revendiqués, avec qui je collabore régulièrement dans mon militantisme. Tous n'ont pas les mêmes idéaux politiques particuliers, mais ils ont néanmoins un point commun : Ils font de la Liberté d'opinion et d'expression, la condition sine qua non de la Démocratie. Si nous inversons la formulation, ils font de la tolérance pour les opinions d'autrui, quand bien même elles pourraient les heurter dans leurs valeurs ou considérations idéologiques, l'alpha et l'oméga de la Démocratie. Il faut discuter avec tout le monde, il faut entendre chacun et s'interdire l'entre-soi. Cette foi puissante en la liberté d'expression, m'a permis de comprendre que beaucoup de celles et ceux qui se prétendent anarchistes, ne le sont indéniablement pas, puisque véhiculant des haines indicibles pour toute personne pouvant par exemple nourrir des idéaux dits "conservateurs" ou "réactionnaires". En Anarchie, nul besoin de haïr le quidam avec qui l'on est pas d'accord. On échange des opinions, on constate notre désaccord, mais politiquement, la Démocratie tranchera de toute façon. Prenons la caricature de cette doctrine : je suis très hostile à la peine de mort, mais si elle était restaurée par le biais d'un référendum, j'accepterais bon gré, mal gré cette réforme. La Démocratie n'est pas le genre de vœu que l'on formule sans accepter qu'une part de ses considérations politiques propres en souffriraient très certainement. Soit on la désire totalement et en bloc, soit l'on n'est tout simplement pas démocrate, puisque l'on accorde la primauté de ses considérations politiques au-dessus de celles portées par la majorité du peuple. Et qui veut établir des lois au mépris de la volonté générale a en lui tous les ressorts du despotisme. Je connais ainsi de nombreux militants qui adorent se référer à de nobles "valeurs" qui se révèlent pourtant de vrais tyrans d'opérette si tant est que l'on discute un peu avec eux pour gratter le vernis des apparences qu'ils se donnent.

Ce n'est finalement qu'il y a quelques jours, que j'ai résolu en quoi il y a bien une dimension anarchiste dans ce que je suis. Mais il m'a fallu cette fois-ci faire une rétrospective de mon parcours de vie et de ma personnalité pour comprendre en quoi je me rapprochais fondamentalement de cette idée centrale, qu'est l'absence de reconnaissance d'un "maître" pour me gouverner.

Comme tous les anarchistes éduqués, je ne rejette ni l'ordre, ni les lois. Cependant je refuse d'accorder à quiconque toute autorité politique sur ma propre personne. Cela bien avant mon immersion dans le militantisme, j'étais déjà farouchement indépendant et maître de mes opinions et décisions. Mais finalement, qu'ai-je fais ensuite ? J'ai appelé et j'appelle toujours à la Révolution, soit à renverser l'Oligarchie au pouvoir. Je prends toujours un certain plaisir à traîner dans la boue et moquer notre représentation politique lorsqu'elle le mérite, et surtout - et c'est sans doute le plus important - je ne délègue à aucun parti ou leader politique, l'autorité nécessaire pour me représenter moralement et définir le mode de combat politique à mener. Je n'attends pas et me bats directement. De toutes mes forces et avec tous les moyens à ma portée. Mais j'agis en tant que je suis mon propre maître et que je considère être aussi nécessaire et utile que toute "autorité politique" sur laquelle peut se reposer une bonne partie de mes contemporains. Ce qui me laisse à penser que l'Anarchie s'expérimente avant de se lire et se méditer.

Tous les anarchistes sincères que je connais sont aussi des militants. Ils n'attendent pas qu'on leur dise ce qu'il faut faire ou comment voter intelligemment, ils agissent politiquement et de façon très concrète, eux-aussi. Aucun ne m'a signifié qu'il se refusaient à ce que des mandataires prennent en charge certaines affaires de la nation, mais ce qu'ils exigent tous, c'est que ces derniers soient légitimes et révocables. Ils peuvent admirer des intellectuels ou politiciens pour leur finesse d'analyse ou leur intégrité morale, mais ils ne concèdent à ces derniers, aucune autorité politique sur eux-mêmes. Ils accepteraient volontiers que les meilleurs nous gouvernassent, mais pas si ces derniers ne répondent d'aucune volonté clairement démocratique (et cela dans tous les aspects de la question) et ne puissent être défaits sitôt qu'ils leur prendraient le goût de nous trahir. En clair, ils ne mystifient pas les "autorités morales ou intellectuelles". Au mieux ils apprécient ce que chacun livre à la communauté comme angles de vue politiques alternatifs, au pire, ils s'en servent pour accélérer les changements les plus essentiels à produire. Tant que ces "autorités" sont sous contrôle du peuple, il n'y a pas fondamentalement de maîtres devant lesquels on s'asservit. Etre anarchiste c'est donc bien répondre autant d'un logiciel politique qui s'intéresse en premier lieu à la Démocratie, qu'une philosophie sur notre rapport à l'Autorité et plus encore à Soi.

Une dernier indice m'amène à penser que je cultive bien une certaine dose d'anarchie dans mes valeurs. J'accorde plus d'intérêt aux idées qu'en leurs émetteurs. Prenons une caricature ayant le rôle d'épouvantail politique en France pour comprendre mon point de vue : Alain Soral, polémiste ô combien détesté par tout un ensemble d'idéologues, fait valoir son hostilité aux ingérences israéliennes en France. Il n'est pas le premier à le signifier, ni le dernier, mais tant l'ennemi intérieur qu'extérieur, apprécie de réduire ce débat à sa seule personne, pour mieux salir l'opinion de celle-ci. Alain Soral en tant que personne et même en tant qu'intellectuel ne m'inspire rien de particulier, si ce n'est une part de médiocrité, autant il est vrai, un certain courage à se vêtir chaque jour du manteau de l'infamie. J'ai cependant écouté ce personnage comme d'autres, avant de me faire ma propre opinion sur le sujet. Opinion qui rejoint très clairement la sienne. L'idée transcende donc ses locuteurs. A l'inverse, j'ai observé à quel point les Français (mais pas qu'eux) ont une fâcheuse tendance à se réfugier derrière l'autorité morale et politique de certaines idoles qu'ils se constituent. Quand bien même ces personnalités peuvent parfois faire montre de leur propre part de médiocrité ou de leurs reniements intellectuels, pour les disciples les plus zélés, leur "chef" ne peut être remis en cause ou soumis à la critique. Dans ce cadre, les idées perdent de leur importance, ce qui compte c'est de se trouver un guide avec une personnalité forte, sur lequel faire reposer tous ses espoirs politiques. Enfin, il existe une zone grise où des intellectuels, journalistes et humoristes, sont appréciés pour leur analyse politique de l'actualité, sans que nous fassions reposer nos espoirs politiques sur ces derniers. On s'autorise à ne pas être toujours d'accord avec eux, mais nous les écoutons volontiers. Dans cette zone grise, je sais être l'un des plus bas maillons de la chaîne de ceux que l'on écoute un peu. Mais contrairement à la plupart des intellectuels et humoristes, je n'attache aucune importance à l'image que je renvoie ni à l'affinité que l'on pourrait m'accorder. Etant par ailleurs très peu enclin à communiquer trop régulièrement, je n'en suis donc que trop irrégulier dans mes publications pour gagner la visibilité nécessaire et faire ainsi mieux entendre mes propres idées. Et je suis ici soumis à une contradiction forte entre ce qui fait ma philosophie de vie et les réalités sociales tangibles qui s'opposent à ma tranquillité d'âme. En effet, j'estime qu'en matière révolutionnaire, je suis de ceux qui formulent les meilleures idées possibles sur le plan strictement opérationnel en France. Si nous nous attachions qu'à la pertinence des idées pour les évaluer, même avec mon faible auditoire, j'aurais pu mobiliser un peu plus de monde sur certaines actions, notamment le Siège de nos grands médias, tout simplement parce que le rapport de force ne fonctionne que dès lors qu'il est pensé stratégiquement. Mais l'essentiel d'entre nous ne parvient pas à s'affranchir de la scission existante entre les idées et leurs locuteurs. Il faut impérativement qu'elles soient incarnées. Ce qui signifie que si j'assumais totalement ce regard froid que j'ai sur la Société, je communiquerais beaucoup plus sur mes idées afin de gagner progressivement en visibilité, et mieux encore, je m'engagerais politiquement puisque je suis certain d'avoir la volonté et l'intégrité nécessaire pour opérer les changements politiques les plus à même de rétablir notre indépendance nationale et inoculer la Démocratie en France. Mais d'une part, cela ne peut que contrarier mon aspiration à une certaine tranquillité (ou solitude) et d'une autre part, cela m'obligerait à soigner mon image et faire attention à heurter le moins de monde que possible pour convaincre. Or, je suis de ceux qui vilipendent volontiers les cercles "dissidents" pour leur défaitisme et leur inaction. Qui se sent concerné par mes critiques, ne peut que se faire une opinion de ma personne qui soit elle-même très critique, voire franchement négative. Au détriment des idées que je souhaite juste faire entendre au plus grand nombre et dont j'espère qu'elles seront un jour les plus partagées que possible. Cependant, si ce que l'on pense de moi m'indiffère, mais qu'en revanche la nécessité de la Révolution s'impose sur ma façon de travailler, que dois-je déduire de cette équation ? Dois-je à mon tour contribuer à cette fâcheuse incarnation des idées en me mettant en avant ? Ou rester fidèle à ma philosophie propre induisant que l'idée est plus importante encore que celles et ceux qui s'en répandent, à commencer par moi-même ? Voila ce qui me préoccupe intimement depuis quelques années, et si je devine qu'il viendra un temps où la nécessité prendra le dessus sur ma propre paix intérieure et que cela pourrait m'amener à bien des moments d’enthousiasme partagé et de responsabilité prise, quelle gloire pourrais-je retirer de m'être renié dans un tel processus et n'avoir pas su faire entendre que mes idées comptaient plus que ma propre personne ?

Sans doute se trouvera-t-il des gens pour réfuter l'hypothèse que je sois moi-même anarchiste, du fait que j'accorde malgré tout une importance trop centrale à l'Etat dans l'organisation de la Société. Pourtant, Proudhon ne rejetait pas tant que cela l'Etat si j'en crois quelques textes que j'ai pu lire, mais aussi le fait qu'il fut lui-même député du peuple. Plus surement encore, j'aurais tendance à penser que cette philosophie politique nécessite pour être appréhendée correctement, d'en étudier les concepts considérés comme antagonistes pour commencer. L'Anarchie s'approche à tâton et par ses contraires supposés. En étudiant les fondements et la nature de l'Etat, d'une part, on cesse de le livrer aux gémonies lorsque la responsabilité de toute politique anti-sociale ou despotique, ne revient qu'à des êtres de chair et de sang, et jamais à des institutions constituant le corps même de l'Etat. Une mauvaise loi, un dysfonctionnement ou une mauvaise action politique sont toujours issus d'une volonté humaine. Par ailleurs, vouloir abolir l'Etat, c'est rien de moins que vouloir démolir notre organisation sociale et politique alors que cela est impossible, du fait que les forces d'inertie sont trop grandes et que n'en déplaise aux "puristes" de l'Anarchie, la majorité du peuple exige de l'Etat partout dans nos vies. Personne ne remettra jamais en question l'utilité de l'Armée, de la Police, de la Justice ou des hôpitaux et systèmes sociaux existants. Et l'Etat, c'est tout cela, sanctuarisé sur un territoire politique sur lesquelles ces institutions sont opératives.

Un anarchiste raisonnable et éduqué n'a donc aucune raison de remettre en question l'Etat, le territoire, la nécessité d'une représentation politique ou même la métaphysique de Dieu. Ce qui est d'ordre politique implique le contrôle et la légitimité du peuple, ainsi que la réincarnation de la responsabilité, plutôt que sa dilution dans la chimère d'un "Etat" ou un "Système" dit oppresseur. Ce qui est de l'ordre de la foi, de la croyance ou de l'idéologie n'appartient qu'aux individus, et nul ne peut imposer à tous son athéisme convaincu ou au contraire sa propre foi en Dieu. Ça n'est qu'un débat métaphysique rien de plus.

A ce titre - et je suis aujourd'hui curieux de lire le texte duquel ce slogan est issu - je m'inscrits en faux sur le fait que l'Anarchie puisse se résumer à une phrase aussi vide de sens que "ni dieu, ni maître".  On peut refuser la doctrine religieuse sans s'interdire de croire en Dieu, et l'on ne peut accepter raisonnablement que nous n'ayons aucun "maître", intellectuel ou personnalité engagée politiquement à qui remettre notre confiance, pour déléguer des tâches que nous sommes incapables de produire.

Si la religion n'est fondamentalement pas nécessaire au croyant, les maîtres sont indispensables, tant qu'ils sont sous contrôle du peuple. Et je ne vois pas ce que l'Anarchie peut y redire.



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lundi 21 mai 2018

Lettre ouverte à Georges Soros

Cher Georges,  

Je t'écris avant que le Diable ne te rappelle à lui et qu'il devienne impossible pour toi de faire modifier ton testament. En effet Georges, tu as des milliards à ne plus savoir qu'en foutre, et si on emporte pas l'argent au paradis, je doute qu'il te sera d'une quelconque utilité en enfer.

Durant tes plus jeunes années, malgré le fait que tu sois de confession juive, tu as collaboré avec l'occupant nazi qui se trouvait dans ton pays de naissance : la Hongrie. Tu as même spolié à des déportés leurs biens. Tu avais plein d’acné sur la tronche que déjà, ton regard sur la vie était plus que cynique et agressif. Pas de sentiments, pas de valeurs ou d’idéaux nobles, l'essentiel est de gagner et de se hisser au-dessus des autres.

Et tu as réussi Georges. Tu es devenu un redoutable spéculateur qui est parvenu en ton temps à déstabiliser la Livre anglaise. Tu as spéculé contre l'euro, c'est à dire contre les Etats-membres de cette usine à gaz monétaire, tu as placé du pognon dans des paradis fiscaux, mais tu es surtout connu pour avoir fondé l'Open Society. A travers cette entité, tu as fait parvenir à nombre d'associations et collectifs, des millions d'euros pour faciliter leur développement. Les Femen, c'est toi ; les No Borders, c'est aussi toi. Les lobbies LGBT et communautaires de tous poils (notamment islamiques en France) ont reçu tes subsides, et tu n'as pas caché avoir participé au financement des micros entités politiques qui contribuaient à la révolution colorée "euro-Maïdan". Certaines se revendiquant expressément de l'idéologie nazie.

Tu te considères comme apatride et dis lutter contre toutes les formes d'identité nationale, mais pour leur préférer les identités communautaires. L'extrême droite est protéiforme, mais sa singularité est d'attacher une importance excessive à la notion d'identité. 

Enfin passons, bien heureusement pour le reste du monde, tu vas bientôt passer l'arme à gauche quand bien même tu l'auras toujours portée à l'extrême droite.

Pour ma part je suis un révolutionnaire. Parfaitement authentique, la preuve étant que je n'ai pas encore perçu le moindre denier de ta part. Je crains de ne pas être d'extrême droite ce qui pourrait expliquer ton désintérêt à mon endroit, mais je pense que cela va changer.

En effet, après des années à avoir dansé une gigue endiablée avec Lucifer en personne, peut-être t'interroges-tu sur le sens de ta vie et de tes investissements ? Après tout, même dans le monde des ultra-riches, des intérêts divergent et se confrontent, et même parmi celles et ceux qui véhiculent des positions idéologiques proches des tiennes, il y a toujours des gens que l'on apprécie de voir embarrassés par des contrariétés diverses et variées. Un type comme toi n'aime personne et n'a plus rien à conquérir. Tout juste te reste t-il le plaisir d'observer ce monde que tu as contribué à rendre toujours plus déliquescent, continuer de vibrionner et tenter de faire face à ses contradictions.

Je me pose comme l'une de ses contradictions et je jouis de l'immense privilège d'être encore très éloigné de ton âge canonique, et donc au meilleur de ma forme pour contribuer à son changement. En outre, depuis des années que je me bats pour restaurer notre indépendance nationale et tendre vers le démantèlement de l'U.E et l'euro, je me suis constitué une équipe militante solide et tenace pour m'accompagner dans les opérations que j'organise régulièrement.

Si tu as réussi à faire chuter la Livre Sterling, tu n'as jamais pu avoir la peau de l'euro. Il y'avait pourtant - et c'est même toujours le cas - un coup financier très intéressant et viril à produire sur cette affaire. Mais à force de haïr les nations et financer des groupes d'intérêts marginaux, tu as gaspillé une quantité colossale de fric pour finalement faire la promotion de quelques excités sans que cela change quoi que ce soit à la volonté des peuples. On peut leur vendre un mondialisme bisounours, leur faire croire que la notion d'identité se réduit à soi uniquement ou à des groupes communautaires particuliers, mais la réalité, c'est que personne ne peut rien contre le sentiment national qui existe chez la majorité des gens. Eux-mêmes ne s'en rendent pas compte. Sauf peut-être face à la colère que suscite un attentat sur le sol de sa propre patrie ou encore devant un match de foot. Dans ces cas là, les fanions bleu, blanc, rouge réapparaissent comme par enchantement, et même le plus bourgeois des gauchistes, fera valoir son patriotisme le plus enfiévré dans de telles circonstances. Même s'il lui sera difficile d'en expliquer les ressorts philosophiques et culturels les plus profonds.

Alors très cher Georges, je te propose un échange de bon procédé : spécule sur la dislocation de l'euro, et file moi autant de pognon que possible pour réussir ton coup. Voila ce que j'en ferai (on va supposer quelques centaines de milliers d'euros au moins) :

1) Terminé le bénévolat pour moi-même et mes équipiers, désormais nous bosserons à plein temps sur les opérations militantes à mener. Je créerai un cabinet de conseils à ces fins, et je salarierai tous mes partenaires de travail ayant des compétences essentielles à l'organisation de nos activités. Et comme nous aurons de l'argent à lâcher à des cabinets juridiques responsables de gérer les tracasseries administratives les plus pénibles, nous en profiterons pour très vite nous instituer sous statuts de coopérative.

2) Terminé l'invisibilité médiatique et web. D'une part, nous payerons ce qu'il faudra pour améliorer notre référencement et accéder à toutes les adresses courriel des agences de presse et journalistes pour leur faire parvenir nos communiqués, mais en outre, je n'hésiterai pas à louer les services de milliers de figurants (comme dans les meetings d'Emmanuel Macrotte) pour venir manifester devant la Maison de la Radio et d'autres grands médias publics et privés, à la place des pleutres passant leur temps à chouiner sur les trahisons des salauds, mais qui se refusent obstinément à hisser leur gros cul de "dissidents" de leur fauteuil et se battre comme des Hommes. (Tu comprendras dans mon dernier propos, l'un des handicaps sérieux que je véhicule pour obtenir du soutien parmi des dissidents que je conchie régulièrement).

3) Nous recommencerons l'édition d'un hebdomadaire politique de réinformation que nous distribuerons gratuitement à tous les Français que nous croiserons, notamment aux abords des transports publics. Nous ferons aussi imprimer des milliers de tracts à distribuer dans le même but.

4) Nous ferons graver des dizaines de milliers de tampons permettant d'apposer le sceau "FRANCS" sur les billets de banque, que nous distribuerons gratuitement à tous les réseaux militants qui se battent contre l'Union européenne et l'euro. De la même façon, nous appellerons tous les Décrocheurs de drapeaux européens, à décupler leurs actions, en nous engageant à régler toutes les amendes qui en découleront. Cela sans omettre de ferrailler sur le plan judiciaire sur le régime d'illicité du "torchon" ainsi qu'en adressant une question prioritaire de constitutionnalité portant sur le droit de résistance que nous invoquons dans nos actions.

5) Nous payerons les meilleurs avocats pour traîner Sarkozy, Hollande et Macron devant les tribunaux et nous assurer que ces félons et leurs complices, terminent leurs jours en prison. Et nous avons de quoi les traîner dans la boue jusqu'à la fin de leur vie. 

Bien sûr, ces opérations comptables s'ajouteraient à d'autres comme le financement des partis politiques les plus censurés et ayant quelque chose à dire au sujet du Frexit, qui sont respectivement l'UPR ; le PARDEM ; le PRCF et S&P

Mais en tant que révolutionnaires assumés, notre boulot restera de planifier et organiser l'insurrection. Cela sur des formes légales et pacifiques, mais de façon résolue et méthodique. Ton pognon sera donc bien investi. 

Il y'a quelques années encore, mon rapport à l'argent et à la générosité était totalement aliéné tant par ma fierté propre que mon conditionnement à un régime ultra capitaliste qui ne valorise l'échange que sous la forme d'une transaction contractuelle et rémunérée. La pauvreté et le militantisme m'ont beaucoup appris. Si bien évidemment, atteindre "la richesse" me permettrait de financer ma terre et mon voilier (et peut être la guitare électrique de mes rêves), je reste et demeurerai un homme qui a besoin de peu pour être heureux. Ce n'est pas sur le plan matériel que je trouve mon contentement, mais sur des rapports humains privilégiés, mon interaction avec la nature, mais aussi dans les mots et la musique. Tout cela ne s'achète pas et ne se vend pas. En revanche, je suis conscient que l'argent est bien un moyen de financer ce qui ne peut être obtenu par le bénévolat, surtout lorsque l'écrasante majorité des miens est apathique et attend simplement que la situation dégénère pour évaluer ce qu'il conviendra de faire lorsqu'il sera déjà trop tard.

Voila pourquoi cher Georges, si mes aspirations matérielles sont autrement plus réduites que les tiennes, sache que j'utiliserai avec beaucoup d'intelligence tout le pognon que tu me fileras. Non seulement je m’extrairai de ma condition sociale calamiteuse et me sécuriserai (y'a pas de raison que je m'oblige à l'indignité toute ma vie durant), mais en outre, je donnerai les moyens à mes plus fidèles camarades et moi-même, de me battre avec toute la puissance de feu nécessaire pour nous faire entendre du peuple.

Evidemment, je suis bien conscient que je ne puis compter sur toi pour attaquer de front l'U.E et l'euro, mais tout de même, sur l'insistant conseil d'un certain nombre de soutiens, j'ai ouvert un compte Tipee pour financer plus ou moins mon activisme et plus encore l'effort des équipes avec lesquelles je travaille. 

Si jamais tu as envie de jouer à "qui a la plus grosse" avec celles et ceux qui m'accordent leur soutien, tu as une occasion inespérée de remporter la partie. Aucun d'entre-nous ne disposera jamais de tes milliards. Mais tous, nous considérons que ces derniers peuvent améliorer considérablement l'ordinaire et personne ne sera vexé que tu puisses mettre au pot un peu plus que les autres. Peut-être même qu'à la fin, on écrira dans ton oraison funèbre, que tu n'étais pas si salopard que cela.

Avec mon affection révolutionnaire,

Sylvain Baron